Pourquoi le Sénat argentin rejette la légalisation de l’avortement

Pourquoi le Sénat argentin rejette la légalisation de l’avortement

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Des activistes anti-avortement célèbrent le refus du Sénat de légaliser le droit à l'IVG ce jeudi, dans les rues de Buenos Aires. | © AFP PHOTO / Alberto RAGGIO.

Société

Les sénateurs argentins ont rejeté jeudi la légalisation de l’avortement, mettant un terme aux espoirs des organisations féministes, alors que le projet de loi avait été approuvé par les députés en juin.

Comme prévu, le Sénat argentin a voté ce jeudi contre le texte légalisant le droit à l’avortement. 38 sénateurs ont dit « non » au texte prévoyant l’autorisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) pendant les 14 premières semaines de grossesse, 31 ont voté en faveur et deux se sont abstenus, selon les résultats officiels.

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Le poids de l’Église

L’Église catholique exerce une influence considérable et historique au pays des « gauchos ». Ce pouvoir est renforcé par la présence d’un pape argentin à Rome et une majorité de sénateurs avaient fait connaître leur intention de voter contre le texte. L’IVG n’y est autorisée qu’en cas de viol ou de mise en danger de la vie de la mère, et surtout, elle doit être validée par un juge. En 2015, seules 500 IVG légales ont été pratiquées.


Ce rejet a été accueilli par des feux d’artifice et des cris de joie parmi les militants anti-IVG rassemblés à Buenos Aires devant le Parlement, où se déroulaient les débats. À l’autre extrémité de la place du Congrès, les mines étaient dépitées et les larmes coulaient sur les visages des partisans de la légalisation de l’avortement.

Un sénat très conservateur

Le texte avait été adopté de justesse par les députés le 14 juin (129 voix pour, 125 contre). Le Sénat est plus conservateur, car chacune des 24 provinces dispose de trois représentants quel que soit son poids démographique. La capitale et la province de Buenos Aires, plus favorables à l’IVG, y sont sous-représentées alors qu’elles abritent plus du tiers de la population du pays.

 

Une activiste féministe dépitée, dans les rues de Buenos Aires, après l’annonce du rejet par le Sénat argentin. © AFP PHOTO / EITAN ABRAMOVICH.

Un combat mené dans toute l’Amérique latine

Ce combat autour du droit à l’avortement était observé de près partout en Amérique latine. À ce jour, seuls l’Uruguay, Cuba, la Guyane et la ville de Mexico autorisent l’avortement sur le sous-continent.

Partout en Amérique latine, des activistes ont manifesté devant les ambassades argentines des grandes villes. Ici à Santiago, Chili. © AFP PHOTO / Martin BERNETTI

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Au Chili, en août 2017, après deux ans de discussions, le Parlement avait approuvé un texte dépénalisant partiellement l’avortement, le rendant possible en cas de viol, de danger pour la mère ou de non-viabilité du fœtus. Mais lorsque Sebastian Piñera (centre-droit) est revenu à la présidence en mars 2018, après quatre ans d’intermède socialiste, il a immédiatement autorisé les cliniques privées à faire jouer une clause de conscience, ce qui a limité considérablement les possibilités de recourir à une IVG.

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