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Le black-out à l’alcool, cette amnésie dangereuse qui fait des ravages chez les jeunes

Des souvenirs flous, vagues, voire inexistants : c'est le black-out, impression très désagréable de ne pas savoir ce qu'on a fait après une soirée bien trop arrosée. | © Unsplash / Xandtor.

Société

Ne plus se souvenir de sa soirée passée à cause d’une consommation excessive d’alcool : c’est le black-out à l’alcool ou « trou noir », qui touche de plus en plus de jeunes. 

Dimanche matin, le jour se lève et le soleil commence à scintiller à travers la vitre. Vous ouvrez péniblement un oeil et votre crâne semble lourd comme une massue. Vous reprenez peu à peu vos esprits malgré un corps entièrement courbaturé et un cerveau qui tourne plus qu’au ralenti. Vous réalisez que vous n’êtes pas chez vous, mais dans le salon d’un inconnu et n’avez aucune idée de comment vous êtes arrivé jusqu’ici. Premier réflexe, vous tapotez vos poches et vérifiez que tout y est : portefeuille, clés, smartphone. C’est bon. Rien n’est perdu. Rien, excepté peut-être un peu de votre dignité. Votre dernier souvenir remonte à hier soir, vers 23h, quand la soirée battait son plein, entouré de vos amis. Vous venez de vivre ce qu’on appelle un « trou noir », plus communément appelé « black-out » chez les jeunes, une amnésie de plusieurs heures liée à une consommation excessive d’alcool.

Des situations dangereuses

En 2016, une enquête britannique montrait que 20 % d’un échantillon de 2 140 adolescents avaient vécu dans les six derniers mois une forme d’amnésie après avoir consommé de l’alcool. Un chiffre qui est en constante augmentation chez les jeunes européens et qui témoigne d’une nouvelle habitude dangereuse. Dangereuse car, même s’il ne s’agit pas à proprement parler d’une perte de conscience (vous gardez une certaine motricité même si vous titubez), cette amnésie vous met hors de contrôle et peut vous entraîner dans des situations délicates : bagarres, mauvaises rencontres, paroles injurieuses, arrestation pour trouble de l’ordre public, …

Dans « The Hangover », ce n’est pas l’alcool qui fait tout oublier à Bradley Cooper et Zack Galifianakis, mais le GHB, psychotrope dépresseur désinhibant et euphorique, parfois appelé « drogue du violeur ». © Warner Bros. Pictures.

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Les études manquent encore pour mesurer l’étendue du phénomène. Ce n’est qu’en 1995 qu’un premier chercheur, l’Américain Donald W. Goodwin, mène une étude auprès de ses étudiants en première année de médecine : 33 % de ces buveurs occasionnels affirmaient avoir connu au moins un black-out dans leur vie. « Nous n’en sommes qu’aux balbutiements de la recherche sur ce sujet », explique au journal Le Monde Mickael Naassila, directeur de l’unité sur l’alcool et les pharmacodépendances à l’université de Picardie. D’abord parce que le sujet d’étude est relativement récent. Ensuite car pendant longtemps la société pensait que ce type de comportements ne s’appliquait qu’aux alcooliques.

Nous ne sommes pas égaux face au black-out

Mais le black-out n’est pas forcément le propre des alcooliques. Il survient aussi chez des personnes qui ne boivent qu’occasionnellement, comme le rappelle le site e-sante.fr. Le binge drinking, ou ingurgiter des grandes quantités d’alcool sur un très court laps de temps, peut évidemment accroître les risques de black-out. D’autres facteurs peuvent aussi influencer les risques d’amnésie tels que le fait de boire de l’alcool sans avoir mangé. Le phénomène dépend aussi de la manière dont l’organisme de chacun assimile l’alcool. Cette assimilation dépend du poids et du rapport graisse/poids entre autres. C’est pour cela que les femmes sont généralement plus sensibles au black-out, surtout si elles n’ont pas mangé avant de commencer à boire. Le site Aide-alcool.be rappelle également qu’un environnement familier peut constituer une source supplémentaire propice au black-out.

L’hippocampe, centre de la mémoire dans le cerveau, se retrouve noyé par l’alcool quand absorbé en grande quantité. © Wiki Commons / Pancrat.

L’influence de la « biture » sur les souvenirs des fêtards s’explique par l’effet qu’a l’alcool sur le fonctionnement de l’hippocampe, cette zone cérébrale qui joue un rôle de premier plan dans les processus de mémorisation. Le sujet vit des informations que son cerveau ne peut plus encoder pour les stocker sous forme de souvenirs à long terme. « C’est comme une cassette pour laquelle on aurait cessé un temps d’appuyer sur le bouton enregistrer », résume au Monde Aaron White, neuroscientifique au Duke University Medical Center, en Caroline du Nord.

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Une série de témoignages relevés par Le Nouvel Obs dépeint les ravages de ces amnésies et rappelle que certains ont une bonne étoile, et d’autres moins. « J’étais étendu dans l’herbe, trempé. Mes chaussures en guise d’oreiller. Autour de moi, j’ai vu un attirail d’agrès. En fait, j’étais au milieu d’un camp d’entraînement militaire, à trois kilomètres de chez moi. Je me rappelle notamment d’être allé sur un chantier, d’avoir vu une sorte de tracteur, d’être monté dedans en me disant : ‘Ça ira plus vite pour rentrer’. Heureusement que ma tentative n’a pas abouti », raconte Pierre, un jeune homme qui aurait pu faire une jolie bêtise.

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