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Des centaines d’Argentins se font débaptiser pour protester contre l’Église

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Depuis le début du mois, au moins trois femmes sont décédées en tentant clandestinement de mettre fin à leur grossesse en Argentine. | © AFP PHOTO / Martin BERNETTI.

Société

Dix jours après le rejet de la légalisation de l’IVG par le Sénat, des centaines d’Argentins ont participé à une apostasie collective, appelant à la séparation de l’Église et de l’État.

Le 9 août dernier, les sénateurs argentins rejetaient la légalisation de l’avortement, mettant un terme aux espoirs des organisations féministes, alors que le projet de loi avait été approuvé par les députés en juin. Une des raisons qui explique cette bataille perdue réside dans le poids considérable que détient l’Église catholique en Argentine, et plus largement un peu partout en Amérique latine.

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« Cela fait dix ans qu’on lutte pour la séparation de l’Église et de l’État. Mais c’est la première fois que je vois tant de personnes prêtes à renoncer collectivement à la foi catholique », déclare César Rosenstein à RFI, un membre de la Coalition argentine pour un Etat laïc. Toutes ces personnes veulent protester contre une promiscuité toujours plus étroite entre l’Église et l’État au travers d’un acte : se débaptiser et renoncer à leur foi catholique, en réaction au rejet du Sénat contre une légalisation de l’avortement.

(Après le foulard vert pour la légalisation de l’IVG, le foulard orange pour la séparation de l’Église et de l’État)

Comme le précise le quotidien Le Monde, la campagne de l’Église catholique contre une légalisation de l’IVG avait été particulièrement virulente. Le pape François (Argentin et originaire de Buenos Aires) a comparé l’avortement aux méthodes eugénistes testées dans les camps de concentration nazis, et des prêtres avaient notamment menacé d’excommunion les législateurs qui voteraient le texte.

Un renoncement pur et dur

Munis de quelques documents, les quelques centaines de personnes qui font la file dans le centre de Buenos Aires exigent leur exclusion de l’Élgise catholique. « Cela veut dire concrètement que l’Eglise ne peut plus nous compter comme l’un de ses membres. Et que, dans les registres paroissiaux, à côté de notre nom apparaîtra la mention “apostat”. Même si nous préférerions que notre nom soit tout simplement effacé de ces registres », explique César Rosenstein.

Trois décès depuis début août

« No en mi nombre » (traduisez « Pas en mon nom ») est le slogan de la journée. Le foulard vert, symbole de la lutte pour un avortement légal, est noué autour des cous des citoyens rassemblés. Le tout dans une ambiance folklorique.

Depuis le début du mois, au moins trois femmes sont décédées en tentant clandestinement de mettre fin à leur grossesse. « Avortement légal à l’hôpital ! » scandent quelques jeunes femmes qui attendent de réaliser leur apostasie. Certaines tiennent à la main des tracts verts sur lesquels on peut lire « la lutte continue ». 2019 étant une année d’élections, le texte de loi pour légaliser l’IVG a cependant peu de chances de repasser devant le Congrès avant 2020.

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Optimiste, Amnesty International voit de l’espoir dans la défaite : « En s’opposant à cette loi, les sénateurs argentins ferment une porte aux droits des femmes, mais le mouvement a ouvert une large voie à tout le continent américain et au-delà ». Des mouvements analogues apparaissent en effet à travers toute l’Amérique latine. Au Mexique, en Équateur, au Chili, en Colombie et au Pérou, les gens préparent déjà leurs foulards pour faire campagne en faveur de l’accès légal à l’avortement dans leur pays.

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