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Trop longues, les vacances d’été ?

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Image d'illustration. | © Pexels

Société

Les deux mois de vacances scolaires sont-ils indispensables à l’enfant ? Certains mettent en avant le désavantage pour les élèves issus de milieux socio-économiques défavorisés, alors que d’autres considèrent ce temps libre comme indispensable à leur créativité.

La grisaille en témoigne, les vacances touchent à leur fin. Dans moins d’une semaine, des milliers d’élèves reprendront le chemin de l’école, cartables remplis, têtes remplies de souvenirs estivaux. Une pause bénéfique ? Pas pour tout le monde. En effet, nombreux sont ceux qui accusent les « grandes vacances » d’être trop longues et responsables du « Summer Learning Loss », terme anglophone qualifiant le retard qu’accusent certains enfants à la rentrée scolaire. Devons-nous diminuer le temps des vacances scolaires en Belgique ? Le débat revient presque chaque année.

L’origine des longues vacances d’été vient du 19e siècle, durant lequel les enfants des zones rurales allaient aider leurs familles dans les fermes. Ces deux mois de vacances scolaires sont-ils encore de notre époque ?

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Les vacances d’été, bénéfiques uniquement aux enfants aisés

Le premier argument opposé aux longues vacances d’été est social. Pour beaucoup, de longues vacances d’été seraient bénéfiques uniquement aux enfants issus de familles aisées, qui ont les moyens d’envoyer leur progéniture en camps, stages ou même cours d’été durant lesquels ils acquièrent de nouvelles connaissances et compétences.

À l’inverse, les enfants ne pouvant s’offrir ces activités oublieraient une partie de leurs acquis de l’année précédente. N’ayant pas l’occasion de mettre ce temps libre à profit, ils passent leurs vacances devant les écrans. Interrogé par le Parisien, le porte-parole de la fédération des parents d’élèves française PEEP affirme que « beaucoup d’enfants faute de moyens ne font tout simplement rien et sont gardés… par la console de jeux ».

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Pixabay

Autre argument contre-avancé notamment par The Economist, les coûts supplémentaires occasionnés par les vacances d’été qui mettent à mal le budget déjà serré de certaines familles. Les défenseurs de l’idée de vacances plus courtes arguent que ce changement permettra à la fois de réduire cet écart social, tout en permettant aux enfants de rattraper leur retard dans certaines branches. De plus, allonger le temps scolaire permettra aux écoles d’explorer de nouvelles techniques d’éducation. Cerise sur le gâteau, cela représenterait une solution pour les nombreuses familles qui peinent à trouver une solution pour garder les enfants l’été.

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Certaines études, citées par nos confrères de La Libre, proposent de rééquilibrer les semaines de congé en rallongeant les vacances de Pâques ou Carnaval. Une idée qui séduit près de la moitié des familles belges d’après une enquête Partena en 2016. Et si la tendance se confirme en France, où quatre personnes sur dix considèrent que les vacances devraient être raccourcies, elle est loin de faire l’unanimité.

Un faux débat ?

De son côté, Dominique Lafontaine, chercheuse sciences de l’éducation à l’ULG réfute l’idée selon laquelle l’été porte préjudice aux acquis des enfants : « Ça correspond environ à un mois de scolarité donc, classiquement, si on teste des enfants en fin d’année et au mois de septembre, on constate qu’ils ont un peu régressé, mais généralement ce retard se rattrape assez vite ».

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Unsplash/Sant Vedri

En outre, l’idée de réduire les vacances d’été suscite même l’ire de nombreux professeurs qui estiment que ce temps est indispensable pour préparer leur programme scolaire de l’année suivante. D’autres affirment que ce n’est pas la durée des vacances qu’il faut remettre en question, mais plutôt la qualité de l’apprentissage lorsque moins de deux mois suffisent pour que les enfants oublient ce qu’ils ont appris. Enfin, beaucoup considèrent ces deux mois comme une pause indispensable aux élèves, qui les motive à travailler plus dur pendant l’année. Elle représente pour l’enfant une occasion de s’ennuyer, un luxe de plus en plus rare dans notre société hyperactive et, d’après une étude britannique, indispensable à leur créativité.

Avec neuf semaines de vacances d’été, la Belgique se situe dans la moyenne européenne Seuls l’Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont un temps inférieur à sept semaines. Changement imminent ? Pour l’heure, en Belgique, les discussions restent timides. Si la ministre flamande de l’éducation Hilde Crevitz avait défendu cette idée en 2015, elle a renoncé à la voir mise en place au cours de sa législature. Du côté de l’enseignement francophone, on insiste sur l’importance d’une discussion avec « tous les acteurs concernés » au vu de l’impact social et économique que ce changement engagerait.

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