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Jour de fête : « Quand piétonnier rime avec écrasé »

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L'adresse de cette pépite festive : Boulevard Anspach 181, à Bruxelles. | © Capture d'écran Facebook/Jour de Fête

Société

La fête est-elle bientôt finie ? Situé sur le Boulevard Anspach, le restaurant Jour de fête est au bord de la faillite. Avec les attentats et le piétonnier, sa créatrice pousse un coup de gueule et lance un appel à l’aide, dans une lettre ouverte.

Pour un lunch entre collègues, pour une fête d’anniversaire (toujours réussie) ou encore pour un simple dîner de qualité, Jour de fête est l’endroit idéal. Niché près de la Place Fontainas à Bruxelles, ce petit restaurant aux murs colorés et aux banderoles festives donne un peu de gaieté sur un Boulevard Anspach si terne. Mais six ans après avoir crée son restaurant mêlé à une salle de fête, « le projet dont je rêvais », dit-elle, Virgine Monu est aujourd’hui au bord de la faillite.

Tout avait pourtant bien commencé. En 2012, son concept cartonne. Et pour cause, Jour de Fête est le seul restaurant du centre-ville qui propose à la fois une cuisine de qualité et une salle de fêtes à prix démocratique. « Le succès est très vite au rendez-vous. J’engage un deuxième employé à temps plein pour pouvoir assurer les services. Animée par le souci de travailler dans le respect de la législation, je suis contrainte de me verser un salaire moindre… qu’un revenu d’intégration sociale ! En attendant, je travaille jusqu’à 100 heures par semaine. Je gagne moins de trois euros de l’heure », explique Virgine Monu dans une lettre ouverte sur Facebook. « Heureusement, il en faut beaucoup pour venir à bout de ma détermination ».

Manque de soutien de l’Etat

Comme de nombreux commerces, Jour de Fête connaît ensuite une période plus creuse, voire déserte, causée par les attentats de Paris et de Bruxelles. « Pour pouvoir continuer à payer mes employés, je dois différer le paiement d’autres charges. L’Etat m’inflige alors des amendes extrêmement élevées pour retard de paiement. Le jeu classique de l’endettement s’installe », écrit-elle avant d’ajouter : « depuis 2 ans, je me heurte continuellement à une administration inflexible, froide, mécanique. À mes heures de travail s’ajoutent des heures à naviguer entre des services qui ne communiquent pas entre eux. Pourtant, je continue d’y croire. Je viens de loin, ce rêve devenu réalité ne peut pas s’évaporer à cause de deux ou trois obstacles, aussi hauts soient-ils ».

Nouveau coup dur quelques mois après les attentats de Paris. « Depuis juin 2015, le boulevard Anspach est interdit à la circulation. On nous avait promis deux ans de travaux. On a eu trois ans de rien. Le boulevard dépérit. Le coup de massue m’est asséné fin avril 2018, lorsque les travaux du piétonnier commencent enfin. Il m’est interdit d’exploiter ma terrasse et ce… à la veille de l’été ! », poursuit Virgine Monu qui déplore des travaux tombés au pire moment. Alors qu’elle applaudissait le projet du piétonnier, la voilà aujourd’hui en train d’assumer sa mauvaise gestion. « Depuis quatre mois, je perds 70% de mon chiffre d’affaires, et aujourd’hui, Jour de Fête est menacé de faillite », confie celle qui, face à ces difficultés financières, a décidé d’interpeller les politiques pour faire quelques propositions durant la période de travaux. À savoir, un gel des dettes envers l’État, la suspension des amendes de 15% pour tout retard de paiement, la possibilité de contracter un prêt social pour maintenir l’entreprise à flot, à rembourser une fois les travaux terminés.

Nous ne demandons pas l’aumône, mais une prise de conscience pour faire face à une situation néfaste que nous subissons injustement.

« Au-delà de mon expérience personnelle, c’est de la précarité des petits indépendants dont il est question », continue-t-elle. Pour l’avenir de son établissement, Virgine Monu se tourne aujourd’hui vers la solidarité citoyenne. « Puisque l’Etat ne prend pas ses responsabilités, je me tourne vers ma fidèle clientèle pour me soutenir en venant déguster des antipasti au son du marteau piqueur !« 

Quand piétonnier rime avec écrasé Il y a 7 ans, j’étais salariée : je pouvais vivre dignement. Aujourd’hui, je suis…

Publiée par Jour de fête sur Mardi 28 août 2018

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