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The Brussels Binder, un outil pour ramener les femmes dans le débat européen

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Pour mettre fin aux panels 100% masculins dans le microcosme bruxello-européen, dix femmes lancent le projet « The Brussels Binder ». Une initiative féminine crowdfundée qui fait écho à celle lancée aux Pays-Bas pour le droit à l’avortement, qui a récolté aujourd’hui 181 millions d’euros de promesses de soutien.

C’est un évènement comme il en advient tous les jours dans le quartier européen bruxellois. Derrière la table des invités qui s’expriment sur la question du jour, un, deux, trois, quatre, cinq hommes en costume, que l’on connait bien. Dans l’assemblée, quelques femmes, mais aucune d’elles pour discuter de cette « politique européenne » en perpétuelle construction.

« En tant que femmes investies dans la politique européenne, on voit constamment des panels masculins et c’est très étrange, étant donné qu’on connait tant de femmes qui travaillent dans le domaine et qu’on ne voit jamais », dévoile Charlotte Brandsma, responsable du programme méditéranéen au German Marshall Fund, chercheuse et organisatrice d’évènements européens, mais surtout engagée depuis un an dans un projet ambitieux : « The Brussels Binder ».

Un milieu où (preque) tout le monde se connait

Réunies au sein d’un think-thank européen, Charlotte et d’autres femmes ont commencé par échanger sur cette réalité curieuse, mais quotidienne, avant de décier de passer à l’action. « On a décidé de lancer ensemble une campagne de crowdfunding, d’abord pour sensibilier les gens au problème, mais surtout pour avoir les fonds nécessaires pour développer la base de données et la maintenir à jour, mais aussi pour recruter les femmes qui y figureront », explique-t-elle.

Bruxelles est toujours un réseau de vieux garçons !

Le projet The Brussels Binder répond ainsi à un désir de « sensibiliser à la sous-représentation des femmes dans les panels liés à la politique européenne, mais aussi très pratiquement, d’offrir un outil pour combattre ça, pour aider les organisateurs d’évènements à avoir des femmes dans leurs panels ». Concrètement, l’outil en question se présentera sous la forme d’une plateforme – un sorte de LinkedIn féminin – regroupant les profils de nombreuses expertes travaillant dans les gouvernements et les institutions européennes, dans le secteur public, mais aussi le secteur privé.

« Bruxelles, dans un sens, est toujours un réseau de vieux garçons ! Je ne le dis pas négativement, mais les gens ont tendance à inviter les personnes qu’ils connaissent – j’en suis moi-même parfois coupable. On veut briser ce cercle et faire en sorte qu’on arrête d’inviter toujours les mêmes personnes, des hommes – mais aussi des femmes ! »

Pour Charlotte Brandsma, le phénomène a de nombreuses causes, avec toujours la même conséquence. L’une d’entre elles, c’est la carence en termes de réseaux dont font preuve les femmes. L’objectif premier est donc, grâce au Brussels Binder, d’étendre leurs réseaux pour in fine, améliorer le dialogue européen : « en invitant toujours les mêmes personnes, on n’arrivera jamais à amener de nouvelles politiques », pointe l’experte.

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Le syndrôme de « l’imposteure »

Pour faire partie de la base de données, il suffira simplement de s’inscrie : aucune sélection particulière n’est prévue. « On ne veut pas être quelque chose d’élitiste. Cet outil est pour tout le monde », détaille Charlotte Brandsma, également consciente du « syndrôme de l’imposteur », dont souffrent de nombreuses femmes : « Les femmes ne se voient pas comme des expertes si elles ne connaissent pas à 100 % un sujet. Un homme sera plus enclin à le dire, même s’il ne connait que 40 % d’une thématique ».

Lorsque l’opportunité de mettre en avant leur travail se présente, elles estiment souvent ne pas la mériter – et le complexe s’applique à tous les aspects de la vie. « C’est une partie du problème, qui peut notamment être contrée par un investissement dans des formations qui donneraient confiance aux femmes. De notre côté, on a choisi de combattre un autre aspect, celui de la demande ».

Tant d’initiatives du genre existent et ne sont pas utilisées.

Le crowdfunding qui servira à développer l’outil a commencé en janvier, avec pour objectif de lever au moins 7 500 euros. À 40 jours de la fin de la campagne, 62% du montant total a déjà été trouvé. Le 20 mars prochain, un évènement chez Google Brussels permettra à tout un chacun de soutenir le projet. Aujourd’hui, les contributeurs sont des personnes investies dans le milieu de la politique européenne, mais aussi des amis et la famille des dix fondatrices du projet.

« Nous avons pensé à parler aux gouvernements nationaux, comme la Suède qui est très active dans la lutte pour l’égalité des sexes, mais on ne veut pas le faire tout de suite », détaille Charlotte Brandsma. « Les personnes l’utiliseront davantage si elles ont investies dedans. Plus les gens contribueront financièrement, plus ils se sentiront propriétaires de la base de donnée et ne l’oublieront pas. Tant d’initiatives du genre existent et ne sont pas utilisées… Nous pensons que c’est parce que les gens ne les connaissent pas, parce qu’elles sont créées par des gouvernements ou des institutions qui ont raté leur communication. Une campagne de crowdfunding est vraiment un moyen génial de faire passer le mot et de faire en sorte que les gens s’investissent émotionnellement dans ce qu’on fait », croit-elle.

She Decides lève 181 millions d’euros

L’initiative fait écho à She Decides, un projet de levée de fonds en faveur de l’accès à l’avortement à travers le monde, mené par la ministre néerlandaise Lilianne Ploumen et supporté par Alexander De Croo. Ce jeudi 2 mars 2017, la Belgique et les Pays-Bas, accompagnés par la Suède et le Danemark organisaient une conférence internationale sur le thème. L’évènement a permis d’obtenir des promesses d’aides de 45 pays, pour un montant total de 181 millions d’euros.

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Un sacré pied de nez à la décision prise par Donald Trump de supprimer le soutien financier à l’avortement à travers le monde, mais également la preuve que de petites initiatives reposant principalement sur la bonne volonté économique des citoyens peuvent mener à des décisions à un niveau international.

 

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