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Nike et Colin Kaepernick font l’Histoire avec leur nouveau spot publicitaire

Colin Kaepernick. | © Nike, capture d'écran YouTube.

Société

Nike a dévoilé mercredi un clip publicitaire où le narrateur n’est autre que Colin Kaepernick, son nouveau visage engagé. 

« Don’t ask if your dreams are crazy. Ask if they’re crazy enough », nous dit Colin Kaepernick. Traduisez « Ne vous demandez pas si vos rêves sont fous. Demandez-vous s’ils sont assez fous ». La nouvelle vidéo commerciale de Nike, diffusée sur YouTube et intitulée « Dream Crazy », va vous faire passer par toutes les émotions. Engagée, émouvante et pleine d’espoir, elle fait partie d’une stratégie bien ficelée de la marque à la virgule, qui se veut de plus en plus inclusive.

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La pub sera diffusée lors du match inaugural de la saison de la NFL ce jeudi soir et d’autres projections auront lieu sur les terrains de l’US Open et de la ligue de baseball américaine. Le spot, qui dure deux minutes, s’engouffre dans un message lumineux évoquant la controverse des joueurs de la NFL qui protestent contre les inégalités raciales et la brutalité policière. Contre l’Amérique de Trump. En sous-texte, sans les nommer directement. Subtil et puissant.

La voix de Colin Kaepernick respire la sérénité et invite au « rêve ». On aperçoit Serena Williams et LeBron James, deux autres grandes figures sportives afro-américaines qui luttent contre les inégalités raciales aux États-Unis.

Estime de soi

« Si les gens disent que vos rêves sont fous, s’ils rient de ce que vous pensez pouvoir accomplir. Très bien. Restez comme vous êtes. Parce que ce que ces gens ne comprennent pas, c’est qu’appeler un rêve fou n’est pas une insulte, c’est un compliment », commence le footballeur américain, qui avait posé son genou durant l’hymne national de son pays en signe de protestation contre les violences policières et les inégalités raciales en 2016. Et engendré un mouvement de boycott de l’hymne américain sur les terrains.

© AFP PHOTO / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Matt Winkelmeyer.

Des enfants handicapés qui vont au-delà de leurs limites, un skateur qui se casse les dents, une femme voilée qui arbore des gants de boxe : le message de Nike est clair, lutter. Lutter contre ceux qui vous disent non, lutter contre ceux qui sont remplis de préjugés, se battre contre ceux qui vous disent que « c’est impossible ».

Une communication calculée

Colin Kaepernick ne s’est pas exprimé en interview depuis Novembre 2017 et son entretien avec le magazine GQ. Son silence calculé pèse énormément sur le débat racial outre-Atlantique et le footballeur est devenu une véritable icône pour la communauté afro-américaine aux États-Unis.

© GQ Magazine.

On vous expliquait ce mardi le choix de Nike de signer un contrat à long terme avec l’homme qui symbolise l’épineux problème divisant toujours plus l’Amérique. Célébré par les uns et détesté par les autres, notamment par le président américain Donald Trump, entré en guerre ouverte à l’automne dernier contre les joueurs qui boycottent l’hymne américain. Cette prise de position de la part de Nike lui a attiré les plus vives critiques, et certains américains ont carrément appelé au boycott des produits de l’entreprise, allant jusqu’à brûler leurs baskets dans des vidéos relayés sur les réseaux. Cependant, Nike ne serait pas très inquiet de perdre ses consommateurs républicains, comme expliqué par Vice dans la vidéo ci-dessous (en anglais).


Nike soutient les exclus

Colin Kaepernick n’a pas retrouvé d’équipe depuis l’expiration de son contrat avec San Francisco au début de 2017 et a attaqué en justice la Ligue nationale de football américain (NFL), qu’il accuse de collusion pour l’empêcher de poursuivre sa carrière. Il est sous contrat depuis 2011 avec Nike qui, à la différence de la plupart de ses autres partenaires, n’a pas résilié son contrat de sponsoring.

La veille du coup d’envoi de la saison 2018 de NFL, Nike frappe donc très fort en terme de marketing. L’équipementier prend surtout clairement parti – et c’est une première pour une entreprise de cette taille – sur une question qui divise le pays depuis près de deux ans et qui irrite au plus haut point Donald Trump.

« Exactement comme la NFL, dont les audiences TV ont FORTEMENT BAISSÉ, Nike se fait complètement assassiner par la colère et les boycotts. Je me demande s’ils avaient imaginé que cela se passerait comme ça ? », a tweeté hier le président américain.

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Deux Amériques se défient. Celle d’un Trump qui tweete plus vite que son ombre, est critiqué même par ses conseillers et plus proches, ne condamne pas les suprémacistes blancs et ne s’attaque pas au problème racial qui gangrène son pays. Et celle de Kaepernick et de Spike Lee, pleine d’espoir, de lumière, qui cherche à lutter contre la violence, le rejet, l’exclusion. La question du choix se pose-t-elle vraiment ?

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