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Cécile Djunga : « Il faut que les gens continuent à dénoncer parce que des cas comme ça, il y en aura encore »

Cécile Djunga

"Les gens s'indignent, se révoltent, se rendent compte que c'est du racisme primaire". | © Image récupérée sur le site personnel de Cécile Djunga https://www.ceciledjunga.com/

Société

La vidéo dans laquelle l’humoriste et animatrice de la RTBF dénonce le racisme primaire dont elle est victime au quotidien a déjà été vue plus d’un million de fois.

Mercredi 5 septembre, 19h30. Sa vidéo à peine postée, Cécile reçoit des appels de toutes parts. Son téléphone sonne toute la soirée, et toute la nuit. 6 septembre. Moins de 24 heures plus tard, son message a déjà été visionné plus d’un million de fois. Et les appels sont loin d’avoir cessé.

« Il y a des réactions de toutes parts » 

C’est une Cécile Djunga un peu « étourdie » qui répond à nos questions : « C’est assez incroyable, j’ai une interview pour la BBC, pour beaucoup de chaînes françaises ». Et si elle est ravie de voir autant de personnes concernées par son message, elle sait que le succès de sa vidéo souligne surtout une réalité dure: le racisme est problème global, qui ne se résoudra pas du jour au lendemain. Aussi, rappelle-t-elle: « Il faut que les gens continuent à dénoncer parce que des cas comme ça, il y en aura encore ».

 

 

Coup de Gueule 💔😪✊🏾 #STOPRACISME

Publiée par Cécile Djunga sur Mercredi 5 septembre 2018

Son cas, elle l’a introduit hier sur le ton de l’humour: « Si vous voulez rire, j’en ai une bonne pour vous ». Mais la blague donne en réalité envie de pleurer et a été pour la jeune femme la goutte d’eau qui a fait déborder un vase déjà bien rempli : « Une dame a appelé pour dire que j’étais trop noire et qu’on ne voyait rien dans l’écran, qu’on ne voyait que mes vêtements ». « On commence à toucher le fond quand même » s’émeut la jeune femme entre le rire et la colère au début de la vidéo, et qui finit par fondre en larmes.

La vidéo a eu l’effet d’une véritable bombe sur la toile. Vue plus d’un million de fois et partagée par plus de 30 mille utilisateurs Facebook, elle a aussi été suivie par énormément de marques de soutien envers la jeune femme. De son employeur – la RTBF – au footballer belge Kabasale, en passant par le CSA, Unia et le Parlement wallon, ils ont été nombreux à applaudir son coup de gueule. Et des actions concrètes ont également été lancées.

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Mais Cécile Djunga nous explique qu’elle « ne cherchait pas le buzz ». Pour la jeune femme, le principal succès de la vidéo est que grâce à celle-ci, « des gens qui étaient dans le silence jusqu’à présent parlent (…) les langues se délient (…) les gens s’indignent, se révoltent, se rendent compte que c’est du racisme primaire ».

« Il faut se mobiliser »

Mais comment faire pour que ce buzz ne s’oublie pas ? À l’ère de l’info rapide, rappelle Marc Uyttendaele dans une tribune au Soir, une information en chasse une autre : « demain, après-demain, chacun passera à autre chose et le mal sera toujours présent ».

Pour Cécile, une seule façon d’éviter ce scénario fataliste : « Il faut que les gens continuent à dénoncer (…) Il faut qu’on fasse des actions. Moi, j’ai envie d’en faire plus. Il faut se mobiliser ».

Pour l’heure, la jeune femme va porter plainte. Mais la route est longue. Il y a d’abord le problème complexe de l’impunité sur les réseaux sociaux aussi soulevé par Marc Uyttendaele : « lorsqu’il s’agit d’user de ces instruments pour sanctionner ceux qui, sans vergogne, se défoulent haineusement sur les réseaux sociaux, l’arsenal législatif mis en place ressemble parfois à un lion édenté ».  En écho, Cécile renchérit: « Les gens disent n’importe quoi derrière leurs claviers et bien sûr ça laisse place à une fausse liberté d’expression. Ça laisse la place à des choses qui n’ont pas leur place ».

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Un autre problème a été dénoncé par le CSA dans son communiqué de presse ce jeudi: « Le rôle de journaliste-animateur.trice est celui dans lequel il y a le moins de diversité des origines : 3,78% des individus répertoriés dans ce rôle sont issus de la diversité ». Un problème grave qui est aussi soulevé par la jeune femme. Et qui va bien au delà de la couleur de peau : « Il faut des origines différentes, des physiques différents, des âges différents. Il faut aller vers quelque chose de diversifié pour que tout le monde puisse se reconnaître et s’identifier. Parce qu’on a une société qui évolue et qui n’est plus constituée uniquement de blonds aux yeux bleus ».  En conclusion: « Il est temps que ça change ».

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