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Migrations : Et si l’on se centrait sur l’être l’humain plutôt que sur les chiffres ?

Un traitement médiatique "irresponsable" peut contribuer à la montée de la xénophobie, souligne l'Université des Nations unies. | © EFE/Mauricio Duenas Castaneda

Société

À force de se focaliser sur les chiffres, au détriment des récits individuels, les médias contribuent à « la déshumanisation des masses en mouvement », estime l’Université des Nations unies.

 

La couverture médiatique du phénomène migratoire, notamment en Europe, a une influence sur la perception des migrants et des réfugiés dans l’opinion publique, a constaté l’Université des Nations unies (UNU) ce mercredi lors de la présentation de son rapport « Surges and swarms : A conversation on responsible coverage of migration ». La branche universitaire de l’ONU recommande aux médias d’éviter les stéréotypes et de ne pas se limiter aux informations statistiques. Un traitement médiatique « irresponsable » peut contribuer à la montée de la xénophobie, souligne-t-elle.

Pour réaliser ce rapport, des représentants de médias internationaux, d’universités et des Nations unies ont débattu du rôle des médias dans la formation de l’opinion publique sur les migrants et les réfugiés. Ils se sont particulièrement concentrés sur la « crise migratoire » de 2015 en Europe.

Médiatisation et xénophobie

Les médias ont souvent utilisé les mots « flot », « vague » voire « déluge » pour caractériser l’importante augmentation du nombre de personnes cherchant à rejoindre l’Europe via les pays de l’Est ou la mer Méditerranée. Selon l’Université des Nations unies, ces termes forts ont toutefois « déformé l’ampleur du phénomène » et ne l’ont pas placé dans le contexte adéquat. « Par exemple, les migrants ne représentent qu’environ 3% de la population mondiale, tandis que les réfugiés ne représentent que 0,3% », ajoute-t-elle.

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L’UNU considère que la focalisation des médias sur les chiffres, au détriment des récits individuels, a également contribué à la « déshumanisation des masses en mouvement ». D’après plusieurs études citées dans le rapport, les journalistes occidentaux ont « sous-estimé » les histoires positives liées aux migrations. « D’autres études ont montré qu’ils associent souvent explicitement les migrants à des thèmes négatifs tels que la criminalité, les problèmes de sécurité et la concurrence ou la rareté économiques », poursuit l’université. Elles établissent d’ailleurs un lien entre la couverture médiatique et la « xénophobie croissante ».

Scène photographiée lors d’une manifestation pour la cause des migrants, le 27 juin 2018 à Milan en Italie. © AFP PHOTO / MIGUEL MEDINA

Entre nuances et complexité

Le rapport concède que les médias ne sont pas les « agents de communication des Nations Unies » mais les appelle à se baser sur des faits précis et centrés sur l’être humain. Il leur recommande notamment d’éviter les stéréotypes ou les termes péjoratifs, de contextualiser les informations afin d’aider l’opinion publique à comprendre les nuances et la complexité du phénomène.

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Les entités des Nations Unies doivent aussi permettre aux journalistes d’accéder aux informations les plus précises possibles pour contribuer à une couverture médiatique « responsable », « nuancée » et « équilibrée », considère l’UNU.

 

Avec Belga

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