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Le « cracking » : Quand l’industrie transforme les aliments en « bombes sanitaires »

Comme les œufs, le riz ou encore le maïs, le lait peut être "cracké" en dizaines de formes différentes. | © Unsplash / Amanda Belec

Société

Les produits ultra-transformés, appelés « faux aliments », sont le résultat d’une technique secrète et savamment orchestrée par l’industrie agroalimentaire.

 

Céréales, biscuits, poissons panés, soupes instantanées… On les croit souvent inoffensifs. Pourtant, ces aliments font partie de la redoutable famille des ultra-transformés. De plus en plus, ceux que les scientifiques surnomment les « faux aliments » suscitent la curiosité des chercheurs et des consommateurs. Car si l’on se penche sur la liste des ingrédients de ces produits ultra-transformés, il y a de quoi sourciller.

Protéines de lait, hydrolysat, peptides, amidon modifié, sirop de glucose, arômes… ; autant de composants dont on ne connaît ni la couleur ni les effets sur la santé, mais qui envahissent les garde-manger et remplacent peu à peu l’alimentation traditionnelle. Récemment passés au crible dans l’émission Envoyé Spécial, les faux aliments sont en fait le résultat d’une opération savamment orchestrée par l’industrie agroalimentaire : le « cracking ».

Technique secrète

« Les produits ultra-transformés sont des produits industriels reconstitués à base de dizaine d’ingrédients, d’additifs et de mauvais sucres », indique-t-on dans un extrait du reportage « Alerte aux faux aliments » diffusé ce jeudi 13 septembre sur France 2. Or, la plupart de ces aliments que l’on consomme allègrement (et que l’on sert aux enfants) ont perdu une grande partie de leurs qualités nutritionnelles lors du processus de « cracking ».

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C’est l’une des techniques les plus secrètes des géants de l’agroalimentaire, avance Envoyé Spécial. Elle consiste à fractionner les aliments non transformés (lait, fruits, céréales, etc.) en dizaines de poudres et de sirops pour refabriquer d’autres aliments. « On fabrique des viandes qui ressemblent à du poulet mais qui ne contiennent absolument pas de viande de poulet », assure un interlocuteur face caméra. Le lait, donne-t-on en guise d’exemple, peut ainsi être « cracké » en protéine, caséine, lactosérum, hydrolysat, peptide et caséinate. « Même principe pour l’œuf, la pomme de terre, le riz ou le maïs », poursuit le reportage.

Un poisson pané peut par exemple contenir de l’amidon transformé de manioc, du gluten de blé, des arômes et de la maltodextrine. © Flickr : ais3n

Fractions multiples

Interrogé par Envoyé Spécial, Anthony Fardet – scientifique de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique), spécialiste en nutrition et auteur du livre Mangeons vrai. Halte aux aliments ultra transformés ! rappelle les dangers du cracking et de la « fake food ». Pour lui, à force de décomposer les aliments, l’industrie agroalimentaire fabrique de « petites bombes sanitaires ». Étape par étape, le scientifique détaille le processus de fractionnement. « On joue un peu aux apprentis sorciers », lâche-t-il après avoir « désintégrer » un épis de blé en treize éléments différents, dont les controversés gluten et sirop de glucose. De quoi tirer la sonnette d’alarme quand on sait que « la consommation excessive de ces aliments fractionnés recombinés » entraîne depuis plusieurs années une « explosion des maladies chroniques »

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