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Comment Internet terrorise les femmes qui veulent devenir mères

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Depuis les années 2000, les cas de tocophobie (la phobie de l'accouchement) n'ont cessé d'augmenter, alertent certains spécialistes. | © Unsplash / Tim Bish

Société

À force de lire les témoignages d’accouchements traumatisants sur Internet, de plus en plus de femmes développent la phobie de porter un enfant et de le mettre au monde.

 

Craindre d’être enceinte. Avoir des sueurs froides à l’idée de porter un enfant. Paniquer en s’imaginant le mettre au monde. C’est ce que l’on appelle : la tocophobie.

Selon les statistiques, environ 14% des femmes seraient concernées par cette phobie de l’accouchement et depuis les années 2000, les cas ne cessent d’augmenter. Si l’on en croit les spécialistes, cette peur pathologique proviendrait (entre autres) d’une raison simple : entendre le témoignage d’une femme qui a vécu un accouchement traumatisant.

Au British Science Festival, organisé du 11 au 14 septembre par l’Association britannique pour la science dans la ville de Hull, le sujet était justement au centre des discussions. Comme le rapporte la presse britannique, plusieurs conférences ont mis en lumière le lien entre la tocophobie et les « témoignages terrifiants » qui pullulent notamment sur les réseaux sociaux.

« C’était un bain de sang »

Selon Catriona Jones, chargée de cours de sage-femme à l’Université de Hull en Angleterre et qui a étudié la tocophobie, les médias sociaux sont en grande partie responsables du phénomène. « Il suffit de taper ‘accouchement’ sur Google et vous tombez sur un tsunami d’histoires d’horreur », raconte-t-elle dans une interview au Independent. « En surfant sur certains sites, comme Mumset, on voit des femmes qui racontent leur propre accouchement dans le genre : ‘Oh, c’était terrible, c’était un bain de sang, ceci ou cela s’est passé…’. Je pense que cela peut être assez effrayant pour les femmes de lire ce genre de choses », ajoute-t-elle. « Je ne dis pas que les réseaux sociaux poussent les femmes à avoir peur de l’accouchement, mais ils jouent définitivement un rôle. »

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Sans surprise, le commentaire de Catriona Jones a suscité un vif débat dans l’assemblée, certaines personnes arguant que ces témoignages pouvaient au contraire être bénéfiques pour les futures mamans. Pour Sarah Hesz, qui gère l’application Mush, sorte de Tinder pour les mères, les femmes qui ont vécu un accouchement traumatisant auraient préférées y être préparées. « L’une des plaintes les plus courantes que l’on reçoit c’est : Pourquoi personne ne m’a jamais dit que l’accouchement pouvait prendre une tournure aussi grave ? », explique-t-elle. « C’est important que les femmes se parlent » à propos de ce sujet très (trop ?) tabou.

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Unsplash / Camila Cordeiro

Trauma en salle d’opération

Le vrai problème, pointe Sophie Walker, présidente du parti politique Women’s Equality, c’est la façon dont les femmes sont traitées par les équipes médicales pendant l’accouchement. Certaines racontent qu’elles ont subi des interventions brutales sans être consultées ou que leur plan de naissance a été modifié en dernière minute. « Donner naissance n’est pas un problème médical que les médecins doivent régler, pourtant les femmes sont traitées comme de simples patients », dénonce-t-elle. « C’est cela qui doit être revu et critiqué, pas le fait que les femmes partagent leurs expériences plus ou moins négatives. »

Il y a deux cents ans, les femmes acceptaient de mourir en couches. Aujourd’hui, on s’attend à ce que l’accouchement soit parfaitement sûr.

Depuis les années 2000, les cas de tocophobie n’ont cessé d’augmenter, alertent certains spécialistes. La proportion de femmes concernées pourrait atteindre jusqu’à 30% d’ici quelques années, estime Catriona Jones qui déplore le manque de considération et de prise en charge de la pathologie. D’autant qu’il existe bien d’autres facteurs qui expliquent cette phobie incontrôlable : visionnage d’images choquantes (à la télévision, au cinéma, en cours d’éducation sexuelle), traumatisme prénatal, abus sexuels, etc. Pour dépasser leurs angoisses, certaines femmes ont font appel à la thérapie cognitivo-comportementale ou assistent à des séances éducatives et personnalisées encadrées par des sages-femmes. « La tocophobie est un phénomène moderne » à prendre au sérieux, conclut Catriona Jones. « Certaines femmes pensent réellement qu’elles vont mourir en donnant la vie. »

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