Un policier jugé pour 16 tirs « inutiles » contre un jeune noir à Chicago

Un policier jugé pour 16 tirs « inutiles » contre un jeune noir à Chicago

Seize balles, une vidéo accablante et des mois de manifestations... Ouverture du procès de Jason Van Dyke | © Photo by Antonio PEREZ / POOL / AFP

Société

Un homicide qui avait déclenché une onde de choc aux États-Unis et mené, en partie, ç la création du mouvement Black Lives Matter. Le policier, Jason Van Dyke, comparaît pour assassinat… Il plaide non coupable. 

Un procureur requérant ce lundi devant un juge de Chicago a accusé un policier blanc de la ville d’avoir tiré « à 16 reprises », de façon « totalement inutile » sur un adolescent noir. Jason Van Dyke a simplement vu « un garçon noir, marchant dans la rue… qui avait l’audace d’ignorer la police », a affirmé le procureur, Joe McMahon. L’agent Van Dyke, qui comparaît pour assassinat, est accusé d’avoir abattu à distance et sans raison le jeune homme de 17 ans, Laquan McDonald, en octobre 2014, alors que ce dernier refusait de lâcher le couteau dont il était armé.

« Pas un seul tir n’était nécessaire ou justifié », a martelé le procureur McMahon, qui a égrené dans un silence de plomb les nombres de 1 à 16, pour insister sur la disproportion entre l’action de Laquan McDonald, et la réponse létale du policier.

L’avocat de Jason Van Dyke, Daniel Herbet, a répliqué en dépeignant McDonald sous les traits d’un dangereux criminel, selon lui sous l’emprise d’un psychotrope hallucinogène, lui reprochant d’avoir mené « une équipée sauvage« . La diffusion très tardive, en 2015, d’une vidéo montrant l’homicide de l’adolescent avait exacerbé la colère de la population, suscitant des mois de manifestations dans la troisième ville des États-Unis.

Seule une poignée de manifestants se trouvaient devant le tribunal lundi, mais la ville restait suspendue à l’issue du procès. Beaucoup s’inquiètent des conséquences que pourrait avoir un acquittement.

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© AFP PHOTO / JOSHUA LOTT

Les premières plaidoiries ont commencé ce lundi après une semaine consacrée à la sélection des 12 jurés, désignés parmi un groupe de 200 personnes. Les images de la vidéo, tournées depuis un véhicule policier, montrent Jason Van Dyke tirer sur l’adolescent qui se trouve à plusieurs mètres de distance, et continuer à vider son chargeur même une fois le jeune homme à terre. Aucun des neuf autres officiers présents n’avait fait usage de son arme.

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Des abus policiers fréquents à Chicago

La diffusion de l’enregistrement, obtenue par un juge après un an de blocage par la municipalité, avait entraîné le limogeage du chef de la police de Chicago et l’ouverture d’une enquête fédérale sur les méthodes des forces de l’ordre de la ville. Ses conclusions, publiées en février 2017, évoquent des abus policiers fréquents et un « code du silence » en vigueur chez les agents. Accusé d’avoir voulu étouffer l’affaire, le maire démocrate Rahm Emanuel de la ville, un proche de l’ancien président Barack Obama, avait vu sa popularité s’effondrer. Début septembre, à la surprise générale, il avait annoncé qu’il renonçait à briguer un troisième mandat lors des élections de 2019.

Attention, certaines images peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes ainsi que des personnes non averties.

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Cet événement a fait partie d’une série de bavures policières survenues ces dernières années à l’encontre de victimes noires, donnant naissance au mouvement Black Lives Matter. « Nous essayons d’obtenir justice », a déclaré à la presse le porte-parole de McDonald et de ses proches, Marvin Hunter. Cette décision « fera jurisprudence dans ce pays pour toutes les personnes qui ont subi ce que Laquan a subi ».

Un millier de personnes tuées chaque année

L’issue de son procès sera très suivie aux États-Unis, où la justice est plutôt clémente envers les policiers. Environ un millier de personnes meurent chaque année sous les balles de policiers américains mais seulement 93 agents des forces de l’ordre ont été inculpés depuis 2005, selon Philip Stinson, criminologue à l’université de Bowling Green State. « Et seulement un tiers d’entre eux ont été condamnés », a-t-il ajouté à la radio NPR.

Plusieurs villes américaines se sont embrasées ces dernières années après des bavures policières dont les Noirs étaient les victimes. Un de ses militants, Ja’Mal Green, candidat à la mairie de Chicago, a réclamé « une condamnation » pour Jason Van Dyke. En cas d’acquittement, « des milliers de personnes descendront dans les rues », a-t-il prévenu.

15 ans pour un « Cop » blanc, un verdict rare aux USA

Dans une autre affaire, jugée à la fin du mois d’août dernier, un ex-policier blanc a été condamné à 15 ans de prison pour avoir tué un jeune noir désarmé près de Dallas au Texas en 2017. Le jury, qui a annoncé la sentence mercredi soir, l’avait reconnu coupable des faits la veille après deux jours de délibéré.

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AFP PHOTO / Joshua Lott

Roy Oliver avait tiré plusieurs balles sur une voiture où se trouvaient cinq jeunes près de Dallas. L’une d’elles avait atteint à la tête l’un des passagers, Jordan Edwards, âgé de 15 ans. Le policier, âgé de 38 ans et qui a depuis été limogé selon les médias, avait été appelé avec un collègue après un signalement de mineurs buvant de l’alcool lors d’une fête et les agents avaient entendu des coups de feu à leur arrivée sur les lieux. Au même moment, Jordan Edwards et les autres jeunes montaient dans une voiture pour quitter la fête après avoir aussi entendu ces coups de feu, selon la presse locale.

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L’agent avait alors tiré sur la voiture, touchant Jordan Edwards à la tête. La police avait d’abord affirmé que l’agent avait tiré pour se protéger de la voiture qui faisait marche arrière et s’approchait dangereusement. Mais les images de sa caméra-piéton avait révélé que le véhicule s’éloignait lorsque le policier avait fait feu.

Ce genre de verdict est rare aux États-Unis, alors que plusieurs villes américaines se sont embrasées ces dernières années après des bavures policières dont les Noirs étaient les victimes.
Pour la plupart, les policiers auteurs des coups de feu mortels ont fait l’objet de sanctions disciplinaires mais ont été acquittés lors de leur procès.

Avec Belga

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