Paris Match Belgique

« Manger pour deux », le dangereux mythe de la grossesse

grossesse

Les auteurs de l'étude soulignent tout de même que les femmes ne devraient pas ressentir pour autant le besoin de commencer à se peser toutes les deux semaines. | © Unsplash/John Looy

Société

Une nouvelle étude démontre que prendre trop de poids durant la grossesse pourrait avoir des conséquences sur la santé de l’enfant, mais aussi de la future maman.

Une pizza margherita à 11h – supplément buffala, s’il vous plait -, deux ou trois cornichons avant de dormir ou encore un quart du gâteau au chocolat de la pâtisserie du coin… Ces caprices alimentaires sont assez fréquents chez certaines femmes enceintes, qui les justifient en pointant leur ventre arrondi : « Je mange pour deux ! » Si les envies étrangères sont bien réelles, le vieil adage selon lequel les femmes « mangent pour deux » est, quant à lui, un mythe plutôt dangereux, révèle une étude publiée dans la revue DiabetologiaAprès avoir analysé 905 paires mère-enfant à Hong Kong, les scientifiques ont observé que le fait de prendre trop de poids durant la grossesse pourrait accroître le risque de résistance à l’insuline et d’hypertension artérielle chez l’enfant. De plus, les nouveaux-nés peuvent avoir un IMC plus élevé que la normale, ce qui, selon les chercheurs, pourrait entraîner des risques cardiométaboliques ultérieurs.

Des conséquences indésirables ont également été observées chez les femmes qui ont pris moins de poids que la quantité recommandée.

Lire aussi > Consommer un peu d’alcool pendant la grossesse, est-ce (vraiment) risqué ?

Ces résultats viennent appuyer d’autres recherches antérieures, souligne The Guardian. Selon l’une d’entre elles, réalisée en 2017, 75% des femmes enceintes n’ont pas pris de poids de manière saine. Cette prise de poids au-dessus, mais aussi en-dessous, des niveaux recommandés pendant la grossesse a été associée à divers problèmes liés à la taille du bébé et à l’accouchement. Une autre étude australienne, réalisée cette même année, a démontré que l’enfant a 95% de risques supplémentaires de naître en surpoids et 30% d’être accouché par césarienne, alors que, chez la mère, la prise de poids favorise l’obésité, l’hypertension, ainsi que le diabète gestationnel. À l’inverse, les mères qui ne prennent pas assez de poids durant la grossesse risquent une fausse couche. Du côté du bébé, il a également 70% de risques supplémentaires de naître prématuré et 53% de naître avec un poids ou une taille insuffisante.

Besoin de très peu d’énergie supplémentaire

« Nous devons éduquer la mère. Ce n’est pas seulement un [grand] bébé qu’elles auraient, maintenant nous avons des preuves que cela affectera l’avenir du bébé », a déclaré le professeur Wing Hung Tam, co-auteur de l’étude de l’Université chinoise de Hong Kong, soulignant tout de même que les femmes enceintes ne devraient pas ressentir le besoin de commencer à se peser toutes les deux semaines. « Ce qui est plus important, selon le professeur contacté par The Independent, c’est que ‘manger pour deux’ peut être dangereux ». 

Bien qu’elles doivent se nourrir suffisamment pour pourvoir aux besoins nutritionnels de leur bébé, leurs besoins en énergie n’augmentent que légèrement durant la grossesse. Selon le Collège royal des obstétriciens et gynécologues, les femmes n’ont pas besoin d’énergie supplémentaire pour les deux premiers trimestres et n’ont besoin que de 200 calories supplémentaires par jour au cours des trois derniers mois de la grossesse, rappelle The Guardian.

Lire aussi > Comment Internet terrorise les femmes qui veulent devenir mères

« Ces résultats ont des implications importantes pour, à la fois, la prévention et le traitement », concluent les auteurs de l’étude. « Il est nécessaire de mieux connaître et surveiller le gain de poids pendant la grossesse ». Dans un guide publié en 2007, l’agence Santé Publique France note l’importance « d’expliquer aux femmes enceintes que la grossesse est l’opportunité d’avoir une alimentation équilibrée et structurée, leur bébé étant souvent leur principale motivation pour modifier leur comportement alimentaire ». Manger mieux pour deux, oui, mais pas deux fois plus !

CIM Internet