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Rémi Gaillard, le mégaphone des animaux en captivité

Rémi Gaillard en 2017. | © Instagram : @gaillardremi

Société

Fondateur de l’association Anymal, le trublion du Web poursuit son combat pour la cause animale à travers la diffusion d’images choc tournées aux zoos et dans les delphinariums. Interpellé par l’humoriste sur les réseaux sociaux, le ministre de la Transition écologique François de Rugy a proposé de le recevoir. 

Paris Match. Cet été, tu as interpellé le maire de Dunkerque sur les réseaux sociaux à propos de deux ours, Kiwi – la star du célèbre film de Jean-Jacques Annaud – et Dominique, qui survivent, d’après les images que tu as diffusées, dans des conditions sordides au zoo de la ville. Tu as obtenu la promesse que les animaux seraient transférés vers le parc animalier Zoodyssée, dans les Deux-Sèvres. Où en est-on ? 
Rémi Gaillard : Kiwi et Dominique devraient avoir un enclos de deux hectares, contre les 500 m2 où ils sont cloîtrés actuellement. J’avais proposé de les transférer vers un parc spécialisé dans les ours et les loups en Allemagne où ils auraient bénéficié d’un espace de 10 hectares… Mais c’est une belle victoire pour mon association, Anymal, et toutes les autres qui pourront s’appuyer sur cet exemple afin de convaincre d’autres mairies.

Comment as-tu persuadé celle de Dunkerque ? 
J’ai une façon de communiquer un peu particulière (rires). Manifester, discuter, c’est très bien. Mais moi je ne suis pas très diplomate, je ne cherche pas trop à comprendre. Je m’attache d’abord à diffuser les images transmises par des lanceurs d’alerte ou des spectateurs horrifiés. En ce qui concerne ces deux ours, j’ai envoyé mes premiers tweets à Jean-Jacques Annaud qui m’a finalement répondu par un courrier sans intérêt. Rien ne bougeait alors je me suis adressé au maire, toujours via Twitter. Quelques jours plus tard, la mairie, qui a également reçu deux militantes d’Anymal, s’engageait à faire transférer Kiwi et Dominique courant 2019. Pour l’heure, ils sont donc toujours en train de tourner en rond au zoo… Ça me paraît vraiment long d’autant que le parc allemand que je proposais était prêt à les accueillir tout de suite. On va rester très vigilants car je me méfie beaucoup des politiques.

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Tu as aussi alerté le maire de Colmar, sur les réseaux sociaux, au sujet d’une « animation » présentée dans son agglomération. De quoi s’agit-il ? 
D’une fête médiévale donnée au château du Hohlandsbourg où des ours et des loups sont exhibés, enchainés, soumis, brisés. Forcés à faire des tours ridicules, comme sauter dans un cerceau ou glisser d’un toboggan… C’est pathétique ! La ville s’est dédouanée sur le château. Je ne vais pas les lâcher. Là encore, ces images ont été confiées à mon association par des lanceurs d’alerte. Nous recevons des cinquantaines de photos et de vidéos chaque jour. Je suis désolé de ne pas pouvoir tout relayer. On essaie de prendre les exemples les plus démonstratifs de la maltraitance animale, comme ces spectacles affligeants qui devraient désormais être relégués aux oubliettes du moyen-âge.

© Rémi Gaillard en 2016.

Tu viens de dénoncer auprès de Carlo Di Antonio, le ministre Wallon de l’Ecologie, le traitement réservé aux ours polaires du parc le « Monde Sauvage d’Aywaille », près de Liège, qui suffoquent en plein soleil… 
Carlo Di Antonio est très réactif, il vient juste de me répondre sur Twitter : « Les conditions de détention des ours polaires en Belgique datent de 1999. J’estime qu’elles sont aujourd’hui insuffisantes et juge nécessaire de rouvrir leur analyse ». C’est un bon premier pas. Mais le temps presse.

J’ai alerté notre nouveau ministre de la Transition écologique, François de Rugy, sur Twitter.

Et tu te bats pour le transfert des deux ours de Marineland vers un sanctuaire. 
Quand j’ai alerté sur la situation déplorable des ours du zoo de Dunkerque, des internautes m’ont demandé pourquoi ne pas aussi dénoncer le sort de ceux de Marineland. Moi, je veux bien m’occuper de tous les ours… Alors j’ai acheté mon billet d’entrée et je suis partie faire un tour à Marineland avec une copine. Je n’y avais été qu’une fois dans ma vie, quand j’avais 10 ans. À l’époque, ça m’avait fait rêver… Là, mon regard a été différent. J’ai vu les signes de stéréotypie des animaux : les ours passent leur vie à aller et venir contre les parois d’un bocal. Il y avait aussi ces dauphins complètement amorphes. C’est d’une tristesse absolue. Au lieu de m’adresser à Marineland – je sais que ça ne servira à rien -, j’ai alerté notre nouveau ministre de la Transition écologique, François de Rugy, sur Twitter. Quatre jours plus tard, il me remerciait pour ces interpellations. Nous avons poursuivi nos échanges par messages privés et il m’a proposé de nous rencontrer d’ici quelques semaines.

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Que vas-tu lui dire ? 
Je ne suis qu’un mégaphone, alors j’irai avec une des représentantes d’Anymal qui connaît parfaitement le sujet. On n’apprendra rien de nouveau à François de Rugy, mais on lui proposera des solutions. On compte bien obtenir de réelles avancées afin que les animaux sauvages ne servent plus de clowns aux humains.

Et si le ministre ne te reçoit pas ? 
J’ai déjà réfléchi à une action: nous serons deux personnes enfermées dans un enclos avec une piscine pourrie et trois cailloux. On restera là à tourner en rond jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée pour les deux ours de Marineland. Comme on ne pourra pas non plus y rester un an, des inconnus, mais aussi des artistes, viendront nous relayer.

Où en es-tu de ton projet de refuge pour animaux ? 
Ça avance super bien. Jean-François Audrin, maire de Saint Georges d’Orque, m’aide beaucoup dans les démarches et j’ai deux personnes qui planchent à temps plein. Philippe Ginestet, le patron de Gifi, a dit banco pour ce projet, on a donc maintenant les financements. Notre « campus humain non-humain » avec cabanes dans les arbres, village vegan, etc… sera basé près de Montpellier. On devrait poser la première pierre d’ici deux ans.

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Ta vie ne serait-elle pas désormais entièrement dédiée à la cause animale ? 
Je viens justement de prendre quelqu’un pour s’occuper de tout ça et pouvoir retourner faire des vidéos drôles. Ça me manque. Il y aura souvent un lien avec la cause animale, mais il faut aussi faire rire et je ne veux pas décevoir ceux qui me suivent depuis le début. Je ne suis qu’un clown. C’est vrai qu’aujourd’hui, quand on m’arrête dans la rue, c’est pour me dire : « merci de ce que tu fais pour les animaux ». Avant mon engagement, ma communauté sur le net était composée de 75% de mecs et 25% de filles. Mes statistiques indiquent qu’elles sont aujourd’hui 40%. Ce sera bientôt la parité, je suis content.

Qui seront les têtes d’affiche de ton prochain festival Anymal, le 17 novembre ? 
Cali, Tryo, Sinsemilia, Shaka Ponk… Des poètes festifs et engagés ! Le photographe animalier et animaliste Laurent Baheux exposera ses images. Nous aurons aussi des stands associatifs. Notre slogan c’est : « Beaucoup de soirées sont incroyables, une seule est de légende ». On a déjà vendu plus de 2000 billets en 2 jours. Mais si notre ministre de la Transition écologique souhaite venir déguisé en ours polaire, alors pour lui, l’entrée sera gratuite !

Festival Anymal, le 17 novembre, au Zénith Sud de Montpellier. Plus d’infos ici.

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