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« Petit Paul » : La bande-dessinée pour adultes accusée de pédopornographie

Petit Paul. | © DR

Société

La bande-dessinée X du Français Bastien Vivès a été retirée des ventes par plusieurs groupes de librairies après avoir été taxée de pédopornographie.

 

« Petit Paul vit à la campagne avec son père et sa sœur Magalie. Et il est ce qu’on pourrait appeler un enfant précoce. Bien qu’il ne soit pas encore en âge de penser à la chose, le voici doté d’un formidable attribut difficile à dissimuler et qui déclenche chez les chastes femmes de son entourage les plus violentes des pulsions. » En quelques mots, on devine le tableau.

Dans son dernier opus intitulé Petit Paul, Bastien Vivès dessine les aventures d’un jeune garçon « gâté par la nature ». Un tout premier titre qui fait déjà du bruit pour le lancement de la nouvelle collection « Porn’Pop » dirigée par l’actrice porno Céline Tran (Katsuni, pour les intimes). « Notre envie, c’est de sortir du côté purement masturbatoire, d’aborder la sexualité sous tous les angles, sans tabous. En apportant aussi un peu d’humour », annonçait la scénariste, auteur de la préface du Petit Paul.

Petit Paul. © DR

Abus sur mineur

Aborder la sexualité sous tous les angles ? Pourquoi pas. Apporter un peu d’humour ? Et comment ! En revanche, c’est peut-être sur la question du « sans tabous » que la mission a dérapé. Présentée dans la préface comme un « clin d’œil parodique » des aventures de Martine et « un pied de nez à l’ordre moral », la bande-dessinée signée Bastien Vivès est loin de faire l’unanimité. Cinq jour après sa sortie, Petit Paul est déjà retiré des ventes par certains groupes de librairies français comme Cultura ou encore Gilbert Joseph. En cause, les histoires X pouvant être assimilables à de la pédopornographie, selon plusieurs lecteurs choqués.

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Dans une pétition lancée ce mardi, plus de 2 000 lecteurs en colère écrivent que « Petit Paul montre les péripéties d’un enfant de 10 ans avec un énorme pénis que vont utiliser bon gré mal gré les femmes de son entourage ». On imagine alors le jeune héros dessiné dans des scènes de sexe avec des adultes, dont une qui a particulièrement retenu l’attention. « Une scène jugée ‘borderline’ par son propre auteur où Petit Paul se fait abuser par son institutrice », poursuit la pétition. « Nous rappelons que le livre est censé être humoristique, et il nous paraît délicat de rire d’une scène faisant l’apologie de l’abus d’enfant, un sujet malheureusement bien trop actuel. » La lettre réclame ainsi « que ce livre soit retiré du marché et que les éditions Glénat présentent des excuses, ou au moins prêtent une plus grande attention au contenu de ce qu’ils éditent ».

Question de point de vue

Face à la polémique ainsi qu’à la décision des libraires Cultura et Gilbert Joseph de retirer la BD de leurs rayons et sur leur site web, la maison Glénat (éditrice de Petit Paul) a réfuté « fermement et catégoriquement » les accusations. « Aussi obscène et provocatrice qu’on puisse la considérer, cette œuvre de fiction n’a jamais pour vocation de dédramatiser, favoriser ou légitimer l’abus de mineur de quelque manière que ce soit », s’est-elle défendue dans un communiqué. « Il s’agit d’une caricature, dont le dessin, volontairement grotesque et outrancier dans ses proportions, ne laisse planer aucun doute quant à la nature totalement irréaliste du personnage et de son environnement », poursuivent les éditions qui se disent « particulièrement attentive à ce qu’elle publie » et qui « assume l’ensemble de ses choix éditoriaux ».

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Contacté par Le Parisien, le dessinateur français Bastien Vivès refute également les attaques. S’il reconnaît le côté « un peu limite » de la scène avec l’institutrice, l’auteur de Polina se dit « surpris de l’ampleur de la réaction ». « Ce bouquin, c’est comme une grosse blague, pour faire rigoler les gens. Certainement pas une apologie de la pédophilie », dit-il, précisant que ses fantasmes « sont plutôt les gros seins, pas les enfants ». Dans une interview accordée au Huffington Post, il dit comprendre « le sentiment de malaise » que peut produire la lecture de ses dessins. Or, pour le célèbre dessinateur, « il était important que le malaise reste visuel. Qu’il ne soit ni moral, ni intellectuel. Ce sont toujours des accidents loufoques qui arrivent à Petit Paul. Il bande, ce n’est pas de sa faute, ni de la perversion de sa part. On reste toujours de son point de vue, naïf, d’un gamin de 10 ans qui ne pense pas au sexe ».

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