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Il y a 40 ans, la mort soudaine du pape Jean-Paul Ier

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Le 26 août 1978, après sa cérémonie d'intronisation, le pape Jean-Paul 1er donne sa première bénédiction à la ville et au monde depuis la loggia de Saint Pierre de Rome, au Vatican. | © Paris Match / Patrick Jarnoux.

Société

Dans la nuit du 28 au 29 septembre 1978, Jean-Paul Ier décède brusquement, 33 jours seulement après son élection, faisant de lui l’un des papes les plus éphémères de l’Église catholique. Le corps d’Albino Luciani, ancien cardinal de Venise, ne sera pas autopsié… provoquant de nombreuses théories sur la mort du « pape au sourire ».

À Rome et dans le cœur de la chrétienté, pour beaucoup, la mort si rapide de Jean-Paul Ier, qui en fit l’un des pontificats les plus courts de l’Histoire, reste une énigme. Peu d’éléments, en effet, laissaient prévoir une telle issue. Pourtant, à peine trois jours après son élection, une rumeur macabre avait couru dans les couloirs du Vatican et les salles de rédaction romaines. Qui ne s’était pas vérifiée, Dieu soit loué ! Néanmoins, le nouveau pape avait eu un malaise, immédiatement démenti, bien sûr. Il avoua aussi lors de sa dernière audience publique avoir subi nombre d’opérations… Il est vrai que de retour d’un voyage au Brésil, Mgr Luciani avait, suite à une thrombose, temporairement perdu l’usage d’un œil. Sa tension fit alors l’objet de commentaires entraînant même les cardinaux votants à s’intéresser ouvertement à sa santé.

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Enfin, la façon dont a été gérée l’annonce de son décès a rendu plus mystérieux encore ce triste événement. C’est l’une des quatre religieuses de l’appartement, la Vénitienne sœur Margherita Marin qui, n’entendant pas de bruit le matin, entre dans sa chambre après avoir frappé et découvre Jean-Paul Ier sans vie, la main crispée sur trois feuillets dactylographiés. Mais il est parfaitement inconvenant, inconcevable même pour certains, qu’une femme, fût-elle bonne sœur, ait pu s’approcher du lit d’un pape.

Le pape Jean-Paul Ier, lors de sa dernière promenade dans les jardins du Vatican, en couverture de Paris Match, n°1533, daté du 13 octobre 1978.
Le pape Jean-Paul Ier, lors de sa dernière promenade dans les jardins du Vatican, en couverture de Paris Match, n°1533, daté du 13 octobre 1978. © Paris Match

Papa Luciani avait des troubles circulatoires

La salle de presse, dans un communiqué laconique, expliqua donc juste que le Saint-Père avait été retrouvé mort au petit jour, avec « L’imitation de Jésus-Christ », qu’il avait l’habitude de parcourir avant de s’endormir.

Le problème : sa nièce, Lisa Petri Tormenta, employée à la salle de presse et qui avait été admise à le voir, trouva un pape vêtu de blanc avec des vêtements froissés, ce qui prouva qu’on avait rhabillé le défunt à la hâte. De plus, les frères Signoracci, les embaumeurs, laissèrent fuiter que Sa Sainteté était décédée avec un discours entre les mains et que l’attaque cardiaque avait été si violente qu’ils durent lui arracher les feuilles de papier des doigts en raison de leur rigidité. Ces versions contradictoires instaurèrent le doute…

La vérité semble plus simple, en réalité, comme l’a révélé Bruno Bartoloni, célèbre vaticaniste de l’AFP, qui collaborait aussi au Gazzettino di Venezia et connaissait bien le patriarche de Venise : « Papa Luciani avait des troubles circulatoires qui faisaient tellement enfler ses chevilles qu’il pouvait à peine mettre ses chaussures. C’était un homme si modeste que les premiers jours, ne réalisant pas encore complètement qu’il était désormais le pape, il continuait à répondre lui-même au téléphone. » Ce qu’il fit justement avec Bartoloni – qui écrivit sur cet événement insolite un article plein d’esprit –, lequel reste persuadé que c’est cette trop lourde charge, ces responsabilités écrasantes doublées d’importants problèmes circulatoires qui ont brutalement tué celui qui, à Venise, même avec le prestigieux titre de Patriarche, gardait dans son cœur des réflexes de simple curé.

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