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« Nous ne l’avons pas cru » : Victoire pour Black Lives Matter après le jugement d’un policier blanc

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Les manifestants en pleine célébration après le verdict. | © AFP PHOTO / JIM YOUNG

Société

Le verdict est tombé. À Chicago, le policier blanc Jason Van Dyke a été reconnu coupable d’avoir du meurtre du jeune noir Laquan McDonald, sur lequel il avait tiré à 16 reprises. Cet homicide avait déclenché une onde de choc aux États-Unis et mené, en partie, à la création du mouvement Black Lives Matter qui célèbre une grande victoire.

Seize tirs jugés « totalement inutiles ». Jason Van Dyke, qui comparaissait pour assassinat, était accusé d’avoir abattu à distance et sans raison Laquan McDonald, 17 ans, alors que ce dernier tenait un couteau en octobre 2014. Alors que l’homme aujourd’hui âgé de 40 ans avait plaidé non coupable, le procureur McMahon avait martelé que « pas un seul tir n’était nécessaire ou justifié », avant d’égrener dans un silence de plomb les nombres de 1 à 16, pour insister sur la disproportion entre l’action de Laquan McDonald, et la réponse létale du policier.

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Les douze jurés ont rendu leur verdict vendredi, soit dès le lendemain du début de leurs délibérations, le reconnaissant coupable de meurtre au lieu d’assassinat. Ils ont également décidé de sa culpabilité pour seize autres chefs d’accusation pour usage aggravé d’une arme à feu, mais l’ont acquitté de celui de faute professionnelle. Sa sentence sera connue ultérieurement.

Une vidéo accablante

Le policier avait demandé aux douze jurés de se fier à leur mémoire, et non à la vidéo diffusée en 2015 montrant la mort de l’adolescent. Les jurés ont choisi la vidéo. Cette dernière, diffusée très tardivement, avait exacerbé la colère de la population, déclenchant des mois de manifestations dans la troisième ville des États-Unis.

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© AFP PHOTO / JIM YOUNG

Les images de la vidéo, filmée depuis une caméra fixée sur le tableau de bord d’une voiture des forces de l’ordre, montrent Jason Van Dyke tirer sur l’adolescent, qui se trouve à plusieurs mètres de distance, et continuer à vider son chargeur même une fois le jeune homme à terre. Aucun des neuf autres officiers présents n’avait fait usage de son arme.

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Lors de son procès, qui a duré dix jours, l’ancien policier a assuré avoir tiré parce que l’adolescent lui paraissait menaçant. Ses avocats ont tenté de contrer l’effet désastreux de la séquence filmée, en appelant à considérer le « contexte ». La vidéo de la bavure a entraîné le renvoi du chef de la police de Chicago de l’époque.

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Le policier Jason Van Dyke. © AFP PHOTO / POOL / Antonio PEREZ

Après le verdict, plusieurs jurés ont déclaré que la description de la fusillade par Jason Van Dyke leur semblait contradictoire, trop répétée et tout simplement pas crédible, rapporte le New York Times. « On aurait dit qu’il pouvait enfin jouer ce qu’il avait répété pendant des semaines », a déclaré un juré, une femme blanche, qui avait remarqué que l’agent Van Dyke les « regardaient, essayant de gagner notre sympathie » lors de son témoignage. « Nous ne l’avons tout simplement pas cru », a-t-elle déclaré de manière anonyme.

Victoire pour Black Lives Matter

L’homicide de Laquan McDonald fait partie d’une série de bavures policières ces dernières années contre des Noirs aux États-Unis, donnant naissance au mouvement Black Lives Matter. « Même s’il s’agit d’une victoire, nous continuerons à lutter pour le désinvestissement dans l’application de la loi, pour l’investissement dans nos communautés et pour un monde dans lequel les Noirs ne sont pas abattus par la police« , a réagi le groupe sur Twitter après le verdict.

Abus récurrents à Chicago

Le ministère de la Justice a par ailleurs lancé en décembre 2015 une enquête fédérale visant le Chicago Police Department (CPD). Celle-ci a conclu que les abus policiers étaient récurrents à Chicago, métropole gangrénée par la criminalité.

Le maire Rahm Emanuel, un proche de l’ancien président Barack Obama, s’est lui-même retrouvé en difficulté. Il a annoncé début septembre renoncer à briguer un troisième mandat, sa popularité butant sur cette violence endémique, liée à des guerres de gangs et au trafic de drogues.

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