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Bulgarie : Une journaliste violée et assassinée après un reportage sur la corruption

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Il s’agit de la troisième journaliste tuée cette année dans un pays de l’UE. | © Capture d'écran YouTube/TVN Bulgaria

Société

Alors qu’elle venait de présenter à la télévision bulgare une enquête sur des soupçons de fraude aux subventions européennes, Viktoria Marinova a été retrouvée morte, sauvagement agressée, dans le nord du pays.

Frappée à la tête, violée et étranglée. Le meurtre particulièrement violent de la journaliste bulgare Viktoria Marinova suscite une vague d’indignation en Europe. Le corps de cette responsable administrative et présentatrice sur la chaîne locale TVN Ruse, a été découvert samedi dans un parc de la ville du nord du pays, a annoncé dimanche le procureur régional, Georgy Georgiev. « Son téléphone portable, ses clés de voiture, ses lunettes et une partie de ses vêtements ont disparu », a ajouté le procureur, précisant que les enquêteurs examinaient toutes les pistes liées tant à sa vie personnelle que professionnelle. Selon lui, le bureau du procureur s’appuie sur plusieurs hypothèses, notamment que le mobile de l’assassinat était lié au travail d’investigation de la journaliste.

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La jeune femme âgée de 30 ans animait « Detector », une émission consacrée aux questions de société diffusée localement à Ruse, grand port des bords du Danube, à la frontière avec la Roumanie. Dans l’émission du 30 septembre, elle avait reçu deux journalistes d’investigation réputés, le Roumain Attila Biro, membre du projet de journaliste de recherche Rise Romania ainsi que le Bulgare Dimitar Stoyanov du site d’investigation Bivol.bg et partenaire du site WikiLeaks. Ces derniers ont été arrêtés le mois dernier par la police bulgare alors qu’ils enquêtaient sur la destruction de documents qui auraient révélé des pratiques corrompues de la part d’une entreprise de construction de routes privée soupçonnée de fraudes aux subventions européennes qui impliqueraient des hommes d’affaire et des élus.

Émotion et indignation

Cet événement tragique a conduit de nombreux observateurs à faire le lien dimanche entre le meurtre de la journaliste et ses activités professionnelles, même si des sources policières ont déclaré douter de ce rapport. Le représentant pour la liberté des médias à l’OSCE, Harlem Désir, s’est dit « choqué » par le meurtre d’une « journaliste d’investigation », appelant à une « enquête complète et rigoureuse », dans un message sur Twitter.

De nombreux journalistes ont partagé leur émotion sur les réseaux sociaux, rappelant qu’elle était la troisième journaliste tuée en un an en Europe après le reporter Jan Kuciak en Slovaquie en février et la journaliste maltaise Daphné Caruana Galizia en octobre 2017. L’ONG Reporter Sans Frontières a exhorté les autorités bulgares « à faire toute la lumière sur cet acte odieux » leur demandant de placer les collègues de Viktoria Marinova sous protection. Une demande également relayée par le site d’investigation bulgare Bivol.bg animé notamment par Dimitar Stoyanov, le journaliste récemment interviewé par l’animatrice.

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« Nous sommes sous le choc. Jamais nous n’avons reçu de menace sous aucune forme », a déclaré à l’AFP un journaliste de TVN Ruse, collaborateur de la victime, sous couvert d’anonymat. Il a ajouté que ses collègues et lui craignaient désormais pour leur sécurité, avant de décrire Viktoria Marinova comme une journaliste « disciplinée, ambitieuse, allant jusqu’au bout et habitée par un grand sens de la justice ». Elle avait notamment donné la parole à des personnes en souffrance, confrontées à des problèmes de violences conjugales, d’alcoolisme ou de handicap.

La Bulgarie, le pire pays de l’UE pour la liberté de presse

Le dernier classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF a placé la Bulgarie à la 111e place sur 180, de loin le pire de l’UE, et le pays est régulièrement mis en cause pour son environnement médiatique corrompu qui porte atteinte à la liberté d’informer.

Selon RSF, les journalistes d’investigation bulgares sont exposés à « de nombreuses formes de pression et d’intimidation » et font face à des « oligarques exerçant un monopole médiatique et à des autorités soupçonnées de corruption et de liens avec le crime organisé ». 

Selon l’Association des journalistes européens, basée en Bulgarie, les journalistes de médias régionaux et locaux sont particulièrement exposés. La fréquence des cas de violences contre les femmes est également un phénomène préoccupant dans le pays.

Avec Belga

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