Paris Match Belgique

Un parti allemand veut financer le porno féministe

Porno féministe

"Dans la pornographie féministe, il y a toujours l’idée de représenter le sexe tel qu’il est, de façon réaliste" | © Taya Iv / Unsplash

Société

Le parti social-démocrate allemand a inscrit dans son programme le financement de films porno féministes pour lutter contre les stéréotypes véhiculés par la pornographie classique. 

 

Les films pornographiques en ligne, souvent misogynes, sont de façon générale loin de servir la cause des femmes. De nombreuses études ont fait un lien de cause à effet entre la représentation stéréotypée mais aussi erronée de la femme et des rapports sexuels dans les films « X » et les violences sexistes. La pornographie féministe  veut alors se positionner à l’opposé de l’industrie « classique » du porno, en montrant des femmes fortes et des fantasmes féminins. Des réalisateurs spécialisés dans le genre ont émergé, avec des festivals dédiés au à ceux-ci. Et récemment, le phénomène est même devenu politique. En effet, le parti social-démocrate allemand  a inscrit dans son programme le financement des films porno féministes pour lutter contre les stéréotypes véhiculés par la pornographie classique.

Lire aussi > « C’est tout meuf », le premier podcast féminin de la RTBF : « Aujourd’hui, le féminisme fait peur aux nanas et aux mecs »

Représentation déviante et faussée des rapports sexuels

Sexe
©  Unsplash

Interrogée par Slate, une jeune vendeuse raconte son premier visionnage de film pornographique : « C’était une femme très bien faite et très… bruyante. Elle faisait une fellation. Je me souviens que ça m’avait mise très mal à l’aise. Et puis, j’ai été prise d’angoisse en me disant qu’il allait falloir que, moi aussi, je fasse ça dans ma future sexualité ». Elle explique qu’elle a par après réalisé que cette vision l’avait freinée dans sa sexualité, parce qu’elle lui avait « montr[é]un modèle qu‘[elle] ne pensait pas pouvoir atteindre ». Plusieurs études prouvent que l’expérience de la jeune femme est loin d’être un cas unique. En 2018, une recherche sur les addictions chez nos jeunes voisins français avait notamment conclu que « La confrontation à de telles images [pornographiques] alors même que la sexualité psychique se développe, peut provoquer des crises d’anxiété, des troubles du sommeil, nourrir un sentiment douloureux de culpabilité et conduire à une représentation faussée ou déviante des rapports sexuels et amoureux ».  Face à cette problématique, la pornographie féministe veut diffuser des images plus en phase avec la réalité mais aussi plus de diversité sexuelles et physique.

Lire aussi > Au Moyen Âge, les médecins donnaient au plaisir féminin une place centrale

Sous l’impulsion des jeunes SPD

Ce sont les jeunes sociaux-démocrates qui ont avancé l’idée : « Dans la pornographie féministe, il y a toujours l’idée de représenter le sexe tel qu’il est, de façon réaliste », a déclaré à Slate Heike Hofmann. De plus : « Dans ces films, il y a beaucoup plus de diversité sexuelle, de corps variés, des âges et des couleurs de peaux différentes. On ne reste pas dans le cliché de la blonde à forte poitrine. Il y a aussi l’enjeu de montrer des gens qui se protègent avec un préservatif ». 

Porno
© Charles Deluvio / Unsplash

Pour ces jeunes SPD, l’initiative a également des fins pédagogiques. Ils veulent aussi que les films pornos féministes soient accessibles gratuitement, à l’instar de la plupart des films X. En juin, lors de son Congrès annuel, le parti a approuvé la proposition et l’a ajoutée à son programme.

Lire aussi > Pour les Républicains, le porno est plus dangereux que les armes à feu

La population pas encore convaincue

Dans les rues, la population ne se montre pas encore entièrement convaincue par l’idée de l’État utilisant l’argent du contribuables pour réaliser des films pornographiques, alors que les réalisateurs de pornographie féministe saluent l’idée. Compte tenu des potentiels bienfaits de leurs films sur la population, ils estiment qu’ils ont droit à des subventions au même titre que le cinéma classique. Pour l’instant, le seul pays européen à avoir alloué des fonds à des pornos féministes est la Suède, mais leur accès n’était pas gratuit. L’Allemagne sera-t-elle le premier pays à diffuser le porno féministe sur internet ? Pour l’instant, le SPD n’a pas encore initié les démarches pour mener à bout sa proposition. À suivre !

CIM Internet