Violation de données privées : le cas de Buffy Mars en exemple

Violation de données privées : le cas de Buffy Mars en exemple

Buffy Mars

Un extrait du message reçu par Buffy Mars.

Société

Draguée par SMS par un technicien Orange à qui elle n’avait pourtant pas donné son numéro, la blogueuse Buffy Mars s’indigne publiquement de cette pratique plus courante qu’on ne l’imagine. En Belgique, c’est la « Commission vie privée » qui est chargée de défendre les citoyens dans ce genre d’affaire.

 

« 1 nouveau message reçu ». Quand Buffy Mars, une blogueuse parisienne, reçoit un SMS du technicien qui est passé plus tôt chez elle, sa première réaction est la surprise. Puis, graduellement, le malaise, la colère, et peut-être même la peur. Jamais elle n’avait donné son numéro à l’homme. En revanche, elle l’avait communiqué à Orange, la société qui l’emploie.

La capture du message reçu par Buffy Mars, partagée sur Twitter.

« On parle d’un mec qui a mes nom, prénom, adresse et numéro de téléphone. Je n’ai pas spécialement envie qu’il se mette à insister », confie-t-elle à France Info. Persuadée d’être dans son droit, Buffy Mars ne s’est pas contentée de faire remonter l’information au service des plaintes de la société de télécom. La jeune femme a également posté un tweet reprenant son échange avec le technicien, partagé ensuite par une autre internaute sous le hashtag #harcelementdomicile – en référence au harcèlement de rue et aux nombreuses pages « Paye ta shneck », « Paye ton taf » ou « Paye ton bahut », qui dénoncent le sexisme qui survient un peu partout. Pour la blogueuse, dont le compte Twitter est désormais privé, il s’agissait simplement de mettre en lumière un phénomène manifestement plus fréquent qu’on ne l’imagine, au vu des nombreux autres témoignages qui ont complété son tweet. Le résultat : une vague d’indignation ? Une pétition, peut-être ? Tout faux. Buffy Mars est désormais au cœur d’une polémique aussi violente qu’imprévisible : de nombreux twittos moquent sa mésaventure, détournent l’évènement… et dérapent souvent.

 

Les victimes peuvent se tourner vers la « Commission vie privée »

« Le mec connaît des tas d’informations sur vous et il peut vite vous retrouver et revenir. Et s’il décidait de se venger ? C’est même ce que des gens m’ont dit sur Twitter : « T’aurais pas dû, il va venir te violer ou te tabasser », etc. En gros, on se tait car on flippe que ça nous retombe dessus, parce qu’on a dit non », poursuit-elle.

En France comme en Belgique, la loi est pourtant claire au sujet de la récupération d’informations personnelles à des fins privées : « ce n’est pas autorisé », martèle la Commission belge de la protection de la vie privée (CPVP). Par données personnelles, on entend notamment un nom, une photo, un numéro de téléphone – même un numéro de travail -, un compte bancaire, une adresse e-mail ou encore une empreinte digitale. « La cliente a donné son numéro de téléphone dans le cadre d’un contrat pour pouvoir bénéficier d’un certain service. L’entreprise ne peut donc utiliser cette donnée que dans ce contexte-là et pour aucune autre finalité que cette finalité qui est d’ordre professionnel », explique l’entité fédérale chargée de protéger les données personnelles des Belges. Ce principe est repris par la Loi vie privée. C’est donc très clair : en Belgique, ce technicien aurait commis une faute grave en récupérant les informations d’une cliente à des fins personnelles et sans son autorisation. Devant un tribunal comme en société, le consentement est donc la clef.

Nous comptons peu de dossiers qui ont dû être transmis au Parquet. La médiation est quelque chose qui fonctionne assez bien.

Livreuse de pizzas, banquier, voire agent de quartier : que faire quand une personne qui détient des informations sur vous dans le cadre de son travail en fait un usage personnel ? « La victime peut porter plainte contre la personne en question auprès de la Commission vie privée », conseille la CPVP. L’organe se charge alors de contacter l’entreprise ou l’individu pour entamer une médiation. Un règlement à l’amiable donc : « Ceci suffit généralement pour que le préjudice prenne fin car nous prenons contact avec la personne ou l’entreprise pour démontrer ce qui a été fait en violation avec la Loi vie privée« . Dans le cas où la partie adverse ne veut pas coopérer, la commission renvoie le dossier devant un tribunal. Quant aux sanctions possibles, elles dépendent du juge, qui décide au cas par cas.

Buffy Mars insiste quant à elle sur la nécessité de sa démarche publique, au micro de France Info : « Si cela permet aux gens d’ouvrir les yeux sur les pratiques de certains, j’en suis ravie ! Tant pis pour les insultes misogynes, j’y survivrai, après tout, je suis une fille, j’en entends depuis que j’ai huit ans, donc ça ne va pas m’arrêter ».

 

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