Paris Match Belgique

En Hongrie, les SDF ne pourront plus dormir dans la rue

sdf

Un sans-abri en Hongrie. | © Unsplash/Mihaly Koles

Société

Dès ce lundi 15 octobre, la police hongroise est habilitée à déloger les sans-abri et à démanteler les cabanes et les abris de fortune installés dans l’espace public.

Déjà critiquée en Europe pour ses mesures anti-migrants et anti-ONG, la Hongrie s’attaque désormais aux sans-abri avec une loi leur interdisant de dormir dans les espaces publics. Promulguée par le gouvernement du Premier ministre hongrois Viktor Orban, cette mesure qualifiée de « cruelle » par une rapporteuse de l’ONU sur le logement entre en vigueur ce lundi 15 octobre. À présent, la police hongroise est habilitée à déloger les sans-abri et à démanteler les cabanes et abris de fortunes.

Incrit dans la Constitution – une première en Europe -, cet amendement interdit la « résidence habituelle dans un espace public » et durcit une loi de 2013 qui en fait un délit passible d’une amende. Selon le correspondant en Hongrie du Télégramme, le texte stipule que tout habitant de la rue averti trois fois par la police en moins de trois mois peut être interpellé au quatrième blâme, puis emprisonné, si le juge devant lequel il doit comparaître en décide ainsi.

Lire aussi > En Hongrie, aider les migrants peut désormais conduire en prison

Cette nouvelle législation sert « les intérêts de la société dans son ensemble », a affirmé jeudi Attila Fulop, secrétaire d’Etat aux Affaires sociales, rapporte 20 Minutes. Son objectif est de s’assurer que « les sans-abri ne se trouvent pas dans les rues la nuit et que les citoyens peuvent circuler dans l’espace public sans entraves », a-t-il ajouté.

Une loi « cruelle et incompatible avec la loi internationale »

Alors que les experts comptent au moins 20 000 sans-abri sur le sol hongrois, les centres d’hébergement d’urgence gérés par l’Etat offrent un nombre de places estimé à 11 000. Si le gouvernement affirme augmenter les fonds consacrés aux sans-abri, les organisations internationales et associations de défense des droits de l’Homme ont vivement critiqué cette nouvelle loi. « Quel crime ont-ils commis ? Simplement tenter de survivre », avait déclaré en juin dernier la rapporteuse de l’ONU sur le logement Leilani Farha dans une lettre ouverte au gouvernement, qualifiant cette loi de « cruelle et incompatible avec la loi internationale relative aux droits de l’homme ».

viktor orban
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, en septembre 2018. © BELGA PHOTO POOL DIDIER LEBRUN

« Le gouvernement ne fait rien pour les plus démunis dans le pays et s’apprête à punir sans ménagement ceux qui ont le malheur de ne pas avoir de toit, tout en confisquant leurs maigres biens, animaux compris. Je trouve cela inhumain, indigne et injuste », s’insurgeait Jutka Lakatosné, bénévole depuis 10 ans auprès de l’ONG d’aide aux sans-logis « La Ville est à tous ».

Lire aussi > La Hongrie s’attaque aux ONG dans sa lutte anti-migrants

La Hongrie bientôt sanctionnée ?

En septembre, le Parlement européen a dénoncé la menace « systémique » visant les valeurs de l’UE en Hongrie et a activé une rare procédure qui pourrait conduire à des sanctions sans précédent contre Budapest. À l’origine de cette résolution, le rapport de l’eurodéputée Judith Sargentini (Verts) dressait une liste de « préoccupations » portant sur le bafouement des libertés et valeurs prônées par l’UE dans la presse, au sein des universités, contre les minorités, contre les migrants, mais aussi en matière de corruption, d’indépendance de la justice… et contre les sans-abri. Une « petite vengeance des politiciens pro-immigration », selon le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto.

Un mois après ce vote, Budapest veut se défendre contre « les attaques perpétrés contre le pays » en publiant ce samedi 13 octobre une courte vidéo pour « secouer » Bruxelles au sujet de l’immigration. Après les paroles grossièrement coupées de l’eurodéputé Guy Verhofstadt, « nous avons besoin de l’immigration« , la Hongrie présente ses « faits », ou plutôt ses objections dans une série de statistiques : « 1,8 million de migrants sont entrés dans l’Union européenne depuis 2015 » et « des millions d’autres souhaitent venir ». Puis le Hongrie fait un lien abjecte entre cette crise migratoire et les « violents attentats » perpétrés en Europe ces dernières années. « Les crimes violents augmentent et Guy Verhofstadt veut plus de migration », peut-on encore lire dans cette vidéo de 35 secondes. « C’est imprudent. Il est temps de secouer Bruxelles. Protégeons l’Europe ! », conclut Budapest alors qu’elle est déjà critiquée par Bruxelles pour sa politique anti-immigration.

Mots-clés:
sans-abris Hongrie SDF
CIM Internet