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Cet homme efface (littéralement) la haine des rues de Montréal

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Le Montréalais va bientôt sortir une application pour démocratiser son mouvement. | © Erasing Hate

Société

Depuis 2010, Corey Fleischer alias #ErasingHate sillonne les rues de Montréal pour effacer les tags haineux à coups de Kärcher, à tel point qu’il a suscité un mouvement mondial.

Engagé dans une lutte contre la haine, Corey Fleischer a choisi ses armes : un chiffon, de l’eau et un peu d’acétone. Il y a huit ans, le Québécois s’est donné pour mission de nettoyer les rues de Montréal des croix gammées et autres tags malveillants. De temps en temps, il doit sortir l’artillerie lourde pour en venir à bout et opte alors pour un Kärcher. Aux grands maux les grands remèdes. « En cinq ans, j’ai nettoyé 50 graffitis haineux complètement seul », explique-t-il à Radio Canada. De son combat en solo, financé de sa poche, Corey Fleischer en fera un mouvement baptisé #ErasingHate (effacer la haine). Grâce aux vidéos qu’ils postent sur les réseaux sociaux, son projet prend de l’ampleur : depuis 2015, il affirme avoir nettoyé des milliers de graffitis à travers le Canada, mais aussi aux États-Unis.

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Tout a commencé en 2010, dans le quartier de Monkland, dans l’ouest de Montréal. Arrêté à un feu rouge, Corey Fleischer aperçoit une croix gammée taguée sur un bloc de ciment. Mais il ne l’efface pas et continue son chemin. « J’ai roulé juste à côté et j’ai été dégoûté par le graffiti et… par moi-même », a-t-il confié à la chaîne NowThis. « Je n’arrivais pas à croire que j’étais passé à côté de cette croix gammée sans rien faire ». Moins d’une heure plus tard, il revient sur les lieux du graffiti et l’efface en 15 secondes. Depuis lors, le « nettoyeur de haine » ne peut plus se passer de ce sentiment. C’est « comme une drogue » pour lui.

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Un mouvement au-delà du Canada

Sa méthode est plutôt simple et efficace. « Les gens m’envoient une photo du graffiti en question avec la géolocalisation exacte. Ensuite, je publie la photo sur mon compte Instagram accompagnée une autre photo montrant les outils nécessaires pour l’effacer », explique-t-il au média canadien. Preuve de l’engouement que suscite son mouvement #ErasingHate, Corey Fleischer raconte avoir publié récemment une photo d’une croix gammée en Californie. « Le lendemain matin, quelqu’un m’a envoyé une vidéo de lui-même l’effaçant. J’ai reçu une dizaine de messages ce jour-là de gens disant s’être rendus à l’emplacement du graffiti, mais qu’ils étaient arrivés trop tard, il était déjà effacé. C’est incroyable ! »

« Les gens sont restés trop longtemps indifférents à ce genre de graffitis, qu’ils soient antisémites ou racistes, homophobes ou islamophobes. On passe à côté en se sentant impuissant, incapable de faire quoi que ce soit. Maintenant, les gens accourent pour les effacer. Il n’y pas de mots pour décrire ce sentiment », poursuit le Montréalais qui a été récompensé par le gouvernement canadien en 2017 pour « son engagement et sa contribution envers la société ». En juin dernier, il a également reçu de l’arrondissement de Saint-Laurent, le Prix du mérite municipal pour « avoir amélioré de manière significative la qualité de vie de ses concitoyens ».

En plus de nettoyer les rues, Corey Fleischer raconte sa mission lors des Ted Talk et se rend dans les écoles à travers le Canada pour sensibiliser les plus jeunes à lutter contre les discours haineux. Mais le Québécois est loin de se limiter à son pays. En novembre, il prendra la direction de l’Europe pour partager son expérience dans des écoles en Allemagne, en France, en Italie, en Croatie, en Finlande et en Suède, rapporte Radio Canada. À son retour, il compte lancer une application mobile afin de « démocratiser » son mouvement en encourageant davantage de personnes à imiter son initiative.

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