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L’alimentation comme contre-pouvoir : quand manger devient un acte politique

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Pour son Opération 11.11.11, le CNCD propose un livre de cuisine dont la mission est de porter un message ; celui qu'il est grand temps de se nourrir autrement. | © Unsplash / Toa Heftiba

Société

Dans le cadre de sa grande opération 11.11.11 prévue du 1er au 11 novembre prochain, le Centre National de Coopération au Développement (CNCD) a choisi cette année de mettre l’accent sur l’alimentation en tant que choix politique et véritable contre-pouvoir.

 

C’est l’heure de la grande collecte de fonds pour le CNCD qui s’apprête à lancer son Opération 11.11.11. Avec près de 1 700 000 euros récoltés l’an passé, l’ONG finance aujourd’hui plus de 180 projets de développement dans les pays du Sud. Cette année encore, la coupole regroupant environ 90 associations belges engagées dans la solidarité internationale se déploiera à Bruxelles et en Wallonie afin de récolter les dons nécessaires au financement des futurs projets.

En plus du calendrier et des produits classiques qui alimentent son panier de vente 2018, le CNCD propose un livre de cuisine dont la mission est de porter un message ; celui qu’il est grand temps de se nourrir autrement. Concoctées par Audrey Elsen, les recettes variées et colorées qui composent l’ouvrage tentent de respecter la planète autant que la santé. « Que ce soit pour les hommes ou pour la planète, il y a toutes une série d’enjeux et de combats (politiques, environnementaux, économiques…) qui dépendent de l’alimentation. C’est le message de ce livre », nous explique son auteure.

Manger, un acte politique

« Décider ce qui atterrit dans notre assiette est l’une des plus puissantes armes que nous avons en tant que consommateurs (…) De nombreux collectifs et associations comme le CNCD-11.11.11 se mobilisent pour changer les politiques agricoles, commerciales et alimentaires », écrit Arnaud Zacharie, président de l’ONG dans la préface du livre Cuisine Vivante : Recettes gourmandes, saines et rapides. Parce que l’une de ses missions est de sensibiliser les Belges sur les principaux enjeux de la solidarité nationale, le Centre National de Coopération au Développement a choisi cette année de mettre l’accent sur l’alimentation en tant que choix politique et véritable contre-pouvoir.

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« Manger, c’est un acte politique. On ne s’en rend pas compte mais les choix que l’on pose trois fois par jour ont de véritables conséquences sur un tas d’autres enjeux », insiste Audrey Elsen, nutrithérapeute formée à l’alimentation vivante selon Pol Grégoire. « Ces choix peuvent détruire ou sauver l’environnement, créer ou anéantir des emplois, préserver la santé ou la détruire, encourager la faim dans le monde ou pas. » En étudiant de plus près le lien entre alimentation et santé, la jeune cheffe invite, à travers ses recettes, à changer d’alimentation en favorisant les produits bios, locaux et de saison, tout en réduisant notre dépendance aux produits transformés, raffinés et dérivés. « J’ai inclus dans mon livre deux recettes à base de protéines animales car je pars du principe que l’extrémisme n’est bon en rien, même pas en cuisine », explique-t-elle.

Cuisine Vivante, recettes gourmandes, saines et rapides. Audrey Elsen. © CNCD

Substituer plutôt que se priver

Se nourrir en respectant sa santé et celle de la planète ? Si le pari peut sembler difficile pour certains, Audrey est convaincue du contraire. « Il faut juste de l’organisation et une réelle volonté », affirme celle qui consomme en vrac et en bocaux depuis des années. « Que ce soit pour l’alimentation ou pour l’environnement, ce serait un mensonge d’ affirmer que changer sa façon de consommer ne demande aucun effort », admet-elle. « Cela nécessite un effort de base indispensable si l’on veut pouvoir changer les choses ». Un effort d’autant plus encouragé par les nombreuses initiatives qui fleurissent et offrent au consommateur la possibilité de se nourrir en conscience : marchés bio, achats en vrac, sensibilisation au zéro déchet, etc. « Aujourd’hui on ne peut plus dire que ces modes de consommation sont inaccessibles », ajoute-t-elle.

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En s’adressant aux plus sceptiques, Audrey casse les idées reçues selon lesquelles une saine alimentation rime avec privation. À travers un petit guide d’introduction, l’auteure passe en revue les ingrédients à privilégier pour changer certaines habitudes culinaires. Sa politique à elle, « c’est de remplacer plutôt que se priver ». Le tout en favorisant « au maximum des aliments ‘bruts’, les plus proches de leur état naturel et les moins transformés possible, afin qu’ils conservent leurs nutriments essentiels », conseille la spécialiste. « Je n’aime pas la notion d’interdiction. En revanche, je crois à celle de substitution (…) Arrêter de manger du sucre ou de la viande du jour au lendemain, c’est très compliqué. L’idée est donc de limiter certains aliments en les remplaçant par des alternatives meilleures pour la santé humaine et planétaire. En faisant cela finalement, tout le monde est gagnant. »

CNCD 11.11.11
© CNCD-11.11.11

Climat et migration, les enjeux de notre temps

À l’occasion de sa récolte de fonds annuelle, le CNCD-11.11.11 souhaite également mettre en lumière deux enjeux fondamentaux de notre temps : le climat et la migration. Face à l’urgence du dérèglement climatique et à l’approche de la COP 24 qui se tiendra en Pologne du 3 au 14 décembre prochain, l’ONG « interpelle les politiques afin de pousser le gouvernement belge à revoir ses ambitions climatiques à la hausse, notamment au niveau européen », explique Stéphanie Triest, porte-parole du CNCD.

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Sur le défi migratoire qui attend l’Europe et les grands dirigeants du monde, l’ONG continue de défendre l’augmentation de voies sûres et légales de migrations. « Tout est actuellement au coeur du débat politique et il y a peu de solutions qui émergent car cela pose beaucoup de questions, notamment au niveau du droit international », poursuit Stéphanie Triest. « Nous défendons la justice migratoire afin que les gens arrivent ici en sécurité et puissent faire valoir leurs droits. »

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