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Terrorisme intérieur : Pourquoi les colis piégés terrorisent autant l’Amérique

colis suspects de niro

L'unité de déminage de la police new-yorkaise entre dans le bâtiment Time Warner, là où se trouvent les bureaux de la chaîne d'information CNN, le 24 octobre. | © AFP / TIMOTHY A. CLARY.

Société

Après les colis piégés envoyés à plusieurs personnalités et institutions démocrates, la tension est plus que palpable dans un pays qui a derrière lui un lourd passé de terrorisme intérieur, et ce à deux semaines des élections de mi-mandat. 

L’affaire des colis suspects qui agite les États-Unis n’en finit plus. Après les révélations de ce mercredi, qui nous apprenaient l’envoi de colis armés d’engins explosifs à Barack Obama et Hillary Clinton notamment, mais aussi au siège de CNN, c’est au tour de Robert de Niro [fervent opposant à Donald Trump] et Joe Bidden [ancien vice-président de Barack Obama] d’être visés, comme nous l’annonce la BBC. Tous ont en commun de se situer dans le camp démocrate et la suspicion se tourne en toute logique vers la droite nationale et identitaire. Les États-Unis ont régulièrement fait face à des attaques venant de l’intérieur dans leur histoire et le pays n’a pas oublié.


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Unabomber

Ce poseur de bombe en série a nargué le FBI pendant dix-sept ans avant d’être finalement arrêté dans sa retraite du Montana, dans le nord du pays. Theodore Kaczynski de son vrai nom, diplômé en mathématiques de l’Université du Michigan, a traumatisé l’Amérique entre 1978 et 1995 en envoyant seize colis piégés par la poste, qui avaient coûté la vie à trois personnes et fait 23 blessés. Ses victimes : Des universitaires et des magasins informatiques de la côte ouest, ainsi que des compagnies aériennes. Des cibles soigneusement choisies qui lui valurent son surnom auprès des enquêteurs, « Unabomber », pour « University and Airline Bomber ». L’enquête menée pour l’attraper fut la plus coûteuse jamais menée par le FBI. Mais c’est finalement sa vanité plus que les maigres indices glanés par les enquêteurs qui menèrent à la perte de Unabomber. En 1995, Theodore Kaczynski exigea que soit publié dans la presse américaine son manifeste : un texte de 35 000 mots dans lequel il disait sa haine du progrès et de la technologie, en quoi il voyait la source de l’aliénation de l’homme moderne. Sans quoi il continuerait sa spirale meurtrière. Le Washington Post publia le texte, dans lequel un certain David Kaczynski reconnu la prose enflammée de son activiste de frère, coupé de sa famille depuis des années. Il alerta le FBI et permit, en avril 1996, son arrestation. Le brillant mathématicien devenu ermite fabriquait ses bombes dans une cabane en bois dans les montagnes, dépourvue d’eau et d’électricité. Condamné à la prison à perpétuité, Theodore Kaczynski croupit aujourd’hui dans une prison de très haute sécurité, à Florence, dans le Colorado. Son histoire a fasciné l’Amérique et Netflix l’a même adaptée en série. Un must-watch, au passage.

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Attentat d’Oklahoma City

Le 19 avril 1995 survient le pire acte de terrorisme qu’ait connu le pays à l’exception du 11 septembre 2001. Timothy McVeigh, un jeune Américain inconnu, avait alors fait sauter une camionnette remplie d’explosifs au pied d’un grand immeuble de l’administration fédérale d’Oklahoma City, le Murrah Federal Building. 168 personnes, dont 19 enfants, sont tuées sur le coup et plus de 500 autres blessées, tandis que le bâtiment est en grande partie détruit. Arrêté peu après l’attentat, Timothy McVeigh est condamné à mort et exécuté le 11 juin 2001 à l’âge de 33 ans. Cet ex-soldat de la guerre du Golfe, proche des milieux néo-nazis, avait expliqué avoir perpétré cet attentat pour le « bien commun » des Américains afin d’affaiblir un État fédéral, surnommé « la Bête », qu’il exécrait. Il avait également expliqué n’avoir pas supporté les conditions dans lesquelles la police fédérale avait mené l’assaut contre une secte de Davidiens à Waco (Texas), qui avait fait 86 morts le 19 avril 1993. Son complice Terry Nichols, qui avait notamment acheté les explosifs, dont 80 sacs de nitrate d’ammonium, a été condamné à la prison à vie sans possibilité de libération. Cet attentat, qui était à l’époque le plus meurtrier jamais perpétré sur le sol américain, avait provoqué un choc considérable dans le pays.


Un pays qui se souvient et dont le climat politique des plus tendus renforce la psychose. « Toutes ces bombes ont visé des têtes de turc de Donald Trump. Ce sont vraiment les personnes les plus haïes par Trump, et au-delà par toute la droite nationale, identitaire des États-Unis. Cette frange de la population ne s’est pas vraiment plaint [sur les réseaux sociaux] de ces bombes envoyées à ses ennemis », souligne à RTL France Corentin Sellin, professeur agrégé d’histoire et spécialiste des États-Unis.

Trump accuse (encore) les médias

Donald Trump a accusé ce jeudi matin les médias d’être en « grande partie » responsables de la « colère » dans la société américaine en faisant directement référence à ces colis piégés. « Une grande partie de la colère que nous voyons aujourd’hui dans notre société est causée par le traitement intentionnellement inexact et imprécis des médias traditionnels, que j’appelle les Fake News », a tweeté le président américain.


« C’est devenu si mauvais et hargneux que c’est au-delà de toute description », a-t-il ajouté. « Les médias traditionnels doivent mettre de l’ordre dans leurs affaires, VITE ! »

Un cocktail explosif qui plonge l’Amérique dans une paranoïa toujours plus profonde.

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