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À Berlin, victoire d’un mouvement « Fuck off Google » contre le géant du web

Kreuzberg

"Ce que Google veut, Google l'a en général, mais dans le quartier berlinois de Kreuzberg, les habitants ont gagné une bataille" | © Giulio Farella, Flickr

Société

Le projet de campus de Google a dû être annulé face à la résistance des habitants du quartier Kreuzberg, qui fait déjà face à une accélération du phénomène de gentrification. 

 

Comme le rapporte Le Monde, les murs de ce quartier branché de la capitale allemande portent encore les traces de la lutte acharnée de la population contre le géant Google. « Google, dégage », peut-on encore lire sur un mur. Le combat avait commencé en novembre 2016, lorsque le géant du web avait annoncé sa décision d’installer dans un des quartiers les plus branchés de la capitale un « campus » consacré aux rencontres, aux événements et à la formation professionnelle dans le secteur du numérique. L’enseigne possède plusieurs endroits du même acabit dans dans de nombreuses métropoles. Sauf que ces exemples précédents ont été loin de convaincre les Berlinois.

Gentrification et futur dystopique

Le projet devait s’établir dans l’ancienne station électrique Umspannwerk, un vieux bâtiment industriel en brique rouge situé au bord d’un canal de Kreuzberg, à l’ouest de Berlin. Plus de 3 000 mètres carrés avaient déjà été loués.

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Sauf que le quartier de Kreuzberg, à la population particulièrement anticapitaliste et altermondialiste, fait déjà face à une hausse effarante des prix des loyers. Anticipant une accélération du phénomène de gentrification avec l’arrivée de Google dans le quartier, des associations locales s’opposant à la montée des prix dans le quartier et à l’expulsion des familles plus pauvres s’est immédiatement opposée au projet.

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Tous les deux dimanches du mois, les membres du mouvement « Fuck off Google » se rassemblaient alors pour se défendre contre la venue de Google, une société à l’opposé de leurs valeurs parce qu’elle « pratique l’évasion fiscale et rêve d’un futur dystopique »,dénonce-t-elle. En septembre, une cinquantaine de manifestants avaient envahi l’établissement armés de pancartes « Google, go home » ou « Google, rentre chez toi ». Et leurs efforts ont payé : ce mercredi 24 octobre, Google a annoncé qu’il se retirait du projet.

L’association s’est félicitée sur son compte Twitter : « Google capitule face aux manifestations. #GoogleCampus Kreuzberg anéanti ! » ou, en citant le New York Times : « Ce que Google veut, Google l’a en général, mais dans le quartier berlinois de Kreuzberg, les habitants ont gagné une bataille contre le géant du web, qui s’est retiré d’un projet face à l’opposition locale ». Du côté politiques, l’opposition s’est pleinte d’un climat « hostile aux entrepreuneurs« . Se défendant d’avoir cédé aux manifestations, Google a quant à lui affirmé avoir simplement renoncé au format « campus » initial. « Magnanime », il a alors offert les 3 000 mètres carrés d’espace loué à des ONGs pour le temps de la location. Morale de l’histoire : cela vaut la peine de se battre.

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