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États-Unis : Quand les amphétamines se dealent sur Instagram

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L'affiche du documentaire "Take Your Pills". | © Netflix, "Take Your Pills".

Société

Aux États-Unis, les étudiants accros aux stimulants utilisent les réseaux sociaux pour dealer. Instagram prend des mesures.

Le documentaire Take Your Pills d’Alison Klayman, disponible sur Netflix, se penchait en ce début d’année sur la question des psycho-stimulants aux États-Unis. Prescrits aux enfants, aux étudiants ou aux développeurs informatiques, ils comblent les troubles du déficit de l’attention [TDAH], qui semblent être un véritable fléau de société, puisqu’un Américain sur trois en souffrirait. Les jeunes enfants à qui l’on diagnostique ce trouble, qui peut être accompagné d’hyperactivité, sont souvent mis sous traitement médicamenteux à base d’Adderall ou Ritalin. Les étudiants mis sous pression peuvent aussi bénéficier de ces pilules bleues ou rouges, censées aider à se concentrer, dynamiser et stimuler nos facultés cognitives. Tout comme les sportifs, les développeurs informatiques et en général tous ceux qui veulent tenir le rythme effréné et compétitif imposé par une société toujours plus exigeante. Prescrit sur ordonnance aux enfants aisés et aux adultes à bout, l’Adderall est en fait un cousin de la crystal meth, la drogue des plus précaires, surpuissante et extrêmement addictive.

L’Adderall et la Ritalin sont des médicaments élaborés à base d’amphétamines qui peuvent avoir des effets particulièrement néfastes sur la santé : hypertension, psychose, accélération du rythme cardiaque. La liste est longue. Pourtant beaucoup de professionnels de la santé continuent à prescrire les pilules miracles et en faire la promotion. Aujourd’hui, des millions d’adultes en sont des adeptes réguliers.

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Des algorithmes dangereux

Une méconnaissance du produit, couplée à sa banalisation à travers les séries américaines, a renversé le tabou de sa consommation. Au point que les étudiants ne voient plus aucun inconvénient à publier des annonces sur Instagram pour vendre ou acheter leur Adderall. Et l’application détenue par Facebook est accusée de devenir un marché ouvert des drogues, prescrites illégalement ou carrément interdites. D’après une enquête du Washington Post, consulter le hashtag #adderall et/ou liker la photo d’un des nombreux dealers sévissant sur le réseau engendre une recrudescence de publications similaires sur le fil de l’utilisateur, qui voit apparaître des recommandations pour des hashtags décrivant des substances illicites, et même directement des comptes. Une simple nuisance pour les personnes non intéressées, mais un vrai danger pour les profils plus vulnérables, susceptibles de sombrer dans une dépendance, et pour qui Instagram devient une réelle porte d’entrée.

 

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Deux addictions pour le prix d’une

« À l’image d’une drogue qui reprogramme le cerveau et crée une dépendance, certaines plates-formes sociales sont conçues de sorte à ce qu’une simple recherche reprogramme le contenu auquel est soumis l’utilisateur, aboutissant à de la publicité pour de la drogue exposée à des personnes fragilisées », commente Rick Lane, conseiller de longue date dans le domaine des technologies, pour le Washington Post.

Le contenu illicite se répand très rapidement sur la plate-forme, et les équipes d’Instagram sont d’ores et déjà dépassés par le phénomène, malgré leurs efforts récents.

« Notre technologie n’est pas assez sophistiquée pour distinguer une publication qui tente de vendre de la drogue, ou simplement du Xanax pour les personnes anxieuses », répond Carolyn Everson, vice-présidente du marketing chez Facebook. « Il y a manifestement du contenu qui passe, et qui est à l’encontre totale de notre politique – nous tâchons de progresser tous les jours.»

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