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On a retrouvé le soldat Ledouble !

Vidéo Société

Le titre sonne comme un film de Spielberg mais c’est bien une histoire belge. Elle nous replonge dans les heures héroïques de la résistance belge à l’invasion allemande en août 1914.

 

Dans les premiers jours de la Première guerre mondiale, les soldats du Fort de Loncin, près de Liège, résistèrent farouchement à une armée allemande en surnombre et dotée d’une artillerie d’une puissance inédite pour l’époque. Ces héros belges forgèrent le serment de ne jamais se rendre et ce n’est que l’explosion du fort, le 15 août 1914 qui mit fin à leur combat. Aujourd’hui encore, une centaine de ces soldats reposent sous les ruines de Loncin, une forteresse devenue nécropole que l’on peut toujours visiter.

Pour en savoir plus:  L’extraordinaire histoire des héros de Loncin

 

Maria Ledouble, 85 ans est la nièce de l’un de ces héros, le soldat Noël Ledouble, originaire de Villers-l’Evêque (Awans). Il y a quelques jours encore, cette dame était formelle : « Bien sûr que la dépouille de mon oncle repose sous les ruines du Fort de Loncin, c’est ce que notre père nous a toujours expliqué. » Jean, son frère âgé de 83 ans, était tout autant convaincu : « Depuis plus d’un siècle, la famille rend hommage à l’oncle Noël en visitant régulièrement le fort. On ne sait pas exactement où il se trouve mais il est là, sous les ruines. » Un document officiel de l’armée belge confirmait d’ailleurs cette version depuis les années ‘20 !

Il mentionne sans ambiguïté que Noël Ledouble est mort au fort de Loncin, le 15 août 1914, comme l’a confirmé la justice en date du 14 septembre 1925.

Toutefois, des récentes recherches réalisées par Patrick Galand, le président du Centre Liégeois d’Histoire et d’Archéologie Militaire (CLHAM) viennent de solidement bouleverser la famille Ledouble. Il y a quelques jours, devant cette dernière réunie au grand complet dans l’enceinte du fort (voir vidéo), l’historien local en a révélé la teneur : Noël Ledouble n’a jamais reposé sous les ruines de Loncin ! Blessé lors de l’explosion du fort, le 15 août, il a été évacué vers l’hôpital Saint-Laurent où il est mort deux jours plus tard, soit le 17 août 1914 à 10 heures. « C’est là le nœud de cette histoire », nous explique M. Galand : « Il est vraisemblable que lors de son hospitalisation, ce soldat était déjà mourant. En tous cas, il n’a pas pu correctement communiquer son identité. On peut imaginer qu’il l’a dite dans un souffle… En tout cas, il été officiellement identifié sous le nom de Noël Ledoup… Un soldat qui n’a jamais existé mais c’est bien sous cette fausse identité que Noël fut enterré, il y a près de 103 ans dans le carré militaire du cimetière de Sainte-Walburge. » Ici aussi, un document officiel confirme l’erreur administrative…

Fernand Moxhet, le président du « Front de Sauvegarde du Fort de Loncin » nous explique la suite de l’histoire : « Après la guerre des recherches furent bien réalisées par l’armée pour retracer le parcours de ce… Noël Ledoup qui n’existait pas. On croyait savoir que l’homme enterré à Sainte-Walburge était un soldat du fort de Loncin qui appartenait au 12ème de ligne mais les recherches dans les registres de ce bataillon n’ont évidemment rien donné et on s’est arrêté là. On aurait pu pousser un peu plus loin ! Consulter les registres du 14ème de ligne qui, lui aussi, était en poste à Loncin. On aurait alors compris la confusion en y découvrant le nom de Noël Ledouble dont le corps, présumait-on, reposait sous les ruines du fort…»

Après plus d’un siècle de méprise, la famille Ledouble a pu enfin fleurir la tombe de l’aïeul mort sous les drapeaux (vidéo). Mais il reste encore une chose à faire pour que le soldat Ledouble repose en paix : indiquer sa véritable identité sur sa tombe. Fernand Moxhet a entamé des démarches en ce sens. Du « Service des Sépultures de Guerre de l’Institut des Vétérans » qui gère pour le SPF Défense les tombes des militaires morts pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale, il a reçu une réponse témoignant d’un empressement tout relatif : « La tombe de monsieur Ledouble / Ledoup est une de (nos) stèles. Le budget prévu par la Défense pour remplacer les plaques nominatives est malheureusement limité (…) Une plaque coûte plus ou moins 450 euros. Des fautes d’orthographe sont très fréquentes. (…) Les efforts se limitent donc à remplacer les plaques volées ou gravement endommagées. Les plaques pour 2017 sont déjà commissionnées et le budget pour 2018 est déjà pour 50% utilisé (…). Le remplacement de la plaque de Monsieur Ledouble ne pourra se faire avant 2019. »

Cela ne vient sans doute plus à 2 ans…

 

 

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