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En Arabie saoudite, des féministes sont torturées

Mohammed Ben Salman.

Six militantes féministes sont enfermées, présentées comme des « espionnes » par le régime saoudien. | © Bandar AL-JALOUD / AFP

Société

Coups de fouets, chocs électriques, abus sexuels : la répression de Riyad envers celles qui militent contre le système profondément patriarcal fait froid dans le dos.

Un miroir aux alouettes. L’expression résume bien la politique d’ouverture aux femmes affichée par le prince saoudien Mohammed ben Salmane lors de son arrivée au pouvoir. Alors que ce dernier est sous le feu des critiques (sans être frappé par des sanctions) pour son implication dans le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, des révélations d’Amnesty International font aujourd’hui état de graves manquements au respect des Droits de l’Homme envers les militantes féministes emprisonnées dans le pays.

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Choquant

En septembre 2017, suite à une série de mesures répressives à l’encontre de religieux, intellectuels et militants critiques du prince ben Salmane, de nombreuses militantes sont arrêtées. D’après l’Obs, elles ont été placées dans la prison de Dahban, au bord de la mer, pour avoir osé manifester pour leur droit à conduire et demandé la fin du système patriarcal dans la monarchie absolue. Plusieurs ont depuis été relachées, mais six militantes sont toujours enfermées, présentées comme des « espionnes » par le régime saoudien. Ce qui leur vaut d’après leurs proches d’y subir un traitement inhumain, incluant coups de fouets et chocs électriques : « Nous savons qu’à la suite de ces tortures, l’une des prisonnières ne pouvait plus se tenir debout et qu’une autre était prise de tremblements tels qu’elle ne pouvait pas saisir le moindre objet. Nous savons aussi que l’une d’elles a tenté à plusieurs reprises de se suicider », a raconté un informateur au Monde. Un communiqué de l’organisation Human Rights Watch a quant à lui assuré qu’une des femmes avait été agressée sexuellement par des interrogateurs masqués, et une autre embrassée de force.

Arabie saoudite
Droit de conduire : beaucoup de militants saoudiens dénoncent des actions de façade de la monarchie absolue. © Gehad Hamdy/dpa.

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« Quelques semaines seulement après l’assassinat sans pitié de Jamal Khashoggi, ces informations choquantes sur la torture, les abus sexuels et les mauvais traitements, si elles sont vérifiées, révèlent un peu plus les violations scandaleuses des droits de l’homme commises par les autorités saoudiennes » a condamné Lynn Maalouf, directrice de recherche pour le Moyen-Orient à Amnesty International. Michael Page, directeur adjoint de HRW pour le Moyen-Orient, a quant à lui affirmé que si ces cas se révélaient vrais, cela « montrerait qu’il n’existe pas de limites à la cruauté absolue des autorités saoudiennes contre les critiques et les défenseurs des droits de l’homme ». Une conclusion qui, après l’affaire Khashoggi, en étonnera peu.

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