Le hip-hop, une danse libératrice pour les jeunes Chinois trop introvertis

Le hip-hop, une danse libératrice pour les jeunes Chinois trop introvertis

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Pour certains parents, la danse hip-hop est un remède à l'introversion. | © Pexels / Pixabay

Société

Dans un pays où la compétition scolaire est rude, les enfants chinois ont bien souvent droit à une ribambelle de cours privés avant même le primaire. Mais certains parents leur choisissent une activité presque subversive : la danse hip-hop.

 

Dans un studio du centre de Pékin, des bambins gigotent bras et jambes. Au son de la musique, ils imitent leur jeune enseignante, coiffée d’un béret bleu marine. « Je veux que mon fils soit plus extraverti. De nos jours, les enfants manquent d’audace », explique Liu Li, papa d’un garçon de quatre ans un peu timide. Ce dernier a commencé les cours au studio FunkAsista cette année. Il n’est pas rare que des enfants d’à peine trois ans suivent des cours d’anglais, de piano, de calligraphie ou encore de musique. L’idée étant de maximiser leurs performances dans un système scolaire ou la compétition est exacerbée. Mais M. Liu voulait quelque chose de différent pour son fils, qui a du mal à s’intégrer aux groupes. « Je veux l’encourager à être plus enjoué et insouciant », explique ce père de 36 ans.

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Contrairement à un cours de solfège ou d’arts plastiques, la danse hip-hop apparaît comme une forme d’expression artistique alternative, qui s’affranchit des normes sociales traditionnelles. © WANG Zhao / AFP

Un remède à l’introversion

Hip-hop et breakdance ont commencé à apparaître en Chine dans les années 2000. Mais ces danses ne bénéficient d’une exposition à grande échelle que depuis récemment, notamment grâce à des concours télévisés. Pour certains parents, ce style de danse est un remède à l’introversion. D’autres aiment cette forme d’expression artistique alternative, qui s’affranchit des normes sociales traditionnelles.

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« Tous les parents veulent que leurs filles soient bien élevées, trouvent un emploi stable, un bon époux, puis se marient et aient des enfants », déclare Ya Xin, une élève danseuse de 25 ans. La jeune femme a pourtant quitté son travail paisible de fonctionnaire en province. Et emménagé en mai à Pékin pour suivre des cours de hip-hop à temps plein. « Mes parents n’étaient pas vraiment d’accord. Mais il ne subviennent pas à mes besoins, alors je ne me sens pas redevable », explique-t-elle.

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La Chine compte environ 5 000 studios de hip hop, selon l’association nationale de danse, qui a lancé des tests de niveau pour la discipline. © WANG Zhao / AFP

Une culture de rue qui dérange

Le hip hop, s’il gagne en popularité, ne s’est cependant pas imposé dans la rue et reste souvent cantonné en intérieur, à la différence d’autres formes de danse, plus traditionnelles, omniprésentes dans l’espace public. La Chine compte environ 5 000 studios de hip-hop, selon l’association nationale de danse, qui a lancé des tests de niveau pour la discipline. La culture de rue – qui comprend le rap et le graffiti – est souvent utilisée dans d’autres pays pour évoquer les maux de la société. Un usage impossible en Chine, où même tatouages et maquillage peuvent être considérés comme politiquement sensibles.

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En début d’année, un des vainqueurs du concours télévisé « Rap of China » a ainsi été la cible des médias officiels et certaines de ses chansons, aux paroles crues sur le sexe ou la drogue, ont été retirées des plateformes internet. À la mi-janvier, le gouvernement a ordonné aux chaînes de télévision d’interdire d’antenne les « artistes tatoués », la « musique hip-hop » et tout contenu opposé aux valeurs du Parti communiste chinois (PCC) au pouvoir. Zhang Jianpeng, un danseur réputé en Chine, raconte avoir été forcé d’effacer son maquillage exubérant avant d’entrer sur scène lors d’un concours. « Dans les émissions de télévision, on ne peut pas montrer de tatouage » et « les hommes ne peuvent pas s’habiller comme les femmes », explique M. Zhang, propriétaire d’un atelier de danse. « C’est une régression. La Chine était très ouverte il y a dix ans. Elle ne rejetait pas ce type de culture », déplore-t-il.

Pour lui, le meilleur moyen de vivre sa passion pour la danse est désormais d’éviter ces compétitions télévisées. « Du moment qu’on n’apparaît pas sur scène, on garde sa liberté d’expression », renchérit Lian Jiulong, breakdancer depuis plus de 15 ans. En 2017, il a participé à l’organisation d’un concours nommé « L’Éveil de la danse ». Mais toutes les chansons diffusées devaient recevoir l’approbation des autorités avant même le lancement de l’émission. « En Chine, c’est comme ça », philosophe-t-il.

 

Avec Belga

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