Affaire Lafarge : Amal Clooney représentera les femmes yézidies

Affaire Lafarge : Amal Clooney représentera les femmes yézidies

Amal Clooney

Amal Clooney : "Cette affaire est la première qui met en cause une multinationale, accusée de complicité dans les crimes internationaux perpétrés par l'État islamique". | © Angela Weiss / AFP

Société

La multinationale du cimentier franco-suisse LafargeHolcim a été mise en examen pour « complicité de crimes contre l’Humanité » en juin 2018.

 

« C’est un honneur de représenter les femmes yézidies dans une affaire qui leur permettra, à elles et à d’autres victimes de l’État islamique, que leurs voix soient entendues dans un tribunal », a déclaré Amal Clooney dans un communiqué. Spécialisée dans le droit international et les droits de l’homme, elle a annoncé ce vendredi 30 novembre son intention de prendre la défense des femmes yézidies dans le cadre de l’affaire Lafarge, cette multinationale française accusée (entre autres) de financement d’une entreprise terroriste.

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Multinationales et crimes de guerre

En juin 2018, la multinationale du cimentier franco-suisse LafargeHolcim a été mise en examen pour « complicité de crimes contre l’Humanité », « violation d’un embargo », « mise en danger de la vie d’autrui » et « financement d’une entreprise terroriste ». Deux ans plus tôt, Le Monde avait révélé qu’entre 2011 et 2015, huit anciens cadres du groupe (dont l’ex PDG Bruno Lafont) avaient effectué des paiements totalisant ensemble un montant de près de 13 millions d’euros, via la filiale Lafarge SA, à des groupes armés djihadistes. Ces sommes étaient destinées à maintenir « coûte que coûte » l’activité de la multinationale en Syrie. Le 19 septembre 2014, Daesh s’est emparé du site et le cimentier a annoncé l’arrêt de toute activité.

Bruno Lafont
Bruno Lafont en 2011 © EPA/FERENC KALMANDY

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Le yézidisme est une religion monothéiste qui puise une partie de ses croyances dans le zoroastrisme, la religion de la Perse antique. Constituant une minorité kurdophone en Irak, ses adhérents sont vus comme diaboliques par l’État islamique qui leur a mené une répression inhumaine après la prise de leur bastion du Sinjar, qualifiée de génocide par les Nations unies. De milliers de femmes ont été kidnappées et utilisées comme esclaves sexuelles par les djihadistes. Le désir d’obtenir réparation a convaincu certaines de ces martyres de se constituer partie civile au sein du dossier Lafarge.

Enfants refugiés yézidis, dans un camp situe dans la périphérie d’Erbil. © Antoine Agoudjian

Cette mise en examen de responsables d’une multinationale constitue « un pas décisif dans la lutte contre l’impunité des multinationales opérant dans des zones de conflits armés », selon les termes de l’ONG Sherpa et l’ECCHR à l’origine de la plainte, cités par le Huffpost. « Cette affaire est la première qui présente une multinationale accusée de complicité dans les crimes internationaux perpétrés par l’État islamique. Elle offre ainsi l’opportunité que l’EI – et tous ceux qui les ont assistés – soient tenus responsables de leurs crimes, et d’octroyer aux victimes une juste compensation », a également déclaré Amal Clooney dans son communiqué. L’avocate du cabinet londonien Doughty Street Chambers est particulièrement sensible à la cause yézidie. En 2016, elle avait annoncé son intention de traduire l’État islamique en justice devant la Cour pénale internationale pour le massacre de cette minorité kurdophone. Elle représente notamment la martyre yézidie Nadia Murad, lauréate du Prix Nobel de la Paix.

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