Le jour où… je suis devenue sirène professionnelle

Le jour où… je suis devenue sirène professionnelle

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Nom : Sardella. Prénom : Julia. Profession : sirène. | © Sebastien Delarque / Perle Event

Société

Après avoir brillé sur les podiums de natation synchronisée et sous les projecteurs de spectacles aquatiques, Julia Sardella a décidé de se reconvertir en sirène. Aujourd’hui, elle dirige sa propre école – une « Mermaiding Academy » – et nous raconte son histoire.

 

On aurait pu penser à un déclic. Quelque chose qui, alors que j’étais encore toute petite, m’aurait donné envie de faire ce « métier ». J’aurais pu dire que c’est après avoir rencontré Ariel et Sébastien dans Walt Disney que j’ai déclaré à mes parents : « Quand je serai grande, je voudrais être une sirène, une vraie ». Pourtant, l’idée m’est venue simplement et naturellement… Après avoir passé 25 ans de ma vie dans l’eau.

J’ai commencé la natation synchronisée à l’âge de 7 ans. Pendant les 30 années qui ont suivi, j’en ai fait mon sport de prédilection jusqu’à rejoindre l’équipe de France. Plus tard, j’ai rejoins la troupe du Cirque du Soleil à Las Vegas pour participer à un spectacle aquatique dirigé par Franco Dragone. Pendant quatre ans, j’ai découvert une vraie dimension artistique tout en baignant dans un univers magique et féerique. C’est là que j’ai commencé à penser aux sirènes et à l’idée de transformer ma passion.

Comme un poisson dans l’eau

En 2012, je rentre en France et décide de lancer ma propre compagnie de spectacles dans lesquels je souhaite mettre en scène des sirènes. Au contact du public, j’ai senti comme une fascination générale à l’égard de ces créatures légendaires et enchanteresses. Je me suis également rendue compte que beaucoup de gens – petits ou grands, femmes ou hommes – étaient tentés par le fait d’essayer le costume ainsi que la nage de la sirène. Mon défi était alors de parvenir à trouver un concept qui puisse permettre aux gens de tenter l’expérience. Il m’aura suffi de quelques recherches pour découvrir qu’un peu partout dans le monde, en Allemagne et aux Philippines notamment, il existait déjà des écoles de sirènes. Là, je me suis dit : « Banco ! ».

Tout le monde a envie de voir ce que c’est qu’être une sirène.

Le projet m’a pris très exactement neuf mois, comme un bébé. Je ne voulais pas me contenter d’acheter des costumes et de faire barboter les gens dans l’eau. En tant que première personne à proposer cette activité en France et en Belgique, je voulais créer un véritable projet pédagogique pour que mes cours de sirènes ne soient pas perçus (uniquement) comme de la rigolade. C’est une vraie discipline avec un échauffement, un ordre de mouvements spéciaux, des exercices à répéter, une respiration à maîtriser… Si on ne respecte cela, on ne peut pas y arriver. Dès le départ, j’ai voulu insister sur l’aspect très sportif de la sirène pour compenser le côté plus ludique, qui peut sembler ridicule pour certains.

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En général, on imagine que nager comme une sirène, c’est enfiler un déguisement et faire « plouf-plouf ». J’avais envie de casser cette image. @ Sebastien Delarque

Dans ma bulle

La première saison a été un vrai succès. Beaucoup de gens se sont inscrits et je me suis rendue compte qu’il y avait pas mal de choses à développer autour de cette activité. En général, on imagine que nager comme une sirène, c’est enfiler un déguisement et faire « plouf-plouf ». J’avais envie de casser cette image. Le déguisement, c’est une monopalme semi-professionnelle qui pèse 12 kilos. Il faut savoir la porter ! Les cours sont encadrés de A à Z par des personnes diplômées en secours, en enseignement et en natation. La discipline apporte beaucoup de choses : d’abord les bienfaits de l’eau. On n’a pas la sensation du poids du corps, on se sent complètement légère et avec la glisse et la propulsion de la nageoire, on se sent en toute liberté. C’est ce que j’aime dans le fait d’être une sirène.

Quand on me demande ce que je fais dans la vie et que je réponds « coach de sirènes », ça paraît complètement fou !

Quand on sort du cours, on se sent délassé, comme après n’importe quelle activité aquatique. En même temps, on a travaillé les abdos, les fessiers, les cuisses, le cardio car c’est très intense au niveau de l’apnée. Sans compter le fait d’être dans une bulle, de ne penser à rien d’autre. En tant qu’instructrice de la méthode Pilates, je fais en sorte d’amener les gens à pratiquer la nage de sirène en pleine conscience, c’est-à-dire ressentir le mouvement avec la monopalme pour oublier nos petits soucis du quotidien et se libérer des mauvaises pensées. Alors seulement on peut retrouver son esprit d’enfant et sa joie intérieure. Si les gens repartent avec le sourire, je considère que j’ai réussi ma mission.

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Si on ne prend pas le temps de m’écouter argumenter mon concept, on se dit que c’est complètement déluré et que ça ne va jamais marcher. @ Sebastien Delarque

Au-delà des apparences

Quand on me demande ce que je fais dans la vie et que je réponds « coach de sirènes », ça paraît complètement fou ! La plupart des gens se demandent : « D’où elle sort celle-là !? ». Au départ, c’était difficile de trouver des piscines qui me prennent au sérieux et acceptent ma démarche. Car si on ne prend pas le temps de m’écouter argumenter mon concept, on se dit que c’est complètement déluré et que ça ne va jamais marcher. Jusqu’à ce que l’on comprenne que c’est vraiment une activité sportive. Il y a aussi ceux qui pensent que c’est une activité très (trop) féminine. Pourtant, il m’arrive d’avoir des hommes dans mes ateliers et j’adapte mon discours en fonction de leurs envies. Pour ceux qui veulent préserver leur côté masculin, la monopalme devient celle du triton, du requin ou du dauphin. D’autres au contraire viennent simplement pour s’amuser et veulent pousser le concept jusqu’au bout. Au final, la plupart sont agréablement surpris car ils ne s’attendaient pas à une activité aussi fun et sportive.

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À l’heure actuelle, le concept est encore très nouveau mais dans quelques années, j’aimerais développer l’aspect compétition. © P.V / Paris Match Belgique

Si j’ai pu mener ce projet à fond, c’est grâce au soutien de ma famille et de mes proches, ceux qui m’ont toujours connue dans l’eau et dans le spectacle. Quand je leur ai parlé de cette idée un peu dingue, ils m’ont tout de suite encouragée. Alors je me suis lancée sans hésiter, car j’étais persuadée que ça allait fonctionner. Aujourd’hui, je dirige plusieurs ateliers, j’organise des événements privés (enterrements de vie de garçons/jeunes filles, team-building, inaugurations, etc.). Les affaires vont plutôt bon train ! À terme, mon objectif est de créer davantage d’écoles et de former des coachs qui puissent prendre le relais et faire grossir le projet. À l’heure actuelle, le concept est encore très nouveau mais dans quelques années, je me dis qu’il sera peut-être possible de développer l’aspect compétition… Qui sait ?

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