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Acteur, « frimeur professionnel » ou rocker : en Belgique, des trisomiques vont au bout de leurs rêves

Au-delà du rêve de Mélanie, une campagne pour attirer l'attention sur les capacités des personnes handicapées mentales. | © Capture d'écran YouTube @Unapei

Société

Mélanie Ségard avait un rêve : cette jeune fille trisomique de 21 ans voulait faire la pluie et le beau temps à la télévision. Un rêve devenu réalité, à l’image de ceux de milliers de jeunes handicapés mentaux de Belgique. Car malgré le manque de place, les initiatives se multiplient et les volontaires se mobilisent. 

Mélanie Ségard ne s’est pas laissée intimider par les caméras de France 2 ce mardi 14 mars. À 21 ans seulement, elle a présenté la météo comme une pro, réalisant ainsi un rêve soutenu par des centaines de milliers d’internautes. Au-delà du rêve de Mélanie, on retrouve une initiative de l’Unapei, une fédération qui regroupe les associations de personnes handicapées mentales et leurs familles. Objectif de la campagne #Mélaniepeutlefaire : « démontrer que les personnes handicapées mentales peuvent exprimer le meilleur de leurs capacités si elles sont accompagnées« .

Art brut

Un objectif plus qu’accompli, s’il faut en juger par la prestation de Mélanie, qui a fait la pluie et le beau temps sur France 2 le temps d’une soirée. Et en Belgique, même si elles sont moins médiatisées, les initiatives ne manquent pas pour accompagner les personnes handicapées. À l’image du Créahm, une association dont l’objectif est de révéler et de déployer des formes d’art produites par des personnes handicapées mentales.

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Coeurs de rockers

Parmi les talents révélés : les Mad’s City Rockers, un « rock’n’rock club » dont la particularité est sa dégaine folle, imaginée entre autres par les artistes Aurélie William Leveaux et Moolinex, tous deux impliqués au sein du Créahm de Liège. Autre particularité : tous les Mad’s City Rockers sont atteints de trisomie 21.
Fans de Grease, les membres de ce gang d’apprentis loubards se nomment Sammy DJ B Boy, NRJ Joe ou encore John Travolta et ils baladent leurs vestes en jean dans les rues de Liège. Ils ont beau ne jouer d’aucun instrument, qu’importe : avec leurs blousons sur le dos, ils attirent le regard des gens autrement, et dans leur tête, ils sont des vedettes.

Facebook @ Mad’s City Rockers

Cousu de poésie

Pascal Tassini, lui préfère éviter les projecteurs. D’une grande pudeur, il a vécu avec ses parents jusqu’à leur mort, avant d’être pris en charge par son frère, qui lui a fait intégrer les ateliers du Créahm en 1986. Maniaque du rangement, Pascal se contente d’abord de mettre de l’ordre dans l’atelier, avant de dérober chaises et matériaux pour s’y ériger une cabane.Un refuge dont la structure évolue constamment au gré des objets qu’il y accumule, liés entre eux par un enchevêtrement de tissus. Avec son univers poétique, Pascal a su séduire les galeristes du monde entier, qui l’exposent de Paris à Lausanne et fait figure de star de l’art brut contemporain.

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Star du grand écran

Autre secteur, autre star : Pascal Duquenne, l’acteur découvert en 1996 dans Le 8e jour. Depuis, Pascal est de tous les films de Jaco Van Dormael. Sans que le succès lui soit monté à la tête : quand  il ne tourne pas, Pascal dessine des portraits en noir et blanc, vendus au profit d’associations qui aident les trisomiques.  À 45 ans, Pascal Duquenne est autonome et vit seul dans son apartement. Un rêve qui reste souvent inatteignable pour les personnes handicapées mentales.

Pascal Duquenne a crevé l’écran en compagnie de Daniel Auteuil dans Le 8e Jour – Belga

Manque de place

« Trop souvent, les personnes qui ont un handicap mental se retrouvent en marge de la société, faute de place pour leur permettre de s’épanouir. Les initiatives se multiplient, mais il n’y a pas encore assez de place pour répondre à la demande. Malheureusement, les handicapés adultes ont tendance à se retrouver sans occupation, faute de place », regrette Adrien de Reusme, éducateur au Créahm de Bruxelles. Parmi les diverses initiatives : la ferme Nos Pilifs. Lancée par un parent qui s’indignait que la plupart des ateliers protégés ne proposent que du travail à la chaîne, cette ferme solidaire emploie 140 personnes handicapées.

Frimeur professionnel

« Les personnes atteintes d’un handicap mental ont les mêmes rêves que les autres : tous ont des envies qui leur sont propres, et le désir de s’épanouir. Certains veulent beaucoup travailler, d’autres veulent s’exprimer différemment, mais avant tout, ils veulent vivre leur vie comme tout le monde et pas toujours se retrouver coincés derrière leur handicap » souligne Adrien de Reusme.  Et tant qu’à faire, autant voir grand. « Quand je rencontre les nouveaux venus au Créahm, je leur demande toujours ce qu’ils veulent faire plus tard. Leurs réponses sont toujours savoureuses, comme la fois où on m’a répondu « frimeur professionnel ». Ce métier, il faudrait l’inventer ! ».

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