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Mehdi Nemmouche : le procès du premier attentat commis en Europe par un « returnee »

Les premiers débats seront ouverts jeudi matin. Mais, dès ce lundi,  la cour d'assises procédera au tirage au sort des 12 jurés | © Photo by JOHN THYS / AFP

Société

Ce lundi 7 janvier 2019 s’ouvre à Bruxelles, à  la cour d’assises, le procès de Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer, deux Français accusés d’être auteurs ou co-auteurs de l’attaque terroriste commise le 24 mai 2014 au Musée juif de Belgique qui avait fait quatre victimes.

 

 

Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer sont accusés d’être auteurs ou co-auteurs de l’attaque terroriste qui avait coûté la vie à quatre personnes en moins de deux minutes: Emmanuel et Miriam Riva, un couple de touristes israéliens, Dominique Sabrier, une bénévole du musée, et Alexandre Strens, un employé du musée.

Concrètement, les premiers débats seront ouverts jeudi matin. Mais, dès ce lundi,  la cour d’assises procédera au tirage au sort des 12 jurés. Pour rappel, cette cour n’est pas une juridiction permanente. Elle est constituée pour les affaires criminelles les plus graves. Outre trois magistrats professionnels et un greffier, elle comprend 12 citoyens tirés au sort au départ d’une liste établie tous les quatre ans, également par tirage au sort.

Pour figurer sur cette liste, il faut notamment être âgé entre 28 et 65 ans et n’avoir subi aucune condamnation pénale à une peine d’emprisonnement ou de surveillance électronique de plus de quatre mois, à une peine de travail de plus de 60 heures ou à une peine de probation autonome d’un an ou plus. Le jury sera donc constitué lors d’une audience publique ce lundi. Tant l’accusé que le ministère public ont le droit de récuser des noms, sans justification. Maximum deux tiers des membres peuvent être du même sexe, et le président peut lui aussi récuser des jurés pour respecter cette exigence. Un ou plusieurs suppléants peuvent également être désignés.

Huit parties civiles constituées au procès

Huit personnes ou entités se sont constituées partie civile dans le procès de l’attentat au Musée juif de Belgique. Il s’agit du Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique (CCOJB), du Centre interfédéral pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme et les discriminations (Unia). Il y a également le Musée juif de Belgique, l’Association Française des Victimes du Terrorisme (AFVT). Enfin, la famille d’Emmanuel et Miriam Riva, les deux visiteurs israéliens tués dans le musée. Les familles des autres victimes sont également représentées par des avocats et une personne présente lors de la tuerie a aussi souhaité se constituer partie civile.

82 secondes d’effroi et d’horreur

Photo by BENOIT PEYRUCQ / AFP

Une ombre se dresse, sans un bruit, derrière deux touristes dans l’entrée du musée juif de Bruxelles. Bras tendu, l’homme pointe son revolver, presque à bout portant, vers la nuque de ses futures victimes. Il presse la détente. Une première balle pour Emanuel Riva, une seconde pour son épouse Miriam, qui s’effondrent. Ces quinquagénaires israéliens, plongés dans la lecture de prospectus, n’ont pas vu surgir le tireur. Ils sont les deux premières victimes de la tuerie du musée juif de Bruxelles.

Selon les images de vidéosurveillance du musée, le tireur, casquette, veste bleue, pantalon sombre, équipé de deux sacs noirs, poursuit son parcours sanglant jusqu’au bureau d’accueil du musée. Il croise un jeune employé, alerté par les coups de feu. Alexandre Strens, 26 ans, est atteint par une balle en plein front. Il décèdera deux semaines plus tard.

Dans le local d’accueil, une bénévole française, Dominique Sabrier, se recroqueville, dans la panique, derrière son bureau. L’homme tire sans succès dans sa direction. Il sort alors une kalachnikov d’un de ses sacs et tente de pénétrer dans la petite pièce, dont la porte s’est entre-temps verrouillée. Il fait feu dans la porte, l’ouvre d’un coup de pied, puis s’avance, fusil en main, vers la sexagénaire. Trois tirs, dont deux dans la tête. Elle s’écroule sous son bureau.

Les quatre meurtres auront pris, selon les enquêteurs 82 secondes et donné lieu à 13 tirs –5 avec le revolver, 8 avec la kalachnikov.

Quelques jours plus tard, le 30 mai 2014, Mehdi Nemmouche est arrêté  à la gare routière de Marseille, en possession de plusieurs armes qui semblent être identiques à celles utilisées lors de l’attaque au Musée juif, de munitions et d’un drapeau de l’EI. Nacer Bendrer, est quan à lui arrêté le 9 décembre 2014 à Marseille aussi. Il  est soupçonné de lui avoir fourni ces armes.

 

Le précurseur d’une longue série d’attaques sur le sol européen

BELGA PHOTO THIERRY ROGE

Selon l’expert en contre-terrorisme à l’Institut Egmont, Thomas Renard, un terroriste disposant de moyens limités a davantage tendance à viser des symboles qu’une cellule puissante, qui privilégiera quant à elle une action de masse. En 2014, au moment de l’attentat au Musée juif de Bruxelles, les autorités ont déjà une vision assez claire de la menace. La problématique des combattants étrangers est connue, particulièrement en Belgique, et les services de sécurité travaillent de manière intense pour assurer un suivi de ces individus, rappelle le chercheur. « Ils sont considérés comme la principale menace terroriste, même si l’hypothèse d’un attentat n’est pas encore aussi tangible. L’attaque au Musée juif a concrétisé cette menace. »

La tuerie du 24 mai 2014 est le premier attentat commis en Europe par un « returnee » de l’État islamique, Mehdi Nemmouche ayant été reconnu par d’anciens otages de l’organisation comme l’un de leurs geôliers, au côté de Najim Laachraoui, l’un des kamikazes de Brussels Airport. Avant de se faire exploser à Zaventem, ce dernier avait d’ailleurs envisagé de commettre un enlèvement pour exiger, en échange, la libération de Mehdi Nemmouche.

« Nemmouche peut être vu comme le premier auteur présumé d’une longue série d’attentats commis par cette cellule et qui se poursuivra avec Verviers, le Thalys, Paris, Bruxelles, ainsi que les projets qui n’ont pas été concrétisés comme l’aéroport de Schiphol », appuie M. Renard.

L’antisémitisme profondément ancré dans l’idéologie djihadiste

BELGA PHOTO THIERRY ROGE

« Les symboles juifs sont souvent visés. A Paris et Bruxelles, on a tué de manière plus indiscriminée, bien qu’à Zaventem, un type de passagers et de compagnies étaient plus particulièrement visé », rappelle le chercheur. Le choix de la cible dépend également de la capacité d’action, explique-t-il. « En matière de terrorisme, le message est plus important que les victimes elles-mêmes. Si un groupe ‘fort’ peut réaliser une tuerie de masse, un groupe plus faible, à plus petit échelle, visera davantage des symboles comme un policier, un militaire ou un juif. »

Mehdi Nemmouche, qui clame son innocence, n’est pas Salah Abdeslam. Du moins au niveau d eleur défense. « Nemmouche n’est pas dans une action suicide et avait probablement comme objectif de recommencer« , selon M. Renard. « Dans les milieux djihadistes, la prison était traditionnellement vue comme un échec, il valait mieux mourir en martyr », explique l’expert.

Quant à son niveau de radicalisme, s’il affichait déjà des positions extrémistes dès ses 19 ans, il ressort également de témoignages proches de l’enquête que l’auteur présumé de l’attentat au Musée juif était un grand fan de Charles Aznavour et des Inconnus, des marqueurs de la culture occidentale à l’opposé des préceptes de l’État islamique…

« Cela témoigne bien de la situation de ces jeunes djihadistes européens pris entre plusieurs cultures et qui se radicalisent à un moment donné pour des raisons diverses », commente Thomas Renard. « Cela peut être la suite d’un parcours religieux, un mouvement social via un ami… Ils consomment du tabac et de l’alcool, écoutent de la musique alors que c’est interdit par l’organisation. Il y a énormément de paradoxes et de contradictions par rapport à l’EI, ce sont des individus tiraillés, qui pensent trouver une raison d’être, qui veulent parfois faire acte de rédemption par rapport à leur mode de vie en Europe. Et qui en général se rendent compte par la suite que les choses sont bien différentes de ce qu’ils avaient imaginé. »

 

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