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Au Japon, un magazine publie un classement des universités où trouver des « filles faciles »

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Image d'illustration. | © Pexels

Société

Le tabloïd nippon Shukan Spa a présenté des excuses après avoir été sous le feu des critiques pour la publication d’un classement d’universités, sélectionnées selon des critères sexistes et dégradants.

 

« Nous voudrions nous excuser pour avoir utilisé un langage inapproprié afin d’attirer l’attention des lecteurs sur la manière dont ils peuvent devenir intimes avec des femmes, et pour avoir créé un classement, avec les vrais noms d’université, qui a pu offenser les lecteurs », s’est excusé le tabloïd nippon Shukan Spa dans un communiqué. Dans son numéro du 25 décembre, le magazine a dressé une liste des universités où les étudiantes étaient présentées comme les plus « faciles » après une soirée arrosée.

Sans surprise, ce classement a suscité l’indignation, entraînant les protestations des cinq universités citées dans l’article et la mise en ligne d’une pétition demandant la suspension des ventes du numéro visé. Lancée par Kazuna Yamamoto, une étudiante japonaise outrée, cette pétition accuse l’article de « sexualiser, objectifier et manquer de respect aux femmes » et a recueilli le soutien de plus de 46 000 personnes. « Le fait de rendre une femme inconsciente ou dans un état où elle n’est plus capable de jugement dans le but de coucher avec elle, c’est du viol », lance également l’étudiante dans une vidéo en anglais. « Et si votre fille étudiait dans l’un de ces cinq établissements ? Et si l’un de ses camarades lisait l’article sur l’alcool pour rendre une fille inconsciente ? », demande-t-elle, exhortant Shukan Spa à « s’excuser publiquement et promettre de ne plus jamais traiter les femmes comme des objets ».

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Se disant « alarmée » par le « contenu misogyne de l’article », l’université Chuo, citée par 20 Minutes, souligne de son côté dans un communiqué que les propos publiés « portent atteinte à la dignité et à la sécurité non seulement des étudiantes de notre établissement, mais aussi des jeunes gens en général ».

Les soirées « gyaranomi »

Dans un communiqué, un responsable du tabloïd Shukan Spa précise que l’article évoquait les soirées de type « gyaranomi », durant lesquelles les hommes payent des femmes pour leur présence. Des soirées particulièrement populaires selon lui auprès des étudiantes. Pour cet article et la création de cette liste misogyne, le magazine avait donc fait appel au développeur d’une application destinée à aider les hommes et les femmes à trouver des participants potentiels à ce type d’événement, précise Metro. Keiji Isogimi citait cinq universités dont les étudiantes étaient selon lui « sexuellement plus faciles » à atteindre lors de soirées arrosées, détaillant en outre la manière de reconnaître si une femme était « sexuellement accessible » en fonction des vêtements qu’elle porte et de son apparence et la manière de les « embobiner ».

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Selon 20 Minutes, ce n’est pas la première fois que le magazine est pointé du doigt pour son contenu déplacé. Il a déjà, par le passé, publié des articles présentant les « types d’alcools à utiliser pour coucher avec une femme » ou les « caractéristiques d’une femme qui couche facilement ».

#MeToo

Cette polémique intervient plus d’un an après le début d’un mouvement international autour du harcèlement et des agressions sexuelles à l’égard des femmes. Si des campagnes telles que #MeToo ont permis de mettre l’accent sur l’égalité des sexes et pointer du doigt les abus sexuels, le Japon reste une société traditionnellement dominée par les hommes.

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En ce qui concerne la représentation des femmes dans la politique et les entreprises, le Japon se place par exemple au dernier rang des pays du G7. Même chose dans le dernier rapport du Forum économique mondial mesurant le degré d’égalité des sexes : sur 149 pays, celui du Soleil Levant est classé à la 110e place.

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