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Vidéos en abattoir : choquer les âmes sensibles pour dénoncer des pratiques insensibles

Pour les défenseurs de la cause animale, la diffusion de vidéos-choc est une méthode indispensable pour faire prendre conscience de certaines pratiques cachées. | © PHOTOPQR/LE PROGRES/Philippe Trias/Belga

Elles se suivent et se ressemblent. Elles piquent les yeux et donnent la nausée. Filmées dans divers abattoirs, ces vidéos révèlent au grand jour le sort déplorable réservé aux bêtes.

En révélant dernièrement la maltraitance des porcs dans un abattoir en Bretagne, l’association L214 a encore frappé. Cadavres, seringues usagées, bêtes agonisantes au milieu d’ossements… Cette vidéo-choc est la dernière d’une longue série diffusée par cette association qui milite contre la maltraitance animale et la consommation de viande.

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Des images insupportables

L’an dernier, la même association dénonçait la cruauté d’un abattoir certifié bio dans le Gard et d’un autre à Alès en France. Récemment, elle accuse, preuves en images, un abattoir des Yvelines de maltraitance animale. Trois semaines plus tard, elle récidive et demande la « fermeture immédiate » d’un élevage porcin dans le Finistère, nouvelle vidéo à l’appui.

Conditions sanitaires insalubres, bêtes électrocutées, canetons broyés, foetus asphyxiés, animaux coupés vivants… À l’instar d’un film gore, ces caméras cachées sont difficilement supportables et provoquent des haut-le-cœur.

Derrière ce martèlement de vidéos toutes plus horrifiantes les unes que les autres, un seul objectif : donner un coup de pied dans le troupeau civil et judiciaire. « Avec trois millions d’animaux tués par jour dans les abattoirs en France, on ne peut pas espérer que ça se passe gentiment et dans la douceur », affirme-t-on chez L214.

Il faut que les gens se rendent compte. Qu’ils fassent le lien entre la viande qu’on leur sert en supermarché et la manière dont on la traite quand elle est encore vivante.

Les abattoirs à l’âge de pierre

Ce que l’on déplore chez L214, c’est aussi « l’âge de pierre » dans lequel les abattoirs sont restés, malgré les nombreuses évolutions technologiques : « Les autres industries ont pris un essor pharamineux avec des innovations technologiques mais ça n’évolue pas dans le secteur de l’abattage ».

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Pour ces défenseurs de la cause animale, la diffusion de vidéos-choc est une méthode indispensable pour faire prendre conscience de certaines pratiques cachées. « En général, la souffrance animale dans les abattoirs est méconnue », explique l’association belge Gaïa. « S’introduire dans ces lieux pour filmer ce qu’il s’y passe ou dérober des caméras est nécessaire pour révéler cette réalité cachée ».

©Nicolas Liponne/Wostok Press/Maxppp/Belga

L’art du dosage

Si pour certains, la vue de telles images suscite la rébellion, extérieure ou intérieure, d’autres peinent encore à cliquer sur « play » et à affronter l’horreur d’une telle boucherie. À force de diffusions – L214 ayant publié plus d’une vingtaine de vidéos sur l’année 2016 – beaucoup ne regardent plus, se lassant d’images redondantes et intolérables.

©PHOTOPQR/VOIX DU NORD/BELGA

« Le but n’est pas de choquer les gens », nous dit-on chez Gaïa, « mais de les toucher pour déclencher une réaction positive ». Et pour qu’il y ait cette « réaction positive » – entendez une mobilisation ou un changement concret – l’art du dosage est de mise. « Si l’on martèle des images de cruauté envers les animaux, les gens peuvent finir par se lasser », avertit Gaïa. « Il faut donc savoir définir le bon moment et faire preuve de demi-mesure. »

Aux abattoirs d’Anderlecht, on se dit très choqué par ces vidéos qui donnent une mauvaise image du secteur de la viande. « Ces images sont néfastes pour tous les éleveurs de bétail qui tentent de produire de la viande de qualité et dans le respect des animaux », affirme l’entreprise belge. L’abattoir public insiste sur la nécessité de rester « alerte » face aux risque de « mauvaise manipulation des animaux », rappelant l’un des noeud du problème : « nous travaillons avec des personnes physiques pour l’abattage et non avec des robots ».

Des impacts concrets

Devant ce défilé de vidéos, l’impact sur la sphère judiciaire existe et les changements concrets surviennent. Un an après la diffusion des images de l’abattoir du Vigan, un procès a finalement été fixé pour la fin du mois de mars. Juger des faits de maltraitance animale dans un abattoir ? Une première en France. Malgré des procédures interminables et « le sentiment que ça n’avance pas », admet-on chez L214, « il y a des petits pas qui se font et qui aident à rester optimiste ».

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En Belgique, le combat pour rendre obligatoire l’étourdissement avant l’abattage se poursuit. En février 2011, l’organisation belge diffusait des images accablantes sur les pratiques d’abattage sans étourdissement. Le moment de vérité a sonné : ce lundi 20 mars, la Commission Environnement du Parlement wallon décidera si oui ou non l’étourdissement des animaux doit être obligatoire lors de chaque abattage.

En dénonçant en 2008, vidéos à l’appui, les méthodes de gavage intensif, « nous voulions que l’opinion publique soit au courant et que le politique s’en saisisse », souligne l’association. Pari réussi. Le 17 février dernier, la région bruxelloise a fait interdire le gavage pour la production de foie gras. Une mesure symbolique – Bruxelles ne comptant à ce jour aucun élevage destiné à la production de foie gras – mais qui, pour l’association L214, était « encore impensable il y a quelques temps ».