Climat : Les jeunes peuvent-ils changer le monde ?

Climat : Les jeunes peuvent-ils changer le monde ?

Ils remplacent les voitures dans les boulevards malgré la pluie et le vent, et leurs slogans font mouche : ces jeunes ne sont pas des caricatures, en dépit de ce que certains tentent de démontrer. | © Photo Michel Tonneau

Société

Manifestations sans précédent. Ils sont de plus en plus nombreux à marcher dans les grandes villes belges. Et à joindre le geste à la parole.


En Belgique, les gilets jaunes ont été remplacés sur les plateaux télé. Voici que des enfants, des adolescents, suivis de leurs parents, manifestent pour sauver la planète. Les gilets verts sont plus enthousiasmants. Pourquoi ?

Il y a bien sûr la cause. Ils ont déjà réussi un exploit : faire passer les climatosceptiques pour des vieux cons. Et ce n’est pas tout. Quand Bart De Wever, sur la même ligne que Donald Trump, affirme que la science solutionnera les problèmes, il va droit dans le mur. Le président de la N-VA oublie que les scientifiques admettent eux-mêmes leurs propres limites. Le monde va trop vite, il produit trop, il consomme trop, la démographie est galopante. Ils ne peuvent pas tout.

Lire aussi > « Réveillez vos ministres » : Une campagne pour exiger des actions politiques en faveur du climat

Et puis, ces jeunes. Leur nombre assure la pérennité du combat. Ils sont sympas. Ils sont plus « chauds que le climat ». Sympathie, empathie, une communication sans artifice, simple et efficace. Car sincère. On leur cherche des poux ? Cela (dé)montre leur force. Ils entrent en religion ? Ils sont sectaires ? Quel drôle de secte sans gourou, sans rituel et sans cotisation. On dit que la plupart des étudiants ne peuvent avancer aucune proposition réellement applicable ? Par dizaines de milliers, ils implorent ceux qui ont raté le coche. Certains, qui prennent la mobilisation de haut, leur répondent avec mépris ou condescendance. Rarement avec conviction.

Les vertus de ces ados seraient détournées : ils feraient les affaires d’Ecolo. Peut-être. Mais le mouvement amène aussi à rappeler les échecs des verts

Il y a enfin cet enthousiasme non violent. Les étudiants sèchent les cours. Jeudi, on chante, on scande, on crie. Ils ont compris que cette transgression pouvait être disruptive. Alors, ils tournent. A chacun son tour pour descendre dans la rue. Les profs accompagnent. Ils sentent ces jeunes pousses qu’ils ont été en mai 68 ou qu’ils auraient aimé être. La ministre ferme doucement les yeux – on va s’arranger. Ils ont déjà gagné humainement de ces vertus inattendues. Prendre sa liberté, gagner son libre examen, se battre pour des valeurs dont celle du partage de la terre qui appartient à tout le monde. Pacifiquement, sans haine, et sans concessions.

Quel bonheur !

Quelle jouissance que de voir une étudiante répondre du tac au tac (mais avec tact) à un journaliste sur un plateau télé. Celui-ci appelle le mouvement à « rester réaliste » tant le défi est immense et la marche longue. La réplique fuse : « La réalité, c’est la situation climatique catastrophique actuelle. » Quarante ans de différence, une demi-seconde d’écart, un siècle de souffle nouveau. Car que n’avons-nous pas raté, nous les générations de plus de 30 hivers !

 

Les jeunes sont « plus chauds que le climat ». ©BELGA PHOTO PAUL-HENRI VERLOOY

Les réactions politiques sont à la mesure. Il est présenté aux manifestants un « planning de réunions communes » des différents niveaux de pouvoir. Vieux réflexe politique : quand on n’a rien à dire, on parle agenda. Ou on dit « merci ». Que de mercis ! Personne n’avait rien vu venir. Alors, merci pour la prise de conscience. Un parti met 30 propositions sur la table dans un communiqué long comme un fleuve asséché. Les 30 années précédentes au pouvoir n’ont donc rien arrangé. Et puis, il y a cette phrase de la ministre fédérale de l’Energie, Marie-Christine Marghem (MR) à La Première : « Je dois me projeter dans un avenir que je n’ai pas connu ». Il est dommage que l’humour ne soit pas une énergie recyclable.

Lire aussi > Oui, le froid meurtrier aux États-Unis est bien le résultat du réchauffement climatique

Les jeunes sont confrontés à la lasagne institutionnelle belge qui (re)(dé)montre l’inefficacité de notre pays à gérer les problèmes du climat. Personne n’ose évoquer la refédéralisation (même partielle) de certaines compétences comme la mobilité et l’environnement. Pourtant, en coulisses, ils admettent que ce serait une solution. Pour pousser à l’audace, les jeunes devront encore marcher… beaucoup.

On dit aussi que les vertus de ces ados seraient détournées : ils feraient les affaires d’Ecolo. Peut-être. Mais le mouvement amène aussi à rappeler les échecs des verts : une sortie sans préparation du nucléaire et le photovoltaïque qui a généré une surchauffe quasi ingérable du budget wallon (contrairement à Bruxelles). Avant les élections, les propositions des partis seront lues avec les lunettes du développement durable.

Après les élections, les programmes des prochains gouvernements seront évalués avec la longue-vue du défi climatique. C’est déjà cela. In fine, ces jeunes seront-ils aptes à changer leur mode de vie ? Car ils seront également confrontés à leurs propres engagements. A les écouter, ils n’auraient plus le choix. D’autres générations ne l’ont pas entendu de cette oreille.

 

CIM Internet