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Cyberharcèlement : Avec la « Ligue du LOL », des caïds de Twitter se sont pris pour les rois d’Internet

ligue du lol

Image d'illustration. | © Unsplash / Freestocks.

Société

Accusé depuis plusieurs années de cyberharcèlement, ce groupe Facebook alimenté notamment par plusieurs journalistes parisiens a subi les foudres de toutes parts depuis la diffusion d’un article du quotidien Libération. Deux des journalistes du journal, Vincent Glad et Alexandre Hervaud, ont été mis à pied.

La rédaction de Libération a annoncé lundi la mise à pied « à titre conservatoire » de ses journalistes Alexandre Hervaud et Vincent Glad, dont les noms apparaissent dans une affaire de cyberharcèlement sur les réseaux sociaux qui a éclaté ce week-end. « On va mener une enquête interne pour voir ce qu’il en est exactement, ils sont suspendus à titre conservatoire le temps de cette enquête », a précisé le directeur adjoint de la rédaction Christophe Israël, indiquant que Libération allait « poursuivre son travail éditorial sur le sujet ». Brain Magazine, pour qui Vincent Glad travaille depuis deux ans, a aussi annoncé mettre fin à leur collaboration.

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Une parole libérée

C’est un article du site de fact-checking de Libération, Checknews, publié vendredi qui a mis au jour l’existence d’un groupe Facebook privé baptisé « Ligue du LOL », regroupant une trentaine de journalistes et communicants, provenant notamment des rédactions de Libération et des Inrocks. Ces derniers sont accusés d’avoir cyberharcelé d’autres journalistes et blogueurs, notamment des femmes et des militantes féministes, au début des années 2010.

Car depuis vendredi, la parole s’est libérée et plusieurs personnes ont livré des témoignages parfois glaçants. Harcèlement moral et menaces étaient visiblement légion. Dimanche, la secrétaire d’État à l’Égalité femmes-hommes Marlène Schiappa a réagi pour soutenir les victimes du groupe.

Des excuses trop tardives

Dans des excuses publiées sur Twitter, le journaliste Vincent Glad [qui a fondé le groupe], explique dans une tentative de rattrapage bien trop tardive : « L’objectif de ce groupe n’était pas de harceler les femmes. Seulement de s’amuser. Mais, rapidement, notre manière de nous amuser est devenue très problématique et nous ne nous en rendions pas compte. Nous pensions que toute personne visible sur Internet, par son blog, son Twitter ou autre, méritait d’être moquée  », explique l’ancien chroniqueur du Grand Journal de Canal+. De leur côté, les victimes évoquent des faits traumatisants qui leur ont « pourri la vie ».


D’autres membres du groupe ont également publié des excuses sur Twitter, dont David Doucet, aujourd’hui rédacteur en chef des Inrocks, Alexandre Hervaud, journaliste à Libération, et Olivier Tesquet, journaliste à Télérama. Tous évoquent l’effet de groupe. Et la plupart expliquent ne pas avoir été les plus actifs, ni les plus virulents. Des excuses qui paraissent loin d’être convaincantes.

Et des témoignages accablants

Depuis vendredi, les témoignages se succèdent dans les médias et sur les réseaux sociaux. Parmi les victimes déclarées, une majorité accuse certains de les avoir ciblés entre la fin des années 2000 et le début des années 2010. Elles relatent des insultes, des photomontages dégradants ou des campagnes de harcèlement coordonnées qui ont parfois duré des années.

La youtubeuse et vulgarisatrice scientifique Florence Porcel raconte avoir été victime du groupe. Elle évoque « un photomontage pornographique très dégradant ». Elle explique que la «  Ligue du LOL  » ne s’est pas contentée de la harceler sur Internet. «  Ils sont allés jusqu’à se rendre sur mon lieu de travail. Ils étaient cinq et m’ont entourée physiquement. C’était extrêmement intimidant. Ça m’a traumatisée  », témoigne encore Florence Porcel à France Info. Dans un témoignage publié sur Twitter, elle évoque également un canular téléphonique.


Le blogueur Matthias Jambon-Puillet a pour sa part raconté dans un long texte publié sur le site Medium, les insultes anonymes qu’il a reçu sur lui et son travail, des « enregistrements sarcastiques », des photomontages dont un pornographique envoyé en son nom à des mineurs. Il y évoque également les conséquences dramatiques sur son état psychologique : « J’ai pleuré, j’ai tremblé, j’ai vomi, j’ai demandé de l’aide. »


La fondatrice du collectif Gras politique, Daria Marx, a également témoigné des années où la « Ligue du LOL » l’a harcelée, et a publié les noms de ses cyberharceleurs :

« J’ai vécu de nombreuses années sur Twitter en ayant l’impression de fuir un sniper, d’avoir de la chance d’échapper aux balles virtuelles d’une armée devenue folle. À chaque tweet, à chaque photo partagée, je craignais d’être débusquée et descendue. »

La journaliste Capucine Piot a, pour sa part, révélé qu’un membre de ce groupe lui avait fait croire, après qu’ils aient eu une relation sexuelle, qu’il était séropositif.


Certaines victimes, au-delà des excuses, ont demandé la démission des cyberharceleurs. Le fondateur du Tag Parfait, Stephen des Aulnois, alias @desgonzo sur Twitter, a démissionné de son poste de rédacteur en chef ce matin. Pour l’heure, il est le seul.

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« Cette #LigueDuLOL, c’est l’histoire de losers, des mecs qui se gargarisaient de pouvoir se moquer d’autres personnes. Sauf que ces moqueries ont eu un impact dans le réel », a condamné de son côté le secrétaire d’État au numérique Mounir Mahjoubi, dimanche sur BFMTV.

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