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« C’était de l’humiliation permanente » : Florence Desruol, victime de la Ligue du LOL, se confie

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Image d'illustration. | © John Schnobrich / Unsplash

Société

Florence Desruol est l’une des victimes de la Ligue du LOL. Elle nous confie son témoignage bouleversant sur le harcèlement qu’elle a subi pendant de longues années. 

D’après un article de Paris Match France de Léa Bitton 

Les messages d’excuses se multiplient depuis vendredi sur la Toile. Ce sont ceux des membres de la Ligue du LOL, une communauté rassemblée sur un groupe Facebook privé, créé par le journaliste Vincent Glad, il y a une dizaine d’années. Tous s’étaient rencontrés sur Twitter, rassemblant à l’époque un microcosme «hype» parisien.

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Florence Desruol est l’une de leurs victimes. Elle arrive sur Twitter en avril 2009. Dès juin, elle se fait harceler par la Ligue du LOL. « C’était un petit monde, ils repéraient très facilement les gens qui étaient un peu hors norme, qui ouvraient leur gueule », confie-t-elle. Alors âgée de 34 ans, elle utilise Twitter pour faire de la veille informationnelle, partage des liens sur l’actualité. De nombreuses personnes interagissent avec elle. Son public se forme très rapidement.

Des excuses, puis de nouvelles insultes

« Eux ne comprenaient pas pourquoi j’avais autant de followers. Ils me remettaient en cause. Je n’étais pas journaliste, je n’avais pas la légitimité pour parler ». La Ligue du LOL lui reproche de ne « même pas tenir un blog ». Une activité qu’ils reprochent pourtant à d’autres femmes, comme Capucine Piot, bloggeuse beauté. « Quand d’autres personnes avaient du succès, en dehors du monde journalistique, ça les dérangeait ».

Ses harceleurs sont au nombre de « quatre/cinq au début ». Florence Desruol remarque que Vincent Glad « complètement vénéré par les autres » est le leader. Le côté «grande gueule» de Florence Desruol prend le dessus. Elle ose répondre. Les insultes fusent de plus belle. « On me traitait de « pute », de « salope ». Le vocabulaire systématique quand on est une femme ». La plupart des insultes proviennent de comptes anonymes. « C’est là qu’ils se lâchaient vraiment ». « J’avais une fois grillé François-Luc Doyez [rédacteur en chef adjoint des «Inrocks», ndlr], qui, à cause de TweetDeck, avait balancé un tweet sur son compte personnel ainsi que sur @Tweet_clash ». Selon elle, ils étaient plusieurs à gérer ces comptes anonymes.

Seul Alexandre Hervaud, un journaliste de Libération, l’insultait de la sorte sous son vrai nom. Gilles Klein, un ancien collègue du directeur de la publication de Libé, Laurent Joffrin, apporte son soutien à Florence Desruol et avertit son vieil ami. « Il avait demandé à [Alexandre] Hervaud de rédiger un tweet d’excuse. Il l’avait fait, puis avait continué de m’insulter ».

«Ça ne s’arrêtait pas ». La jeune femme rentre en contact avec d’autres harcelés. Pascal Cardonna, victime d’homophobie, en fait partie. Ce dernier « monte sur ses grands chevaux, et a l’idée de rédiger une lettre aux patrons de ces journalistes pour les avertir ». « On commence à rédiger quelques phrases, Cardonna se charge du premier jet et nous demande de lui envoyer la liste des pseudonymes de nos harceleurs que l’on joindra au courrier ».

Je n’arrivais pas à allumer mon ordinateur, impossible de regarder mon téléphone.

Aussitôt dit, aussitôt fait. « Deux ou trois jours après », la lettre se retrouve sur Twitter. « Cardonna lui-même l’a fait fuiter. Il avait besoin d’attention. Il s’était fait plus au moins draguer par une personne de la Ligue du LOL et avait fini par balancer le brouillon ». L’homme admet tout. Florence Desruol se sent « trahie ». « C’était horrible. On était devenu des délateurs. Ils se moquaient encore plus de nous. Le brouillon était rempli de fautes d’orthographe ». La goutte d’eau. Florence Desruol décide de quitter Twitter en août 2010.

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Arrêt maladie. Burn out. « Je n’arrivais pas à allumer mon ordinateur, impossible de regarder mon téléphone », rapporte-t-elle. En décembre 2010, elle tombe sur une vidéo où elle voit que Pascal Cardonna remporte le «Craypion d’or du meilleur blog », un prix décerné par les membres de la Ligue. « Il était passé dans l’autre camp ».

Internet n’est pas fait pour harceler

La Ligue du LOL s’étend. Ils sont maintenant une trentaine à faire partie du groupe. « Après la lettre c’était pire. Ils diffusaient des conversations téléphoniques trafiquées. C’était de l’humiliation permanente », lâche-t-elle, la gorge serrée. Fin 2011, Florence Desruol retourne sur Twitter pour la campagne de Nicolas Sarkozy. « ‘Oh Floflo t’es revenue ! Mais prends tes cachetons, prends tes calmants’ me disaient-ils, comme si j’avais passé des mois en hôpital psychiatrique ». « C’était horrible, car j’avais été vraiment très mal. Je n’avais pas été hospitalisée, mais la souffrance était bien réelle ». À chaque tweet, elle est insultée et traitée de folle par ses bourreaux. « Je ne répondais à rien. J’ai fini par les bloquer. Ils me gênaient dans mon travail ».

Florence Desruol va mieux, mais depuis quelques jours « tout remonte » : « C’était des choses profondément enfouies qui remontent d’un coup à la surface». Elle est satisfaite de la mise à pied et du licenciement de ses harceleurs : « C’est normal, ils ne méritent absolument pas de travailler dans ces journaux. Internet n’est pas fait pour harceler ».

 

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