« Parent 1 et 2 » : Pourquoi l’amendement (et sa modification) pose problème

« Parent 1 et 2 » : Pourquoi l’amendement (et sa modification) pose problème

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Image d'illustration. | © Pexels

Société

Après avoir déclenché une vague d’indignation « disproportionnée » sur les réseaux sociaux, le projet de loi en France qui prévoit de remplacer les mentions « père » et « mère » par « parent 1 » et « parent 2 » dans les formulaires scolaires va peut-être être modifié. Mais dans les deux cas, cette mesure reste injuste pour certains enfants.

Que les anti-mariage pour tous calment rapidement leur joie, cet article n’est en rien une condamnation de ce projet de loi. Au contraire, une modification des mentions « père » et « mère » dans les formulaires scolaires est nécessaire, en France comme en Belgique, pour reconnaître la diversité familiale des enfants. Mardi 12 février, les députés français ont adopté un amendement porté par la députée LREM Valérie Petit pour remplacer ces termes par « parent 1 » et « parent 2 ». Une manière d’inclure l’homoparentalité et de supprimer les codes genrés. Il n’en fallait pas plus pour déclencher une avalanche de critiques, ouvertement homophobes, sur les réseaux sociaux.

Sans surprise, la mesure a ravivé la colère des partisans de la Manif pour tous. Sa présidente Ludovine de la Rochère qualifie même le texte d' »absolument déshumanisant », ajoutant qu’il participera à la perte de repères qui sont fondamentaux pour les enfants. L’association anti-avortement et anti-mariage pour tous Alliance Vita a, de son côté, appelé à la « désobéissance civile » dans un communiqué. « Nous inviterons, le moment venu, les parents à refuser de s’inscrire dans des cases qui prétendent effacer leur identité dans l’indifférenciation sexuelle ».

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« Une mesure d’égalité sociale » mais…

D’autres, moins conservateurs, ont salué l’amendement inclusif. C’est le cas de la FCPE, la fédération nationale de parents d’élèves. « C’est une très bonne chose, ça tient compte de l’évolution des situations familiales. Ça rentre en résonance avec la loi votée sur la lutte contre le harcèlement, car souvent les situations de harcèlement d’enfants visent des enfants ne rentrant pas dans les cases », a déclaré Rodrigo Arenas, président de la FCPE. « On a des familles qui se retrouvent face à des cases figées dans des modèles sociaux et familiaux un peu dépassés. Aujourd’hui, personne ne devrait se sentir exclu par des schémas de pensée un peu arriérés. Pour nous, cet article est une mesure d’égalité sociale », avait défendu à l’Assemblée la députée LREM Jennifer de Temmerman.

homoparentalité
Manifestation des partisans du mariage pour tous, en 2012, soit un an avant la loi Taubira. © Christophe Petit Tesson/MAXPPP

Si les associations françaises de défense des droits de la communauté LGBT+ ont applaudi l’initiative, l’Association des familles homoparentales (ADFH) a apporté une petite nuance, exprimant ses craintes d’une « hiérarchisation » provoquée par la numérotation des parents.

Un nouvel amendement en préparation

Sur les réseaux sociaux, les réactions sont virulentes. Trop ? « Sur des sujets comme ça, les gens deviennent fous. Je peux comprendre que quand on remplit un formulaire si on est la mère de ses enfants, on a envie d’être la mère de ses enfants. Mais quand on voit la virulence et l’hystérie sur les réseaux sociaux de certaines réactions, je trouve ça un peu disproportionné », explique la co-rapporteure du projet de loi, la députée LREM de Paris, Anne-Christine Lang. De son côté, la députée à l’origine du texte insiste sur le fait que c’est simplement une formule administrative. « Au quotidien, on va continuer à dire ‘papa’, ‘maman’ et ‘mes parents’. On n’est pas en train de saper les fondements de la société, du tout. On fait juste quelques ajustements sur des formulaires parce qu’on sait que les mots comptent aussi, et que tout le monde a les mêmes droits », souligne Valérie Petit au micro de « Quotidien ».

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Mais la mise en place des mentions « parent 1 » et « parent 2 » est également critiquée par des familles homoparentales. La députée de Paris a donc décidé de proposer un nouvel amendement d’ici quelques semaines. « J’ai proposé effectivement qu’on puisse mettre deux fois ‘père’ et deux fois ‘mère’ et que les gens entourent les cases qui les concernent. Tous les couples seront au même niveau, il n’y a pas de hiérarchie ni de discrimination. Au fond, tout le monde s’y retrouve, les gens qui sont attachés à l’appellation ‘père’ et ‘mère’, mais aussi les couples homos ».

Solution : « responsable légal »

« Tout le monde s’y retrouve » ? Pour une solution inclusive, il ne faut mettre personne à l’écart. Or, dans les deux cas de figure, les enfants qui n’ont plus de parents ou qui se trouvent sous tutelle ne sont pas pris en compte. Afin de correspondre à la réalité et de calmer, en prime, les pulsions des homophobes, il existe une autre formulation, non-genrée : « responsable ». Dans « Quotidien », le président de l’ADFH montre même que cette appelation existe déjà. Et ce, dans certains établissements privés catholiques. Ces derniers ont supprimé les mentions « père » et « mère » sans avoir provoqué d’indignation pour les remplacer par « responsables légaux ». Dans les deux colonnes « responsable 1 » et « responsable 2 » se trouvent plusieurs cases : père, mère, tuteur ou autre. Si l’idée est meilleure, la hiérarchie est toujours présente. Il suffirait d’enlever les chiffres. Tout simplement.

Et en Belgique ?

Contactée par la RTBF, la Fédération des Associations de Parents de l’Enseignement Officiel (FAPEO) explique qu’en Belgique « il n’y a pas une directive claire, il y a juste des initiatives individuelles dans les écoles pour faire évoluer les formulaires ». Véronique de Thier, responsable pour la région de Bruxelles précise qu’« il serait peut-être aussi utile de légiférer chez nous pour reconnaître enfin la pluralité des familles ». La ministre de l’éducation Marie-Martine Schyns est ouverte à la discussion, mais elle souhaite que « dans un souci de cohérence, on procède à ces modifications de façon plus globale qu’uniquement dans l’enseignement ».

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