Tueries du Brabant : Nos révélations sur l’enquête menée par l’ex-policier suicidé

Tueries du Brabant : Nos révélations sur l’enquête menée par l’ex-policier suicidé

tueries

La tuerie d'Alost, le 9 novembre 1985, fut la plus sanglante de la série : huit morts. | © Belga

Société

Roger Romelart, l’ex-policier qui s’est suicidé, avait communiqué des informations à la cellule de Charleroi et regrettait qu’elle ne fasse rien.

Qui était Roger Romelart (78 ans), l’ex-enquêteur de la cellule Delta de Termonde, chargée d’une partie de l’enquête sur les tueries du Brabant dans la seconde moitié des années 1980 ? Son suicide, la semaine dernière, est-il lié à l’arrestation de ses anciens collègues, Philippe V. et François A., ainsi qu’aux derniers développements de l’affaire ?

Le parquet fédéral, qui chapeaute l’enquête actuelle, ainsi que la cellule de Charleroi qui la mène sous la direction de la juge Martine Michel, déclarent vouloir en avoir le coeur net. Raison pour laquelle une perquisition a été menée au domicile du défunt à Erpe-Mere, qu’une autopsie du corps a été ordonnée et que ses deux enfants ont été entendus. À cette occasion, selon plusieurs médias du Nord, la fille de Roger Romelart aurait rapporté que son père manifestait des signes de grande nervosité ces derniers temps. Et cette dernière d’ajouter : « Depuis que la piste d’une manipulation de l’enquête sur les tueurs du Brabant a été rouverte, on aurait dit qu’il voulait reprendre le fil de ce qu’il avait appris à l’époque ».

Lire aussi > Tueries du Brabant : Le rapport de l’INCC est-il manipulé ?

Mais précisément, qu’avait-il appris ? Paris Match s’est procuré un document de travail de Roger Romelart à l’époque où il officiait comme inspecteur de première classe à la police judiciaire d’Alost en 1985, puis à la cellule Delta jusqu’en 1990. Nous avons également reconstitué le fil de ses investigations passées et plus récentes. Il en ressort que l’ancien policier était omnubilé par une piste conduisant à l’un des membres du « clan De Staerke », une famille de gitans sédentarisés du Brabant flamand, cible numéro un de Delta au moment où elle enquêtait sur la tuerie du Delhaize d’Alost de novembre 1985 (huit morts). Son suicide a-t-il un lien quelconque avec cela ? Impossible à dire. Mais la cellule d’enquête de Charleroi devrait pouvoir se faire une idée dans la mesure où, selon le témoignage que nous avons recueilli, elle a reçu des informations de Roger Romelart il n’y a pas si longtemps.

Qu’est-ce qui l’aurait poussé à agir de la sorte ? Précisons tout d’abord que Romelart a la particularité d’avoir travaillé à la cellule Delta, puis à celle de Jumet lorsque le dossier des Tueries a été transféré à Charleroi en 1990. C’est dans ce contexte qu’il s’est beaucoup intéressé à Philippe De Staerke (surnommé Johnny) en particulier, le plus jeune du clan, longtemps suspecté d’avoir pris part à l’attaque d’Alost.

Tuerie Alost
Philippe De Staerke a longtemps été suspecté pour son implication dans l’attaque d’Alost. © D.R.

« Te dab termune boie »

Lorsqu’on se penche sur sa farde de travail datée du 7 février 1989, on découvre que l’inspecteur Romelart avait récolté des informations et des témoignages impliquant Philippe De Staerke dans le massacre d’Alost. Principalement celui de René D., gitan sédentarisé lui aussi, qui se trouvait au Delhaize le funeste soir du 9 novembre 1985, en compagnie de Rosette M. L’un et l’autre ont été pris sous le feu et blessés par l’un des tueurs tandis qu’ils pénétraient en voiture sur le parking de la grande surface où ils venaient faire leurs courses. L’homme, cagoulé, vêtu d’un long par-dessus et armé d’un fusil à pompe, D. l’identifiera formellement sur P.V. comme Philippe De Staerke. Plus tard, il confiera à l’une de nos sources l’avoir reconnu à sa démarche singulière qu’il connaissait bien pour être sorti avec lui dans les bars de Bruxelles durant sa jeunesse.

Un élément du rapport d’information de Roger Romelart semble donner du poids au témoignage de René D. En effet, celui-ci aurait expliqué qu’alors que les balles pleuvaient, il avait hurlé à l’adresse du tueur une sorte d’imprécation en dialecte gitan, entre l’injure et la malédiction, que Romelart reproduit phonétiquement de la sorte : «Te dab termune boie ». Cela lui aurait valu la vie sauve, ainsi que sa compagne, l’homme qui tenait la gâchette ayant compris qu’il avait affaire à un « frère » en quelque sorte.

Lire aussi > L’enquête des tueries du Brabant bute sur la mort

Cette histoire et d’autres détails ont continué de tarauder l’ex-péjiste bien après sa mise à la retraite. L’ancienne journaliste d’investigation du magazine flamand Humo, Hilde Geens, peut en témoigner. Grande spécialiste du dossier des tueries et auteure d’un ouvrage remarquable publié en 2013, elle a été contactée par Romelart à la fin du mois d’octobre dernier. Elle raconte : « Je connaissais Roger depuis 2005. Je sais qu’il était très fier du travail accompli par Delta. Il faisait des recherches sur les De Staerke et un de leurs comparses, Papadopoulos. Il m’a dit qu’il avait récemment communiqué des infos à la cellule de Charleroi, mais sans me préciser lesquelles. Il a ajouté que les enquêteurs n’en faisaient rien et ça semblait l’affecter. Il a ajouté : s’ils n’en veulent pas, je devrai faire autre chose ».

Coïncidence ou pas, un mois plus tard, son rapport d’information de 1989 se retrouvait sur Internet. Au moment où ses ex-collègues de Delta étaient mis en cause, Roger Romelart a-t-il voulu rendre publique une piste dont il reprochait aux enquêteurs carolos de ne pas vouloir ?

Notre enquête complète et d’autres révélations sont à découvrir dans l’édition de Paris Match Belgique ce jeudi. Nous reviendrons également sur la fameuse énigme prétendue de Ronquières pour déconstruire l’hypothèse qui a conduit deux ex-gendarmes en prison.  

CIM Internet