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Père Lombardi : « Il reste des pédophiles dans l’église »

Le père Federico Lombardi, jésuite de grande expérience, devant le Vatican, à la veille du sommet qui se tient du 21 au 24 février à Rome. | © Eric Vandeville

Société

L’ancien directeur de la salle de presse du Saint-Siège a été choisi comme médiateur du sommet présidé par le pape François sur la prévention des abus sexuels.

D’après un article de Paris Match France par Caroline Pigozzi

Paris Match. Quelle semaine pour le Pape, commencée par le renvoi de l’ex-cardinal-archevêque de Washington…
Père Lombardi. La nouvelle de ce décret de démission de l’état clérical du cardinal McCarrick est bien sûr extrêmement triste parce que l’Église confirme officiellement qu’il a commis des actes indignes et gravissimes au cours de sa mission spirituelle. C’est une décision sans appel ni compromis envers lui, et un signe particulièrement fort d’une volonté de transparence à la veille de cette très importante rencontre consacrée à la protection des mineurs et à la lutte contre toute forme d’abus sexuels, à commencer par ceux de l’Église et de ses responsables.

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Pourquoi autant d’abus sexuels commis par des hommes d’Église ?
Comment expliquer le mal puisque c’est absurde ? Et plus encore lorsqu’il s’agit de crimes envers des enfants. Des actes perpétrés le plus souvent par des familiers, des proches ayant autorité sur eux, dont l’Église de Rome n’est pas absente ; le choix et la formation des candidats au sacerdoce ont souvent été superficiels. Sans certitude que ces prêtres et ces religieux soient assez mûrs sur le plan sexuel, et parfois pas suffisamment accompagnés ni soutenus par un encadrement spirituel permanent. Il reste donc parmi eux des pédophiles. Il faut reconnaître que, dans l’Église aussi, la souffrance des victimes a été cachée, peu écoutée, incomprise, souvent niée afin d’éviter les scandales. De plus, à mon avis, les excès de la liberté sexuelle ont contribué à diminuer la vigilance et le sens des responsabilités au sein du clergé. Or, quand celui qui abuse est un prêtre, un religieux ayant profité de la confiance que les jeunes et les familles lui accordent en raison de son statut social, le crime devient plus grave encore, provoquant la perte de confiance de l’enfant et détruisant au passage la crédibilité de l’Église.

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Le pape François n’a-t-il pas trop tardé à réagir ?
Le Saint-Père et ses deux prédécesseurs en étaient déjà conscients depuis longtemps puisqu’une crise profonde avait éclaté aux États-Unis au début des années 2000, puis en Irlande, au Mexique, en Allemagne, en France, au Chili. À chaque fois, l’Église a réagi, et Benoît XVI avait déjà dicté des règles extrêmement rigoureuses. Nombre d’épiscopats ayant pris des mesures de dénonciation et de prévention, il y a eu une diminution des cas d’abus, mais le passé continue néanmoins de ressurgir. La parole libérée incitant maintenant partout des victimes à s’exprimer, alors qu’elles se muraient auparavant dans leur silence. Tout remettre aujourd’hui à plat reste un procédé long, difficile, douloureux, qui implique de changer d’attitude, de mentalité, de comportement, non seulement parmi les responsables, mais aussi au sein des communautés religieuses. Ces dernières doivent pousser leurs supérieurs à cela. Le pape François y travaille en analysant et en redéfinissant l’avenir. À ses yeux, ces actes sexuels sont une conséquence d’un abus de pouvoir en général. L’autorité des prêtres et des évêques doit représenter pour lui une mission, un service, et non l’exercice d’un pouvoir. C’est pourquoi il réunit les présidents de tous les évêchés mondiaux, afin que l’Église réalise clairement que la protection des mineurs est le devoir de chacun.

Le pape françois lors d’une visite au Parlement européen de Strasbourg, en France, le 25 novembre 2014. © Yves Herman / Belga

Qu’attendez-vous de ces journées ?
L’ensemble des problèmes ne sera malheureusement pas résolu, mais je pense qu’on va progresser, faire un pas en avant décisif sur la protection, la prévention, la dénonciation du passé. Tel que le souligne le pape François, chaque participant devra rentrer chez lui en mesurant ses responsabilités quant à la protection des mineurs. Ce qui signifie en rendre compte à Dieu, mais aussi à l’Église et à la société, afin d’être à même d’aider les victimes et, bien sûr, de s’adosser également à la justice pour punir les coupables. D’être prêt à promouvoir la prévention des abus en comptant par ailleurs sur l’appui des évêques et de diocèses d’expérience. L’Église n’a pas d’autre choix que ce chemin très ferme pour être de nouveau plus crédible et efficace dans sa mission au service de l’éducation, de la morale et de la spiritualité.

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