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Couteaux en céramique : l’enfer des aéroports et prisons

Image d'illustration. | © VanveenJF

Société

Indétectables, les couteaux en céramique posent un problème à la sécurité des prisons et des aéroports. 

Ils sont détectables, mais par des équipements rares et chers : les couteaux en céramique, comme celui utilisé mardi pour blesser deux gardiens à la prison d’Alençon (en France), posent depuis longtemps un effrayant problème à l’administration pénitentiaire comme aux aéroports. Les alarmes des appareils de détection d’objets métalliques ne résonnent bien sûr pas quand un couteau en céramique, dont le tranchant est redoutable, passe dans leur portique.

Image d’illustration. © Martine Beck-Coppola / AFP

C’est ce qui s’est passé mardi, quand la compagne de Michaël Chiolo, 27 ans, qui purge une peine de trente ans et s’est radicalisé en prison, s’est présentée au parloir de la prison d’Alençon/Condé, le couteau dissimulé dans un faux ventre de femme enceinte, en plus d’une ceinture d’explosifs factice. Au cours des dernières années, les fouilles de cellules dans des prisons françaises ont à plusieurs reprises permis la découverte de couteaux en céramique, cachés par les détenus.

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Le « scanner corporel », une éventuelle solution

« Il est évident qu’un détecteur de métal ne sonnera pas pour de la céramique » assure à l’AFP Loïc Mechinaud, de la société Hi-Tech Detection Systems, spécialisée dans l’installation de systèmes de sûreté et de détection. « Et même avec un scanner à rayons X » (du type de ceux qui inspectent tous les bagages-cabine dans les aéroports), « un couteau en céramique ne va pas forcément être détecté. S’il est à plat, les opérateurs vont voir la forme d’un couteau. Mais s’il est sur la tranche, on ne verra qu’un trait et ça peut passer ».

Selon lui, la seule solution pour détecter à tous les coups une arme blanche en céramique, ce sont les appareils équipés de caméras à ondes millimétriques, parfois appelés « scanners corporels ». « Le corps humain émet des ondes millimétriques » explique Loïc Mechinaud. « Il y a des capteurs sur ces caméras et quand il y a un obstacle entre la radiation normale du corps humain et le capteur, cela révèle une forme à l’endroit où l’objet est dissimulé. Là, le couteau en céramique apparaît distinctement ».

Démonstration d’un scanner corporel à l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle à Paris. © Remi Ochlik/IP3

Des palpations sur certains passagers

Le problème est que les scanners corporels coûtent de 100 000 à 150 000 euros pièce. Ils commencent à être mis en place dans certains grands aéroports mais il est peu probable qu’ils puissent être installés à l’entrée des prisons.

« Le problème des couteaux à lames céramiques est connu dans la sûreté aéroportuaire depuis leur arrivée sur le marché », a confié mercredi à l’AFP une source aéroportuaire, qui a demandé à ne pas être identifiée. « Pour déceler ce type d’objets, on a mis en place des mesures de sûreté qui permettent d’opérer des palpations sur certains passagers ».

Les gardiens de prison, qui manifestaient mercredi et interdisaient l’accès d’au moins 18 centrales ou maisons d’arrêt, dénoncent depuis des mois l’interdiction qui leur a été faite de fouiller au corps les personnes venues rendre visite aux prisonniers.

Un pistolet créé avec une imprimante 3D

En plus de la céramique, le problème des armes à feu en plastique, donc encore moins détectables, se pose déjà pour les aéroports, et donc les prisons : en juin 2018, un habitant du Texas a publié sur internet le mode d’emploi pour la fabrication d’un pistolet avec une imprimante 3D.

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Un tribunal fédéral américain lui a ordonné fin juillet d’arrêter, après des poursuites lancées par huit États et la capitale Washington, arguant du fait que n’importe qui pourrait fabriquer ces armes intraçables. Mais si son site internet est aujourd’hui fermé, le mode d’emploi pour fabriquer le « Liberator », arme en plastique indétectable par les portiques de sécurité, a été téléchargé des milliers de fois.

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