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Le réseau Ades : des jeunes citoyens qui croient en demain

Idéalistes peut-être, mais actifs et concrets. | © Ades

Société

Le réseau Ades rassemble des jeunes (et moins jeunes) de tous horizons qui ont décidé ensemble de se bouger pour une société plus juste, plus écologique et plus solidaire. Rencontre avec une belle bande d’idéalistes.

 

Un mercredi soir à Saint-Josse, il pleut, il fait froid. On arrive au 71 rue de Liedekerke. Derrière la porte, au bout du couloir des individus occupés à réparer des bécanes nous sourient. On entre dans le local, il fait bon vivre, le vieux poêle à bois réchauffe les cœurs et les corps. C’est sûr, nous sommes arrivés à l’Adesif, le point de chute du réseau Ades

Toutes les semaines, depuis presque deux ans, Gautier, 29 ans y répare bénévolement des vélos. Il a lancé cet atelier, baptisé le « RacàGnac » avec quelques amis passionnés. « On voyait que les enfants du quartier roulaient n’importe comment, on voulait les aider. On s’est formé et on a commencé l’atelier », explique-t-il.  Si le jeune homme donne de son temps, c’est par passion mais surtout par idéal. « Je crois que les gens ont besoin d’espace de rencontres où ils se sentent utiles. Ici, on collectivise les forces, ensemble on peut réussir à résoudre pas mal de choses ».

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Ce soir-là, Roger, 63 ans, donne un coup de mains à l’équipe des réparateurs. « J’habitais à côté, un jour, j’ai dit « bonjour », et ils m’ont dit « entre » et je suis entré. Depuis, je viens toutes les semaines. Ce qui me plait c’est l’échange et la participation ».

Si le mercredi, la place est au vélo, les autres jours c’est table d’hôtes, atelier couture, sérigraphie ou encore repair café. « On est libre de le faire ou pas, donc si on le fait c’est par envie. Moi, je voulais partager ma passion en-dehors des circuits économiques », raconte Charline, qui donne les ateliers couture. « Le lieu appartient à tout le monde, chacun peut proposer une activité », continue Gautier. Toutes les activités sont à prix libre.

Un espace d’engagement différent

Pour comprendre l’histoire de ce lieu insolite, il faut revenir quelques années en arrière… Une liste de jeunes engagés se présente aux élections de Assemblée Générale des Étudiant·e·s de Louvain, sous le nom « Ades »  pour Union Alternative Démocratique Écologique et Sociale. « On a perdu les élections, mais ça nous a soudé », explique Jérôme, l’un des fondateurs. La liste disparait, mais les idées restent. « À la sortie de nos études, on ne se projetait pas dans le modèle de société. On n’était pas convaincu par les espaces d’engagement. Du coup, on a créé notre réseau en février 2012 », confie-t-il. « On voulait changer la société à notre niveau en articulant le local et le global », annonce David, un membre de la première heure.

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Sans trop savoir où l’aventure les mène, ces jeunes dessinent alors les grandes lignes du réseau qui s’articulent autour de la formation, de la mobilisation et de la mise en place de projets. Mai 2015, marque un tournant dans leur histoire, ils inaugurent à Saint-Josse « l’Adesif », un bâtiment qu’ils occupent en contrat d’occupation précaire. Le lieu devient leur QG, petit à petit, ils se rendent compte de l’énorme potentiel de l’endroit et décident d’y organiser une série d’activités tout en s’implantant comme un véritable acteur de cohésion sociale dans le quartier.

« Les ateliers et les activités très concrètes répondent à un besoin précis mais on le fait avec une vision. On n’est pas des prestataires de services. Les ateliers offrent une ouverture vers autre chose, une remise en question du modèle de production et de consommation, par exemple », explique David.

Le réseau offre aussi un espace pour développer des projets. « C’est ici qu’est né le supermarché coopératif Bees Coop », annonce Jérôme;

Ils sont aujourd’hui, une centaine d’actifs au sein d’Ades et plusieurs centaines à graviter autour.

Une gestion à l’horizontale

Ici, pas de place pour un chef. « On fait en sorte de susciter l’empowerment, chacun peut devenir actif. Ce système permet aussi de renouveler l’énergie », ajoute Jérôme. Le réseau fonctionne par cellule et par groupe au sein desquels sont discutées la gestion quotidienne et l’organisation interne.  Une large partie des personnes très impliquées travaillent à temps partiel, souvent par choix, pour s’investir dans le bénévolat.

Pierre, Gautier et Roger à l’atelier vélo © Ades

Chaque cellule participe financièrement à la caisse centrale d’Ades. Ils reçoivent de temps à autre des subsides ou donations ponctuels qui les aident à garder le cap, même si au quotidien ils comptent surtout sur la débrouille et les bons plans pour s’en sortir. C’est le « groupe porteur » qui gère tout ce qui relève de l’administratif et du financier.

L’Alegria Militante

Ades crée des espaces d’engagement avec des valeurs communes. L’aspect militant est présent depuis le début. Les membres s’engagent pour différentes causes : le climat, les sans-papiers, les violences policières

« On essaye de mettre du sens et de l’optimisme dans nos actions. On veut mettre de la lumière là où il n’y en a pas assez», insiste David, qui est par ailleurs aussi le chanteur du groupe Chicos Y Mendez. Pour lui, la grande force d’Ades est la réactivité face à l’actualité. « Quand il y eu la crise des migrants au parc Maximilien, on a été les premiers à faire un appel aux dons. Nos locaux étaient remplis de sacs, c’était fou ».

Ce qui est certain, c’est qu’Ades est une porte ouverte où chacun peut partager ce qu’il a à offrir, où les individus peuvent se réapproprier leur existence. Il fait nuit, on quitte la bande qui s’affaire encore sur quelques guidons. L’énergie débordante, les poings en l’air et les sourires nous ont redonné un peu d’espoir. Ce mercredi soir, à Saint-Josse, il pleut mais il fait un petit peu moins froid.

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