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Le Syrian Expat Philharmonic Orchestra, la musique pour retrouver l’espoir

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La guerre en Syrie fait la une de l’actualité depuis six ans maintenant. Plusieurs centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants y ont perdu la vie. Des millions de Syriens ont fui leur pays, souvent dans les conditions les plus difficiles.

Parmi eux, de brillants musiciens. Face à la barbarie, ils ont décidé de s’unir en créant le Syrian Expat Philharmonic Orchestra (SEPO).  Mardi 21 mars, les musiciens du SEPO et de l’Orchestre National de Belgique se sont unis pour le concert Salaam Syria dans le cadre du Klarafestival.

Raed Jazbeh vient d’Alep, il est arrivé en Allemagne par voie légale en 2013 après avoir obtenu un visa (chose assez rare que pour être soulignée).  Le jeune homme a vite remarqué que nombre de musiciens syriens étaient comme lui, réfugiés en Europe. Un beau jour, il a eu la brillante idée de les rassembler pour reformer un orchestre en dehors de leur pays. « Dans les médias, on montre aux gens du monde entier qu’en Syrie, on a la guerre, on se bat… Mais on doit aussi se concentrer sur les autres facettes du pays comme la culture, l’Art, la musique », explique-t-il.

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En ces temps de repli identitaire, le jeune homme espère changer les mentalités. « Les réfugiés sont des humains comme tous les autres. Ne pensez pas que l’on soit dangereux ou qu’on soit là pour détruire votre pays. Non, on est là pour construire votre société. Quand les gens écouteront cette musique, ils comprendront que nous sommes des humains comme eux. Il n’y a pas de différences si on est réfugié ou non. C’est juste un droit de trouver un endroit sûr pour vivre ».

Contacter les musiciens aux quatre coins de l’Europe

Pour concrétiser son idée, Raed Jazbeh  a alors contacté les musiciens syriens éparpillés aux quatre coins de l’Europe. « Pour la plupart, on se connaissait parce qu’on a étudié dans la même école de musique à Damas et on est plus ou moins de la même génération. Je n’avais pas leurs mails ou leurs numéros, alors j’ai commencé à les contacter par Facebook pour en savoir plus sur leur situation, sur la manière dont ils vivaient. Je leur ai parlé de mon idée, ils ont aimé. Ils m’ont dit « okay, c’est magnifique, réunissons nous et commençons ensemble ».

Evidemment, les choses n’ont pas été aussi simples qu’elles n’y paraissent. Beaucoup de musiciens avaient dû abandonner leurs instruments sur la route de l’exil, d’autres n’avaient (et n’ont toujours pas) de passeport, d’autres encore avaient un autre travail… Mais avec beaucoup de bonne volonté, l’Orchestre est quand même créé en 2015.

Les retrouvailles

Après des années de séparation, les musiciens se sont retrouvés pour jouer à l’unisson.  Humainement et musicalement, ils décrivent des sentiments très forts. « C’est très émouvant. C’est très spécial pour nous. On a étudié ensemble, on a été séparé. Se retrouver ici, nous rend très nostalgiques », confie Ghassan Alaboud qui est originaire de Damas. C’est lui qui a mené une partie du concert à Bozar. Après avoir migré au Canada il y a quelques années, son grand rêve était de retourner en Syrie pour venir y jouer de la musique. La guerre a éclaté, il n’a jamais pu rentrer. Cet orchestre, pour lui, c’est un objectif qui s’accomplit.

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« C’est magnifique de voir mes amis ici », annonce un jeune violoniste aux yeux brillants d’émotion. C’était son deuxième concert, avant il n’avait pas les papiers nécessaires pour voyager. Le jeune homme a traversé clandestinement la mer et de nombreux pays pour rejoindre l’Allemagne. Il décrit un parcours particulièrement difficile. Se retrouver dans l’orchestre aujourd’hui signe la fin d’un cauchemar.

Ils sont aujourd’hui environ 80 musiciens syriens réunis au sein de cet ensemble itinérant.

Ici, pas de place pour la politique

La guerre déchire la Syrie depuis 2011. Tous les jours, la situation se complique encore et toujours. Les musiciens ont cependant décidé de laisser la politique derrière eux pour se concentrer sur la musique. Pour eux, la seule solution est l’unicité face à la guerre. « Politiquement, on n’a pas les mêmes opinions mais on est tous d’accord qu’il faut que ça s’arrête. Il faut qu’on reste ensemble », explique un violoniste originaire de Damas, arrivé en France juste avant la révolution.

Raed Jazbeh  ajoute : « Nous avons différentes idées politiques, différentes religions mais nous sommes amis. On ne parle pas de politique, on se concentre sur notre culture, notre musique. On doit se rassembler, c’est exactement de ça qu’on a besoin maintenant ».

La rencontre avec l’Orchestre National de Belgique

Un peu d’arabe, un peu d’anglais, un peu de français, c’est dans les trois langues qu’ont répété tous les musiciens sous la baguette de Ghassan Alaboud. « Les musiciens se sont rencontrés pendant les répétions. Ils se sont trouvés immédiatement, ce sentiment de fraternité était très beau  à voir. C’est un projet d’humanité et d’humanisme », annonce Hans Waege, intendant de l’Orchestre National de Belgique.

De l’espoir pour le futur

Bien que le SEPO ait déjà joué dans différentes grandes villes européennes, l’avenir reste incertain. « J’espère qu’on va recevoir des financements pour qu’on puisse développer notre travail. C’est très difficile de toujours avancer avec zéro budget », confie Raed Jazbeh. D’un point de vue plus personnel, les musiciens ont tous le rêve de voir revenir la paix dans leur patrie et dans toute la région. Ils espèrent un jour, pouvoir rentrer chez eux pour jouer devant leurs parents et leurs compatriotes.

Quoiqu’il arrive, le SEPO est aujourd’hui un symbole d’espoir magnifique.

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