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Qui est Karen Uhlenbeck, la première femme à remporter le « Nobel de mathématiques » ?

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Karen Uhlenbeck. | © AFP PHOTO / The Norwegian Academy of Science and Letters / Institute for Advanced Study / Andrea KANE

Société

Il aura fallu attendre 16 ans pour que le prix Abel de mathématiques soit remis à une femme. Et pas n’importe laquelle, puisqu’il s’agit de Karen Uhlenbeck. Avec ses travaux, cette Américaine de 76 ans a « radicalement modifié le paysage mathématique »

C’est l’une des plus prestigieuses récompenses du domaine. L’illustre prix Abel de mathématiques, créé en 2003 par le gouvernement norvégien pour combler l’absence de prix Nobel dans cette discipline, a été décerné pour la première fois à une femme, Karen Uhlenbeck, spécialiste des équations aux dérivées partielles. « Karen Uhlenbeck reçoit le prix Abel 2019 pour son travail fondamental dans l’analyse géométrique et la théorie de jauge qui a radicalement modifié le paysage mathématique », a déclaré le président du comité Abel, Hans Munthe-Kaas. « Ses théories ont révolutionné notre compréhension des surfaces minimales, telles que celles formées par des bulles de savon, et des problèmes de minimisation plus généraux en dimension supérieure », a-t-il fait savoir dans un communiqué.

21e femme à recevoir une récompense scientifique depuis 1901

Âgée de 76 ans, l’Américaine n’est pas à son premier « premier ». En 1986, cette passionnée de lecture avait déjà attribué au titre de « première femme » mathématicienne reçue à l’Académie nationale des sciences aux États-Unis, rappelle Le Monde. Quatre ans plus tard, elle devient la deuxième femme seulement à présenter un exposé en séance plénière lors de la Conférence internationale quadriennale des mathématiciens. Une marque de reconnaissance que seule Emmy Noether avait connue avant elle… en 1932. En recevant son prix Abel de mathématique, l’Américaine est devenue la 21e femme à avoir reçu une prestigieuse récompense scientifique depuis 1901.

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Au-delà des mathématiques

C’est à 26 ans que Karen Uhlenbeck a soutenu sa thèse dans le domaine de l’analyse et des équations aux dérivées partielles. Après être passée par plusieurs universités prestigieuses telles que MIT et Berkeley, cette native de Cleveland est devenue maître de recherche universitaire invitée à l’Université de Princeton et professeure associée à l’Institute for Advanced Study (IAS), aux États-Unis. Durant sa carrière, la mathématicienne a élaboré des outils et des méthodes d’analyse globale qui « font dorénavant partie de la boîte à outils de tout géomètre et analyste », a a souligné l’Académie norvégienne des Sciences et Lettres qui lui a remis le prix Abel mardi 19 mars.

Selon Jim Al-Khalili, membre de la Société royale norvégienne, cité par le journal français, « la reconnaissance des réalisations de Karen Uhlenbeck aurait dû être beaucoup plus grande car son travail a conduit à certaines des avancées en mathématiques les plus importantes de ces quarante dernières années ». Ses travaux décrivant le comportement d’équations sur des surfaces diverses ont influencé d’autres disciplines que les mathématiques puisqu’ils servent notamment en physique à décrire le monde des particules ou à élaborer des théories quantiques de la gravitation. Dans un communiqué, le directeur de l’IAS Robbert Dijkgraaf, souligne même qu’elle a « joué un rôle majeur dans les progrès des maths et a inspiré les générations suivantes de femmes à devenir des figures du domaine ».

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