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Aux États-Unis, de plus en plus de villes arrêtent de recycler

Le recyclage leur coûte trop cher. | © Hans Braxmeier/Pixabay

Société

Depuis un peu plus d’un an, la Chine a arrêté d’importer les déchets plastiques et papiers d’autres pays. Résultat, les déchets qui étaient auparavant destinés à la Chine s’amassent dans les centres de tri de certaines villes américaines et finissent parfois incinérés.

À l’heure où les jeunes marchent toutes les semaines pour le climat, où les tendances zéro déchet se multiplient et où les consommateurs accordent davantage d’importance à consommer local, bio et de saison, le recyclage des déchets s’inscrit naturellement dans le paysage éco-sympa d’aujourd’hui. Même si dans la logique des 5 R bien connu des défenseurs de l’environnement (Refuser, Réduire, Réutiliser, Réparer, Recycler), le recyclage n’arrive pas en tête des solutions pour éviter les déchets. Et pourtant, de l’autre côté de l’Atlantique, plusieurs grandes villes américaines ont cessé de recycler. En cause ? Leur moyen de se débarrasser de leurs déchets plastiques et papiers, la Chine, a décidé il y a un an de cesser l’importation des déchets étrangers. Résultat : les plastiques et les papiers, pourtant bien triés, s’amassent dans les centres de tri et finissent dans les décharges ou les incinérateurs. Et les États-Unis ne sont pas les seuls à avoir perdu ce moyen bon marché de vendre la réutilisation de leurs déchets pour s’en débarrasser. Environ 106 millions de tonnes, soit 45% des matières plastiques pouvant être recyclées dans le monde, ont été exportées vers la Chine depuis que les données ont commencé à être collectées, en 1992, par la Comtrade Database des Nations unies. Ddepuis que la Chine a fermé ses portes, les usines de recyclage américaines doivent payer pour se débarrasser de leurs déchets alors qu’avant elles les triaient et les vendaient.

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Pourquoi cette interdiction ?

Avant l’interdiction prononcée par les Chinois, le pays rachetait les déchets étrangers déjà triés pour les nettoyer, les broyer et les transformer en de nouvelles matières premières. Mais peu à peu, la Chine en a eu marre de devenir le dépotoir mondial et de récupérer les déchets souillés de nombreux pays dans le monde. La protection de l’environnement et la santé de sa population sont aussi devenus des enjeux plus importants pour la Chine. Pékin a ainsi fermé ses frontières aux papiers et plastiques et a fixé un taux de contamination tellement bas (0,5% de déchets souillés est toléré) pour le métal et le carton que les entreprises américaines ne savent plus suivre. Au final, ce seront toutes les catégories de déchets qui devraient être refusées d’ici 2020.

Dans les centre de tri américains, les déchets sont pourtant triés minutieusement. Les matières recyclables sont séparées de leurs déchets non recyclables et les travailleurs veillent à ce qu’aucune matière étrangère ne se retrouve mélangée aux piles bien séparées de cartons, papiers et plastiques. À la fin de la chaîne, l’amas de détritus est compacté. Avant il était envoyé en Chine, mais aujourd’hui, certains déchets ne sont repris par personne, même en les payant. Résultat, dans certaines usines, les papiers et le plastique ne sont plus recyclés et finissent à la décharge. « Personne ne veut le dire à haute voix, car personne n’aime le faire », a expliqué à l’AFP Bill Caesar, patron de WCA Waste Corporation, à Houston. Mais les frais de recyclage explosent et cela deviendra de plus en plus difficile d’éviter l’incinération et les décharges. Les autres pays importateurs comme l’Indonésie, le Vietnam ou l’Inde n’ont pas les capacités suffisantes pour absorber la quantité de déchets que la Chine parvenait à écouler.

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©Bas Emmen/Unsplash

Certaines villes ne recyclent plus

Si certaines villes trouvent des solutions tant qu’elles peuvent pour venir à bout de leur déchet comme à Philadelphie : un incinérateur convertit les déchets en énergie électrique, ce qui fait craindre pour la pollution de l’air, d’autres se retrouvent devant le constat malheureux qu’elles ne savent rien faire. À Memphis, les déchets sont encore jetés dans des conteneurs différents mais ils se retrouvent tous, in fine, dans une décharge. À Deltona, en Floride, la ville a même complètement mis fin à son programme de recyclage à cause des coûts trop élevés que cela engendrait. D’autres villes ont pris la même décision d’après The Atlantic : pour continuer à recycler, il aurait fallu augmenter les impôts. Alors tant pis pour le recyclage.

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©Krizjohn Rosales/Pexels

Pour régler le problème (en partie du moins), il faudrait une prise de conscience des citoyens en amont de la chaîne de consommation (le fameux « refuser »). L’expansion ultra-rapide des plastiques à usage unique et des emballages jetables dans les années ’90 est certainement l’une des causes qui a entraîné l’augmentation des exportations du plastique américain. « Plus vite nous accepterons l’impossibilité économique du recyclage, plus vite nous pourrons progresser sérieusement dans la résolution du problème de la pollution plastique », a expliqué dans le New York Times Jan Dell, ingénieur à la Last Beach Cleanup.

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