Plus on est de fous, plus on rit : on a testé le yoga du rire

Plus on est de fous, plus on rit : on a testé le yoga du rire

Rire pour mieux vivre

Société

On ne le répétera jamais assez : rire, c’est bon pour la santé. Et pour entretenir la souplesse de ses zygomatiques, rien de tel qu’une séance de yoga qui donne la banane.

Il est 20h12. Déjà douze minutes de retard sur la montre. En traversant la cours qui mène au gymnase faisant office de temple du rire, on entend déjà résonner les esclaffades. Notre gourou, le sourire jusqu’aux oreilles, nous invite avec des grands signes à rejoindre le groupe qui a déjà commencé à s’échauffer les cordes vocales.

90 minutes de joutes électriques de rire

C’est parti pour 1h30 de rire général. « 90 minutes pendant lesquelles on éteint son cerveau, on laisse ses tracas de côté tout en envoyant valser ses préoccupations du quotidien », pour reprendre les mots du professeur cocasse.

Pendant toute la séance, on oublie son cerveau et on s’autorise à être bête.

Afin de détendre l’atmosphère et balayer d’un revers d’ironie le sérieux et la timidité, exercices et autres jeux de mimes sont au programme. Se taper les cuisses, dans les mains, gesticuler dans tous les sens. Faire le rire du cocktail, le rire du centimètre, le rire des épis de blé ou encore celui de la tondeuse à gazon. Bienvenue chez les fous !

© Flickr : knowmadic news

Lire aussi : Nouvelle tendance : boire de la bière tout en faisant du yoga

Même si la démarche paraît forcée, on se laisse facilement prendre au jeu. Très vite, à coups de « haha » et de « hoho », la détente s’installe. Pris dans un joyeux tourbillon mêlant quarante éclats de rire différents, l’effet est quasi immédiat. Le même qu’un cocktail multivitaminé bourré d’endorphine. En prime : des joutes électriques de bonheur qui vous rechargent les batteries.

Quand on rit, on ne pense à rien

Que ferions-nous sans le rire ? Cette contraction qui part du ventre pour traverser le cœur et terminer sur un large sourire laissant émettre des sons de joie. Les bienfaits du rire ont largement – et scientifiquement – été prouvés. Anti-stress efficace, il constitue un excellent remède pour les problèmes d’hypertension, d’asthme, de cholestérol et même de maux de tête. Sans compter qu’il apporte avant tout la zen attitude.

Qu’il dure une fraction de secondes ou plusieurs minutes, ce sentiment d’allégresse laisse un doux moment de répit au cerveau. Fait avéré : quand on rit, on ne pense à rien. Si la méditation réside en cela qu’elle tranquillise l’esprit des pensées parasites, alors oui : « se poiler » relève de la méditation. S’en réjouissent les frileux du traditionnel « om », l’assise en tailleur et le regard fixé sur une bougie, une simple blague peut donner accès à la pleine conscience. Sans parler du fou rire qui lui, pourrait jusqu’à faire atteindre l’illumination bouddhiste !

 

Quand les Indiens ont compris qu’il était bon de se marrer

C’est en mars 1995, sur le banc d’un parc de Bombay, que l’inventeur du yoga du rire s’est écrié : « Eurêka ! » Médecin généraliste de Mumbai, le docteur Madan Kataria est le premier à avoir compris – et expérimenté – les bienfaits du rire sur le corps et l’esprit.

Nous ne rions pas parce que nous sommes heureux. Nous sommes heureux parce que nous rions.

Lire aussi : Derrière le mystérieux sourire de Mona Lisa

Rassemblant quatre quidams sous un arbre du parc bombaysien, le docteur invite le groupe à se raconter des histoires drôles. Ainsi naît le tout premier club de rire. Mais au bout de trois semaines, le stock de blagues s’épuise. Il leur faut donc trouver quelque chose de plus universel que l’humour. C’est là que le Dr Kataria invente le yoga du rire, basé non plus sur l’humour, mais sur le rire de notre enfance. Un rire innocent et infantile qu’il appellera : « le rire sans raison ».

Le docteur Madan Kataria, lors d’une séance de yoga du rire avec des prisonniers de la plus grande prison de Bombay. © Belga

De la contagion du rire

Ce qu’il y a de bien avec le rire, c’est qu’il est communicatif. On a tous déjà émis le fameux rictus en assistant – parfois rien qu’en entendant – aux éclats de rire d’autrui. Tout comme cette propension naturelle à bailler en voyant l’autre bailler, on se marre… en voyant les autres se marrer.

Le cerveau ne fait pas la différence entre un vrai rire et un rire provoqué. Donc dans les deux situations, il va générer de l’endorphine.

Le yoga du rire se base pour une grande partie sur cette dimension contagieuse. Ici, plus besoin de devoir trouver quelque chose d’amusant, de faire le clown ou de se raconter des plaisanteries. Le rire se déclenche naturellement aussitôt qu’on se laisse porter par la risée générale. À une condition : laisser échapper un son, quel qu’il soit, pour provoquer la rigolade. « Ha », « ho », « hi », « hé » : qu’importe l’interjection, du moment qu’elle réveille le rire qui sommeille en vous.

Relaxation euphorique

Après plus d’une heure de contractions abdominales dans la joie et la bonne humeur, le cours se termine sur une séance de relaxation. Sur les tatamis du gymnase, chacun s’allonge pour écouter les consignes du gourou de la rigolade. Lumière tamisée, positions décontractées, l’objectif est simple : se laisser bercer par la mélodie du rire.

Par un effet boule de neige, les premières poufferies engendrent des éclats de plus en plus vifs. Quelques secondes suffisent pour que l’assemblée toute entière se bidonne sans raison. Le regard fixé au plafond, chacun entre dans une transe quasi euphorique ponctuée de rires aussi loufoques qu’hilarants.

Lire aussi : Tao Porchon-Lynch : papesse du yoga et de la positive attitude

Le secret, c’est d’accepter de passer par le rire volontaire pour accéder au rire vrai !

Les minutes s’écoulent jusqu’à ce que progressivement, le silence reprenne ses droits. Quelques-uns peinent encore à reprendre leur esprit pendant que d’autres se ressaisissent déjà. Sous des airs de rechute post-défonce, les dernières minutes de relaxation se font dans un silence permettant aux émotions de se remettre doucement en place.

De l’art de cultiver sa joie

Qu’on se bidonne de façon forcée ou spontanée, le yoga du rire libère une dose d’endorphine indispensable pour se sentir bien dans ses pompes et détendu. S’esclaffer sans raison pendant presque deux heures, c’est aussi bon que salutaire.

Associé à la joie, maîtresse de toutes les émotions, le rire est un outil plus qu’efficace pour apaiser le stress, les peurs, la tristesse ou encore la colère. Si comme la méditation, il ouvre les portes vers la zen attitude, on retiendra surtout que – comme le bonheur – il s’apprend, se cultive et se pratique sans modération !

CIM Internet