Aux Philippines, on a découvert une nouvelle espèce humaine

Aux Philippines, on a découvert une nouvelle espèce humaine

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Au moins trois personnes ont été découvertes. | © Johannes Plenio/Pixabay

Société

Ce mercredi, des scientifiques ont annoncé avoir découvert une nouvelle espèce humaine, vieille de plus de 50 000 ans, aux Philippines. Une preuve que l’évolution de l’espèce humaine n’était pas linéaire.

Décidément, la journée de ce mercredi a été riche en découvertes scientifiques. Après la première photo d’un trou noir qui constituait le phénomène exceptionnel de la journée, des scientifiques ont également annoncé avoir découvert une nouvelle espèce humaine sur l’île de Luçon, aux Philippines. Des fouilles en Asie du Sud-Est menée depuis plusieurs années avaient déjà révélé un troisième métatarse (os du pied) hominine (sous-groupe des grands singes à laquelle appartiennent le genre humain (Homo) et les genres éteints tels que les Australopithèques ou les Paranthropes) en 2007. C’est dans la grotte de Callao, dans le nord de l’île, que cette première preuve de la présence humaine aux Philippines a été découverte. Elle datait de 67 000 ans. Déjà à l’époque, il n’était pas clair à quelle espèce du genre Homo, cet os appartenait. Depuis, douze autres os supplémentaires ont été découverts dans cette même grotte, forçant les chercheurs à se rendre à l’évidence : il n’appartiennent à aucune espèce humaine connue. Voici donc l’Homo Luzonensis, du nom de l’île de Luçon sur laquelle il a été découvert.

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Les hominines sont les membres de l’arbre généalogique humain plus proches les uns des autres que les chimpanzés et les bonobos, explique l’étude publiée dans Nature. Parmi eux, l’Homo sapiens (nous) est la seule espèce vivante. La plupart des espèces connues (et disparues) ne sont pas nos ancêtres mais plutôt des parents proches qui ont pris des chemins différents dans l’arbre de l’évolution. La découverte d’une nouvelle de ces espèces est « remarquable » d’après la revue scientifique. « Elle suscitera sans aucun doute de nombreuses discussions scientifiques au cours des semaines, des mois et des années à venir ».

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L’île de Luçon. © Callao Cave Archaeology Project

Au moins trois personnes découvertes

Les os découverts sont des dents, des phalanges de pied et de main et des fragments de fémur. Ils ont été datés d’au moins 50 000 à 67 000 ans, « ce qui suggère que l’espèce était vivante en même temps que plusieurs autres hominines du genre Homo, notamment Homo sapiens, de Néandertal, de Denisova et Homo floresiensis ». Les chercheurs estiment que ces restes proviennent d’au moins deux adultes et un enfant. « Globalement, ces dents et ces os présentent une combinaison frappante de caractéristiques jamais signalées ensemble chez une espèce d’hominine », continue le rapport. C’est ce qui a encouragé les scientifiques à conclure à une nouvelle espèce. En effet, l’espèce Homo luzonensis présente des éléments ou caractères très primitifs, ressemblant aux Australopithèques, et d’autres très modernes, proches de notre propre espèce Homo sapiens, note Florent Détroit, maître de conférences du MNHN (Musée National d’Histoire Naturelle français, qui a pris part aux recherches). Ainsi, les prémolaires présentent des ressemblances avec celles des Australopithèques tandis que les molaires petites et à la morphologie simple ressemblent à celle des hommes modernes. « Un individu possédant ces caractéristiques combinées ne peut être classé dans aucune des espèces connues aujourd’hui », poursuit Florent Détroit.

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Les fossiles découverts. © Nature

« Son origine et les modalités de son arrivée sur l’île de Luzon restent pour l’instant mystérieuses. Toutefois, cette découverte souligne la diversité, la richesse et la complexité des migrations anciennes et de l’histoire évolutive des hominines dans les îles du Sud-Est asiatique ». À l’époque, l’île de Luçon n’était pas accessible à pied. Cela signifie que pour arriver sur l’île, l’Homo Luzonensis a dû trouver un moyen de traverser la mer, ce qui constitue encore une énigme pour les scientifiques. Les chercheurs estiment que cette découverte « souligne la diversité, la richesse et la complexité des migrations anciennes et de l’histoire évolutive des hominines » qui n’est sans doute pas aussi linéaire qu’ils le pensait jusqu’à présent.

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