Paris Match Belgique

Au Texas, un projet de loi veut rendre l’avortement passible de peine de mort

avortement états-unis

Des manifestants opposés à l'avortement lors d'un rassemblement en janvier dernier, à Washington. | © SAUL LOEB / AFP.

Société

Alors que les droits des femmes sont constamment menacés dans l’Amérique de Trump, une proposition de loi voudrait rendre l’avortement passible de la peine de mort au Texas, l’un des États les plus conservateurs du pays. Même si celle-ci a peu de chances d’aboutir, ce cas de figure témoigne du danger qui plane sur des droits acquis il y a plus de 40 ans.

L’Amérique de Donald Trump est bel et bien définitivement malade. Alors que le film Unplanned, militant ouvertement contre l’avortement, cartonne outre-Atlantique [il a déjà engrangé pas moins de 12 millions de dollars en deux semaines], un enième projet de loi vient nous rappeler que les droits des femmes sont inquiétés en permanence aux États-Unis. Pas plus tard qu’en octobre dernier, on apprenait qu’il n’y avait plus qu’une seule clinique pratiquant l’avortement dans le Missouri. Cette fois, c’est le Texas qui voudrait tout simplement rendre l’avortement passible de peine de mort à travers une proposition de loi.

Lire aussi > Un film anti-avortement séduit les États-Unis (et la Maison Blanche)

Un véritable danger pour les droits des femmes

Ce projet de loi anti-IVG – proposé pour la première fois en 2017 puis abandonné – a été débattu la semaine dernière par la législature texane, nous explique le Washington Post. Les auteurs de la proposition y considèrent l’avortement comme un homicide, et ce dans l’État qui compte d’ailleurs le plus d’exécutions capitales du pays. Il serait donc passible de peine de mort. Ce projet à peine croyable n’a toutefois peu de chances d’aboutir. Mais il représente un véritable danger pour les droits des femmes.

Quand l’avortement est comparé à un génocide

Durant le débat, qui s’est tenu les 8 et 9 avril devant la Commission de la justice et du droit civil de la Texas House, plus de 446 personnes ont exprimé leur soutien à ce projet de loi, rapporte The CutEn guise d’arguments, l’un d’entre eux a comparé l’avortement à un génocide qui exprimait « la colère de Dieu », comme le rapporte le Post, et une femme a fait valoir qu’il « manquait des milliards de dollars aux contribuables », car les fœtus avortés « ne seront jamais imposables ».

Des arguments qui n’ont apparemment pas convaincu la Chambre des représentants, puisque celle-ci n’a pas encore donné suite à la proposition. Après la séance, Victoria Neave, représentante démocrate du comté de Dallas, s’est exprimée sur le sujet : « J’essaie de concilier dans ma tête les arguments que j’ai entendus ce soir sur le fait que l’on est essentiellement d’accord pour soumettre une femme à la peine de mort (…) pour lui faire exactement la même chose qu’on prétend qu’elle fait à un enfant ».

La Cour suprême pourrait revenir en arrière

Si la loi, on l’espère, ne sera certainement pas promulguée (à l’instar d’un projet similaire en Ohio qui visait les médecins pratiquant l’IVG), elle inquiète cependant terriblement quant à la cause des droits des femmes dans le pays, de plus en plus menacés depuis l’élection du 45e président. Dans le courant du mois de mars, la loi anti-avortement la plus restrictive des États-Unis avait été votée dans l’État du Mississippi. Le texte promulgué interdit l’IVG après six semaines de grossesse. Cette loi, baptisée, SB 2116 ou « Heartbeat Bill », interdit l’interruption volontaire de grossesse dès la détection d’un rythme cardiaque chez l’embryon, possible à partir de la sixième semaine de grossesse.

brett kavanaugh
Brett Kavanaugh, nommé par Donald Trump à la Cour suprême malgré les scandales, est venu renforcer une juridiction où les juges conservateurs règnent en maîtres. © JIM BOURG / AFP.

Lire aussi > Dans le Missouri, l’avortement devient (vraiment) compliqué

Aux États-Unis, l’avortement a toujours été source de nombreux débats de part et d’autre du champ politique. Depuis l’arrêt Roe v. Wade de la Cour suprême en 1973, la justice américaine fédérale considère que le droit d’une femme à l’avortement concerne le droit à la vie privée protégé par le quatorzième amendement. Un droit que plusieurs États grugent petit à petit. La cause finira par retourner tôt ou tard devant le plus haut tribunal du pays. Et les juges conservateurs qui le dominent maintenant risquent de lancer le pays dans une tout autre direction.

CIM Internet