Femmes exploitées et violées : Le vrai coût des fraises importées d’Espagne

Femmes exploitées et violées : Le vrai coût des fraises importées d’Espagne

fraises espagne

Image d'illustration. | © Unsplash / Skyla Design.

Société

Début de semaine, le Guardian révélait les conditions intolérables dans lesquelles les femmes sont exploitées au sein des entreprises produisant les fraises venues d’Espagne. Un produit qui se retrouve par la suite dans tous nos supermarchés.

Alors que son coût est au plus bas et qu’elle se retrouve dans toutes les grandes surfaces d’Europe, la fraise espagnole, qu’on surnomme « l’or rouge » dans la péninsule ibérique, vous sera sûrement moins goûtue à la lumière des révélations faites par le Guardian dimanche dernier. Son marché colossal, avec 400 000 tonnes de fraises exportées chaque année et 580 millions d’euros rapportés au pays, représente un enjeu de taille au royaume. Mais le prix à payer par les femmes marocaines qui travaillent dans les cultures est des plus douloureux : exploitées, sexuellement agressées, privées de nourriture et d’eau et victimes de racisme, elles vivent dans des conditions tout bonnement inhumaines.

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Des droits baffoués

Dans « Rape an abuse : the price of a job in Spain’s strawberry industry ? », les journalistes du Guardian livrent des témoignages accablants d’employées de plantation de fraisiers. Immigrées marocaines venues gagner de l’argent en Espagne, grâce à un système de visa de travailleur saisonnier mis en place par les gouvernements espagnol et marocain depuis 2001, elles racontent un quotidien qui fait froid dans le dos. « Avant de quitter ma maison, j’étais vue comme une héroïne pour tout le monde, raconte Samira Ahmad au Guardian. Personne dans mon village n’avait jamais eu la chance d’aller travailler dans un pays aussi riche que l’Espagne, mais cela s’est avéré être la pire décision de ma vie ». Trafic d’êtres humains, agressions sexuelles, racisme et exploitation abusives, les droits de ces femmes sont baffoués quotidiennement. Des shifts de travail de 12 heures sans interruption qui ne sont finalement pas payés, privation de nourriture et d’eau lorsque la productivité n’est pas atteinte : l’inhumanité dans toute sa splendeur.


Et c’est sans compter sur les conditions insalubres dans lesquelles ces femmes vivent, logées dans des conteneurs étroits et sales, obligées d’utiliser des douches et des toilettes défectueuses. « Certaines racontent avoir été violées, d’autres ont subi des pressions pour obtenir de la nourriture et de l’eau en échange de relations sexuelles (…) certaines femmes avaient également reçu l’ordre de se prostituer avec des hommes qui venaient attendre dans leur voiture devant la ferme chaque nuit », rapporte le quotidien.

Un système misogyne et raciste bien ficelé

Alicia Navascues, activiste au sein du groupe de défense des droits des femmes Mujeres 24, dénonce un système d’exploitation misogyne et raciste bien ficelé : « Ils recherchent délibérément de la main-d’œuvre vulnérable et peu couteuse au Maroc. À savoir, des femmes venant des zones rurales, ayant de jeunes enfants, qui ne comprennent que l’arabe et, donc, qui ne peuvent pas comprendre les contrats écrits en espagnol, ni faire valoir leurs droits ». Ces dernières années, les médias locaux et internationaux ont fait état de nombreux cas d’abus sexuels et d’exploitation à l’encontre de travailleuses marocaines, notamment l’édition allemande de Buzzfeed. Et sur place aussi, les femmes concernées ont voulu agir pour se sortir de cette situation insoutenable, en allant porter plainte. Mais selon Samira Ahmad, cela a été sa plus grande erreur, après le fait d’être venue en Espagne : « Nous pensions que lorsque nous irions voir la police pour porter plainte, nous obtiendrions justice, mais au lieu de ça, nous avons été abandonnées ». Belén Luján Sáez, avocate bénévole de ces femmes, confirme que la police nationale était légalement tenue d’enquêter sur les plaintes des ramasseuses exploitées, mais a refusé de le faire. Les tribunaux provinciaux d’Andalousie, région où sont majoritairement cultivées les fraises, ont quant à eux fait obstruction et n’ont pas ouvert d’enquête comme ils l’auraient dû, arguant d’un manque de preuve. Du côté du gouvernement, les témoignages ont également été minimisés : « Bien que de nombreuses plaintes pour exploitation et viol ont été relayées dans les médias, le ministère marocain du Travail, chargé de recruter et de délivrer les visas aux travailleurs migrants, a nié l’an dernier que des plaintes formelles avaient été déposées », rapporte le Guardian.

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Depuis qu’elles ont porté plainte, les accusatrices n’ont plus ni logement, ni aucune ressource. Leur visa de travail saisonnier est arrivé à expiration, mais elles refusent de quitter le pays tant qu’elles n’auront pas obtenu justice, mais aussi, car elles n’en ont plus les moyens. Certaines confiant avoir été désavouées par leurs parents ou mari au Maroc. Au cours des prochains mois, environ 20 000 femmes marocaines arriveront en Espagne pour contribuer à la récolte de fraises de cette année.

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